Il est dix-sept heures au centre de loisirs Edouard Vaillant à Bondy Sud. Faten et Inès préparent la liste des élèves et le cahier des sanctions. Même si les AEPS (les Activités éducatives périscolaires ont été mises en place par la Mairie) ne sont pas obligatoires, les élèves qui y sont inscrits ont intérêt à respecter le règlement. Pas de retard au-delà de 20 minutes, respect de l’autre et des adultes. « Une bagarre c’est l’expulsion directe », complète Inès.

Malgré cela les deux jeunes filles, des étudiantes de 19 ans, ont parfois l’impression d’être dans la cage aux lions. « Nous avons essayé d’être gentilles, mais cela ne marche pas « . Organisées dans les cinq collèges de la ville, les AEPS accueillent les 11 à 16 ans gratuitement, deux heures par jour, de 17 à 19 heures. La première heure est consacrée à l’accompagnement scolaire, la deuxième aux loisirs éducatifs comme, par exemple, la mise sur pied d’une pièce de théâtre, la conception d’un logo pour l’AEPS.

Coordinatrice des AEPS, Khoukha Fritas est une jeune femme qui a de la poigne. Ses explications sont claires, ses ordres concis et ceux qui s’amusent à faire les imbéciles pendant les AEPS viennent s’expliquer dans son bureau. « Ici, nous sommes assez strictes, vu le public. La gestion des adolescents est très dure. Les jeunes ont besoin d’avoir un cadre ». Elle constate:  » Lorsque des parents viennent inscrire leurs enfants, la conversation porte souvent sur leurs problèmes personnels. On sent qu’ils ont besoin de parler. »

Beaucoup de mères seules ont des difficultés à éduquer leurs enfants. Voici trois ou quatre ans, cinquante familles maliennes ont débarqué d’un seul coup. Il a fallu quelques années aux intervenants scolaires pour comprendre le mode de vie de cette population. Beaucoup d’hommes ont deux femmes: un foyer en France et un autre en Afrique. Lorsqu’il part visiter son épouse en Afrique pendant quelques mois, l’homme ne laisse pas le chéquier. Juste de quoi vivre. Alors il n’y a pas d’argent pour les extras et les activités. Et en plus, comme c’est le père qui détient l’autorité à la maison, les mères sont en difficulté. D’où l’absence des mères lors de réunions de parents ou de préparations de séjour à l’extérieur. Apparement, selon les dires d’enseignants, les familles magrébines s’investissent plus. Les papas sont également plus impliqués dans l’éducation. La peur du père existe encore.

Parmi les jeunes qui sont passés par l’ASPE, certains font des études, d’autres sont en prison ou repartis au pays car ils avaient trop de difficultés. Ces échecs sont-ils décevants? « Je me dis qu’ils ont tous eu les billets en main pour choisir », explique Khoukha Fritas. Les méthodes sont-elles adaptées aux jeunes, voilà les questions que se posent les professionnels de l’éducation. Séjour au ski, séances de cinéma et après-midi au théâtre, possibilité de faire de la moto, de voyager, les jeunes sont dans un mode de consommation. « Tout leur est dû, regrette la jeune femme. Ne serait-ce pas mieux de leur donner moins, mais en contrepartie, de leur apprendre les bases essentielles de la vie comme le respect des valeurs, le travail, l’intégration? » Un débat brûlant d’actualité.

Par Sabine Pirolt

Sabine Pirolt

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