COPIE REVUE ET CORRIGÉE. Premier épisode d’une chronique d’un professeur « de banlieue ». Non « la jeunesse n’est pas mal élevée », elle est pleine de vie.

Commencer cette chronique en faisant attention à ne pas répéter les clichés que l’on peut avoir du 93 et des jeunes de banlieue semble un exercice périlleux. C’est pourtant ce que je vais essayer de faire en toute simplicité, sans aucun artifices loin des stéréotypes diffusés ici et là par les quelques œuvres de fiction entre « Le meilleur métier du monde » (1996) de Gérard Lauzier avec Gérard Depardieu à l’excellent « Entre les murs » avec François Bégaudeau sorti dix ans plus tard.

Tout commence pourtant par un jeune enseignant (moi même en l’occurrence) fraîchement diplômé et qui atterri pour son année de stage dans un lycée de Seine Saint Denis, département qu’il n’a plus quitté depuis. Loin de l’appréhension que peuvent avoir nombre de jeunes collègues et que je peux comprendre, c’était davantage la curiosité qui m’animait avant mon entrée dans le métier. De la Courneuve au Blanc-Mesnil, il faut dire qu’en quelques années, ma modeste expérience en tant qu’enseignant de Sciences Économiques et Sociales a été l’une des plus riches expériences (sinon la plus riche) de ma vie à ce jour.

Les élèves pleins de vie, parfois trop, sont en effet une source de motivation et d’inspiration incroyable à l’heure où je commence cette chronique. Vifs d’esprit, drôles, surprenants, hyper connectés, jamais malveillants ils sont un bel exemple de jeunesse qui ne demande qu’à s’exprimer et à se faire une place dans un contexte, il faut le reconnaître pas vraiment facile pour un jeune aujourd’hui, qui plus est, venant des quartiers populaires pour ne pas dire « de banlieue ». Cet élément de langage étant proscrit depuis quelques temps, on se demande pourquoi…

En parlant d’éléments de langage, voilà peut-être la première chose qui frappe après un premier contact avec ces lycéens des années 2010. Ils ont leur langage « trop zga ». Et s’il ne dénote aucune vulgarité la plupart du temps, il témoigne de cette inventivité qui les caractérise et qui relègue assez vite au banc des « vieux débris » un enseignant qui vient pourtant de fêter ses 27 bougies… Déjà habitué (il n’y a pas si longtemps) à un style de langage propre à ma génération, le verlan étant déjà dépassé à mon époque au début des années 2000, il faut dire qu’on est vite largué à les entendre parler entre eux dans les couloirs ou entre deux bavardages…

Derrière leur langage, et c’est peut être là le nœud du problème qui caractérise les incompréhensions et les relations souvent conflictuelles entre les générations, nous avons deux mondes qui cohabitent, mais peinent à se faire comprendre. D’ailleurs, c’est presque aussi vieux que le monde: « Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. Ils sont tout simplement mauvais », disait Socrate au Ve siècle avant Jésus-Christ.

Comme quoi, même les plus grands esprits peuvent parfois se tromper.

Ahmed Kerraz

 

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