« En montant ce projet, on avait vraiment envie de s’ouvrir à une nouvelle culture, c’était surtout pour notre enrichissement personnel parce qu’on est bien conscients qu’à notre échelle on ne peut pas réellement faire bouger les choses, c’est aux politiques de faire évoluer tout ca… » explique Victoria Girard, membre de l’association Sol’ 6 fondée par la faculté de médecine Pierre et Marie Curie, après une mission estivale au Bénin articulée autour de l’éducation, la santé et la prévention sexuelle.
Les étudiants ne le cachent pas : s’ils souhaitent s’engager dans la solidarité internationale c’est pour aider les habitants, mais également pour voyager. Mathilde Philippot, membre active du « projet de solidarité internationale des compagnons » organisé par les scouts et guides de France, va plus loin dans son propos : « Nous ne sommes pas les sauveurs blancs. Nous souhaitons découvrir un pays tout en étant réellement utile ». La jeune femme ne fait pas passer son projet de voyage intitulé « Inde, trois, partez ! » pour la mission humanitaire du siècle. Elle s’occupera du 4 au 31 août prochain d’orphelins, d’handicapés et de personnes âgées en Inde pour eux, mais également pour elle.
La problématique de trouver une association réellement bienfaisante se pose pour de nombreux jeunes souhaitant s’engager. Aujourd’hui, la méfiance envers les missions caritatives est de mise comme en témoigne Marie Le Pivert, membre de PEPSS (Pour un engagement dans des projets solidaires au sud), association composée de 21 élèves-ingénieurs de Chimie Paris-Tech. Elle se rendra à Madagascar pour améliorer l’accès à l’eau ainsi que sa qualité : « je voulais un projet réellement utile, pas un projet étudiant pour se donner bonne conscience et se donner le sentiment d’aider en apportant une impression de supériorité qui rendrait la population dépendante ».
« Certains diront que c’est “bisounours”»
La première objection à laquelle procède l’inconscient général à l’encontre des associations vient du fait que beaucoup de personnes se demandent instinctivement d’où vient l’argent et également de quelles manières il est utilisé. Les jeunes se veulent alors les plus transparents possible. Pour obtenir les frais de voyage nécessaires, des ventes de divers produits sont organisés, que ce soit du fromage ou des bracelets, tout est bon pour promouvoir leurs associations. Des ensachages ont également lieu. Le reste de l’argent vient souvent des familles, de fonds privés ou de subventions régionales comme « Initiatives jeunes solidaires » dans les Hauts-de-Seine (92) qui a aidé PEPSS et Sol’ 6 à hauteur de 1000e chacun alors que les budgets de leurs projets solidaires s’élevaient respectivement à 37 000 et 18 900e. L’argent sert parfois au financement des billets d’avion, mais surtout aux activités sur place.
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Marie Musca est une jeune femme de 18 ans habitant à Neuilly-sur-Seine (92). Depuis son plus jeune âge elle souhaitait s’engager dans une association. Elle est aujourd’hui secrétaire générale de l’association « Mère Isabelle » qui œuvre au Vietnam. Elle y est allée deux fois et y retournera cet été afin de s’occuper de jeunes orphelins à Hô-Chi-Minh-Ville. « Chaque été nous repeignons des classes, construisons des toits, apportons une aide aux nounous présentes continuellement, faisons des partis de foot de fou ».
« Certains diront que c’est “bisounours” parce que je viens de Neuilly et que j’ai la chance d’avoir des parents qui me soutiennent et me permettent de faire ce voyage, mais c’est moins “bisounours” sur place : tu ne connais pas la langue, tu dois t’occuper d’enfants malades ou handicapés. Des enfants sont constamment retrouvés aux alentours de l’orphelinat après avoir été abandonnés par leurs parents dont on ne sait rien ». Elle avouera même avoir craqué le premier soir et proposé à son amie Victoire de rentrer en France.
Son amie l’a suivi au Vietnam, car elles partagent cette volonté de découvrir autre chose, mais pour cette seconde le voyage n’est pas nécessaire pour se rendre solidaire. Elle tente de le faire plus fréquemment avec l’association Compagnie libre jeu qui organise des spectacles de danse suivis de goûters dans des hôpitaux ou des maisons de retraite durant les vacances. Elle se souvient d’une fille atteinte d’un cancer qui resta tout le spectacle afin de serrer les danseuses dans ses bras à la fin d’une représentation ou de ce père ému : « Merci, merci mille fois, vous ne savez pas à quel point cela m’a fait plaisir de voir ma fille de quatre ans rire aux éclats grâce à votre spectacle ».
« Tu sors de là t’es vénère »
Les deux filles n’oublient pas pour autant certains aspects plus déroutants de leurs voyages. Ainsi, elles admettent que bien souvent les nounous gardaient les cadeaux offerts par des tiers aux 400 orphelins pour les donner à leurs propres enfants. Certains des jeunes Français faisaient également le déplacement jusqu’au Vietnam afin d’en parler dans leurs lettres de motivation pour de grandes écoles parisiennes. Elles se souviennent également la présence d’un jardin sublime au fond de l’orphelinat. Derrière ce jardin luxuriant réside la directrice de l’orphelinat. C’est ici qu’elle accueille les donateurs pour qui l’on érige des décorations à leurs noms dans le bâtiment. « Tu sors de là t’es vénère » s’emporte Marie.
Quand on leur demande si elles agissent ou ont agi afin de se donner bonne conscience, les jeunes femmes répondent avec des arguments bien choisis. « Si j’avais uniquement voulu me donner bonne conscience, j’aurais fait un don à une ado depuis la France, affirme Victoria. Je n’aurais pas consacré une année à la préparation d’un projet et un mois entier pour le réaliser. Certes, ce n’est pas du “travail de fond”, mais nous nous sommes quand même donnés de manière à ce que nos actions soient pérennes et qu’elles améliorent réellement les conditions locales sur la durée ».
Mathilde qui s’apprête à partir en Inde fait tout pour qu’on ne la prenne pas pour une « volontouriste », une personne qui entreprend des actions solidaires pour bien se faire voir sur les réseaux sociaux à l’aide de vidéos larmoyantes aux airs de « We are the world » ou encore « L’orphelin » de Willy Denzey. « Ces enfants pourraient se débrouiller sans nous, on ajoute notre pierre à l’édifice, mais on ne prétend pas qu’on va sauver la vie des gens. On ne se dit pas qu’on ira au paradis, on va en Inde, point ».
Oumar Diawara

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