Si l’on demandait aux professeurs des collèges leur définition de l’« élève parfait », ils répondraient sans doute : personne qui travaille, participe en classe, est gentille, agréable, éveillée et drôle (un peu, pas trop). Voyons maintenant ce qu’il en est des élèves. Quels sont leurs rêves, leurs aspirations ? Lumière sur une classe de 3e de Seine-Saint-Denis, que je connais bien. Sur vingt-quatre élèves, il y a six redoublants, trois qui vont redoubler, une qui est arrivée en France il y a trois ans, trois qu’on ne remarque pas et huit qui s’en sortiront et seulement trois qui s’en sortent bien. Je leur ai parlé à tous. Tous m’ont répondu. Chacun son rêve, chacun son destin. Pro ou générale, littéraire ou scientifique.

Il y a Sarah, 14 ans, 14 de moyenne. Elle veut devenir chirurgienne. Beaucoup pensent qu’elle n’y arrivera jamais, les études seraient « trop longues, trop dures ». Mais, sûre d’elle, elle croit en son rêve, et cela lui donne envie d’aller plus loin. « J’y arriverai. J’adore ce qui touche au médical ! Sauver des vies, guérir des maladies. Je préfère les matières scientifiques aux matières littéraires. Même si j’ai encore quelques difficultés en sciences de la vie et de la terre. Pour l’instant il faut que je réussisse surtout le bac S avec mention si possible. Après on verra. On dit que l’espoir fait vivre. J’y arriverai, quoi que les gens disent. »

Il y a les « no life » dépendants aux jeux vidéos, jamais coiffés, toujours à vouloir des petites copines mais pour qui malheureusement ça n’a jamais marché. Comme invisibles, on ne les remarque pas. Attention, ils ont des amis, mais ils sont juste légèrement décalés entre le monde réel et le monde virtuel. Là où le commun des mortels aurait tendance à accorder de la valeur à de grandes marques comme Dior ou D&G, eux s’arracheraient un bras pour un des six t-shirts gravés du logo du jeu « Halo Reach ». L’un d’entre eux a 14 ans, joue du saxophone et veut devenir militaire dans l’armée de l’air. Un autre joue de l’alto et change de métier chaque semaine selon le sujet étudié en cours de sciences. Un troisième joue de la guitare est n’a aucune idée de ce qu’il fera lus tard. 

Dans la classe, il y a trois « déscolarisées ». Face à des difficultés qu’elles jugent insurmontables, elles ont fini par tout laisser tomber. Elles ont aux alentours des 6 de moyenne mais croient toutes les trois en leur avenir. La première veut devenir auxiliaire d’enfant, puéricultrice. « Les crèches, tout ça, c’est mon monde. C’est le seul endroit où je me sente bien, avec des gosses je suis qui je veux », explique Kris-Laure, 14ans. La deuxième veut devenir hôtesse de l’air. « J’adore voyager, découvrir de nouveaux endroits et en plus avec la cité j’ai appris plein de langues (rires). Ce serait vraiment le métier parfait pour moi », confie Souad, 14ans également. La troisième veut, comme Kris-Laure, travailler dans le monde des enfants. « Nourrice », dit-elle.

« Il y a quelque chose à exploiter chez tout le monde, pourquoi pas chez nous ? », estime Coralie, 14 ans. Malgré les diverses remarques qu’elles ont entendues quant à leurs capacités et à la difficulté de la vie, Coralie et d’autres de ses camarades sont sûres d’elles. On leur a expliqué que rien n’était facile. Que toute chose se méritait, à présent c’est à elles de décider.

Viennent ensuite les redoublants. Ceux pour qui c’est la dernière chance. A eux, l’école ne leur apporte rien. C’est du moins ce qu’ils se forcent à croire. Comiques ou fauteurs de troubles. Un sur les six travaille, moyenne correcte, mais les cinq autres sont persuadés, ayant déjà redoublé, qu’ils vont obligatoirement passer en seconde. Félicitations ou non ; brevet en poche ou non. Ils se trompent.

« Avant je travaillais pour rendre mes parent fiers, maintenant je veux juste ne pas couler au fond du bassin », dit Loïc, 16 ans. « L’école ça me sert à rien ! Je suis nulle, je resterai nulle », se dénigre Farah, 15 ans. « Ça va rien apporter à mon futur métier, je vois pas l’intérêt de travailler », affirme Moussa, 15 ans. « Ben moi, en cours, je respecte les règles. Pas de portable, pas de bavardage. J’ai mes affaires. » C’est vrai mais ce que ne nous dit pas Yanis c’est qu’en cours, il dort. Idéal puisque c’est le seul acte non interdit par le règlement, particulièrement absurde dans ce cas. Tous ont trop pris goût aux pitreries pour porter encore un intérêt à l’école.

Il y a une élève, magnifique, qui laisse les filles et les garçons bouches-bées. Excellente chanteuse elle fait partie d’une chorale et joue de l’alto. Elle est arrivée en France en sixième et a intégré les cours normaux en quatrième. Maintenant elle parle le français aussi bien que nous, l’anglais certainement mieux que nous tous, et sa langue d’origine à la perfection. Elle n’a pas d’idée précise de l’orientation qu’elle veut prendre. « Certainement prof d’anglais, là où je suis le plus à l’aise. Mais je suis jeune, j’ai du temps… » Elle s’appelle Timea, elle a 15 ans

Il existe aussi ceux qui travaillent avec persévérance mais qui n’aboutissent à rien. Alors ils se lassent et finissent par baisser les bras. A quoi bon se donner du mal puisque les progrès ne sont pas au rendez-vous ?, pensent-ils. C’est toute une équipe de futurs stars qui se promet un avenir : ingénieur du son, animateur radio, présentatrice télé, décoratrice d’intérieurs, organisateur d’événements, avocats, etc.

Pour finir, dans cette classe de 24 comme dans toute classe, on retrouve les intellos. Mais attention ! A bas les clichés de l’élève à lunette et à boutons ! Juste des surdoués angoissés à l’idée de ne pas avoir fait leurs devoirs et déprimés d’avoir reçu une note en dessous de 15 sur 20. Pourquoi travaillent-ils (bien) à l’école ? « Parce que je veux devenir prof d’histoire-géo et que de nos jours, pour s’en sortir, c’est la loi de la jungle. On ne prend que les meilleurs. Ça me fait plaisir d’avoir des bonnes notes, ça me rend plus sûr de moi. Voir le visage de ma mère fière, pouvoir aider ma petite sœur quand elle ne comprend pas… C’est ces choses-là qui me donnent envie de travailler », explique Célina, 14 ans

« J’aime pas particulièrement travailler. Si je travaille, c’est parce que c’est le système qui veut ça. Si je veux entrer dans le lycée de mon choix plus tard, dans l’université que je souhaite et avoir un métier que j’aime, je dois travailler », ajoute Agathe 14 ans. Théo, même âge : « Travailler c’est notre manière de payer le loyer. Nos parents s’occupent de nous, nous nourrissent, nous habillent, en échange j’ai des bonnes notes. Depuis la première année d’école, j’ai pris goût au travail, les élèves se plaignent à la moindre difficulté, mais je pense qu’il faut toujours persister. »

Célina veut devenir professeur d’histoire-géographie, Théo reporter d’images. Seule Agathe ne s’est pas encore décidée face aux nombreux choix qui s’offrent à elle.

Jasmin Nahar

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