Dernièrement, j’ai rencontré une amie de ma sœur qui veut devenir enseignante. Je me suis dit pourquoi pas écrire un article sur les profs en ZEP. Savoir et essayer de comprendre ce que c’est que d’enseigner en ZEP.

 

« Des profs blacks, blancs, beurs… »

L’éducation nationale est-elle le reflet de l’évolution de la société française ? De plus en plus de jeunes enseignants sont issus de l’immigration. Souvent affectés en ZEP ou dans des cités, ils sont porteurs d’exemplarité pour les plus jeunes.Combien d’enseignants « blacks », combien de « beurs » ? L’éducation nationale a-t-elle pris des couleurs ? Malgré l’absence de statistiques, d’études sociologiques, nombre d’indices suggèrent que la diversité ethnique gagne du terrain.

Naima (la copine de ma sœur), dernière d’une longue fratrie (10 enfants), s’apprête à endosser ses habits d’institutrice. En dernière année à l’IUFM de Créteil, elle vit toujours en famille, dans la banlieue parisienne. Musulmane pratiquante, née en France de parents algériens, elle a d’abord opté pour un DUT de biologie, option diététique. Après avoir assuré, devant de jeunes obèses, quelques cours sur l’équilibre alimentaire, elle a bifurqué vers l’enseignement. Naima veut aujourd’hui travailler en ZEP (zone d’éducation prioritaire), n’ayant guère apprécié son dernier stage « en milieu favorisé ». « Je connais mieux la cité, un monde à part », explique-t-elle. « Ici, je sais comment fonctionnent les gens, c’est ma culture. »

 

Je suis alors allée interroger une jeune prof dans un collège de ZEP qui m’a livré ce long témoignage.

 

Prof, le plus dur métier du monde?

« Et si les galériens, c’étaient eux ? Et si les victimes du racisme anti-Etat, anti-femme, anti-adulte, anti-tout – c’étaient eux… les enseignants. A juste titre, l’actualité braque ses projecteurs sur les jeunes des banlieues, leurs galères, leur horizon bouché par les tours grises des cités et par le chômage. Mais on oublie trop souvent ceux qui leur servent de souffre-douleur quotidiens : leurs profs. Lâchés dans l’univers cruel des ZEP pour y enseigner Racine et Euclide à un public qui souvent n’en a que faire, avec pour seule formation quelques « modules » de « préparation à l’enseignement en banlieue », les enseignants y sont, au même titre que les policiers, les derniers représentants du service public. Et rejetés comme tels par certains jeunes. Dans les salles de classe, le rapport pédagogique, bien souvent, cède la place à un rapport de forces. « Autrefois, c’était les profs qui punissaient les élèves. A présent, dans certains cas, ce sont les élèves qui punissent leur prof pour une mauvaise note ou un mot de trop », me résume crûment une enseignante. 

La pression pesant sur les profs n’a souvent rien de spectaculaire. Mais qui dira ce que doivent subir certaines jeunes enseignantes, victimes du sexisme de leurs élèves ? Écoutons son témoignage : « ZEP… oui, c’est vrai que, comme tu le dis, le mot fait peur. On s’imagine tout un tas de trucs etc. Mais ZEP ne veut pas dire forcément établissement difficile même si ça va parfois (et souvent) de pair. Pourquoi un établissement est-il en ZEP ? Tout simplement de par le revenu des parents et leur catégorie socio-professionnelle. 

Je peux te faire part de mon expérience d’enseignement en ZEP puisque j’ai baigné dedans pendant 4 ans. Pour la plupart, ce ne sont pas de méchants gamins. Ils sont très attachants même, mais il faut savoir les « prendre ». La première chose qu’il faut absolument faire, c’est un travail sur toi pour maîtriser tes émotions. Parfois, c’est dur mais il faut savoir garder son envie de vraiment exploser pour plus tard, ne pas leur montrer que ce qu’ils nous disent nous touche vraiment. Se dire que c’est au prof qu’ils parlent et non à la personne, ce qui n’est pas facile à faire, je te l’accorde. 

La deuxième chose est la rigueur : tu dis quelque chose, tu le faits ; ne jamais revenir en arrière. Ils le voient tout de suite. Ce conseil est également valable pour un établissement classique, sauf que dans ce dernier, les élèves ne diront rien; en ZEP, tu le sauras tout de suite.

La troisième chose: la justice. C’est une notion chère à ce type d’élèves. A fait égal, sanction égale. Il ne faut donc pas hésiter à perdre du temps pour expliquer une sanction que tu as donnée, pour qu’ils s’aperçoivent bien que cette sanction est « normale ».

« Tout est bon pour déstabiliser le prof de manière insidieuse. Ça peut aller du « Que vous êtes belle aujourd’hui, madame », répété toutes les trois ou quatre phrases par un élève, à des insultes en arabe, qu’il vaut mieux ne pas comprendre. Il serait tentant mais inexact de limiter aux jeunes issus de l’immigration les problèmes de discipline. «Je vous assure que les deux petits caïds qui m’ont rendu la vie impossible pendant un an étaient tout ce qu’il y a de gaulois ! » me précise t-elle.

Enseigner en zone sensible est gratifiant car, on se sent utile. On voit sensiblement les élèves progresser dans notre matière et dans leur rapport au monde. Pour « un jeune prof « , du reste, cette situation est très formatrice. Plus qu’ailleurs, on y apprend la rigueur autant au niveau des savoirs, qu’il faut être cohérent, qu’au niveau de la gestion de la classe. L’injustice, pour des enfants dans une situation souvent injustifiable, est insupportable en classe.

C’est moi qui ai choisi d’enseigner en zone sensible. Cela correspondait au sens que je donnais à l’école et j’avais envie de rencontrer les jeunes de banlieue. De plus, j’ai choisi l’établissement en particulier. En effet, c’est là que j’avais fait mon stage en pratique accompagnée. C’est très en douceur, donc, que j’ai été mise en contact avec les élèves. Dans ce collège les élèves, très souvent en grande difficulté, ne sont pas pour autant agressifs envers les enseignants. Leur violence ne nous est pas directement adressée et jamais on ne se sent véritablement en danger.

Le plus dur est sans doute l’enjeu affectif qui se cache derrière l’enseignement en zone sensible. On voudrait toujours faire plus pour  » sauver  » les enfants en perdition. Très vite on se laisse déborder par toutes les activités périscolaires : remédiation, projets, rencontres avec les parents… Pèse aussi le décalage entre le rôle qu’on aimerait jouer et celui qu’insensiblement on nous fait jouer : on a l’impression d’être là pour canaliser la violence, éviter les débordements à l’encontre d’une société qui n’offre pas réellement des moyens à ces jeunes de s’en sortir.

 

Par Sada Fofana 

Sada Fofana

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