Quatre élèves sans domicile du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen se sont vus proposer des hébergements durables à Saint-Denis : des places en résidence hôtelière. La bonne nouvelle leur est parvenue ce vendredi 3 février. Soulagement pour eux et leurs familles ainsi que pour les professeurs mobilisés depuis plusieurs mois. Le combat continue pour les autres.

« On est vraiment content, nous avons deux chambres et ça n’a rien à voir avec la petite chambre d’hôtel où nous étions hébergés jusqu’à présent ». Ces mots sont ceux d’un des élèves sans domicile du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. Lui et son frère, également scolarisé dans l’établissement, dorment dès ce vendredi soir, avec leurs parents, dans une résidence hôtelière de Saint-Denis (93). Deux autres élèves, Marie* et sa soeur, s’installeront demain, samedi 4 février, dans une grande chambre de cette même résidence. Ces quatre élèves font partie des sept lycéens de Blanqui sans domicile depuis plusieurs mois.

Des solutions d’hébergement pour plusieurs mois

La nouvelle a été annoncée en début d’après-midi par mail aux enseignants. Une nouvelle quasi inespérée pour ces professeurs sur le front depuis plusieurs mois tant la situation semblait s’enkyster. C’est grâce à la mobilisation des enseignants et à la préfecture de Seine-Saint-Denis que la situation s’améliore, indique la proviseure dans un mail adressé aux professeurs. C’est le SAIO du 93, le Service intégré d’accueil et d’orientation, qui a trouvé ces solutions d’hébergement à ces deux familles. Ce vendredi, le service de communication de la préfecture de Seine-Saint-Denis confirme que des solutions ont été trouvées à Saint-Denis mais ne donne pas plus de précision.

Dans cette résidence de Saint-Denis, les deux familles vont disposer de grandes chambres avec coin cuisine et salle de bains : un petit luxe pour des familles qui ont parfois connu la rue ou ont été baladées d’hébergement d’urgence en hébergement d’urgence où il était impossible de cuisiner. Ces solutions sont annoncées comme étant durables pour plusieurs mois.

Trois heures de trajet pour se rendre au lycée et une vingtaine d’hôtels en huit mois

Un soulagement pour Alice Mauricette, une des enseignantes mobilisées en faveur des lycéens. « Ils vont enfin pouvoir dormir sans s’inquiéter de savoir s’ils trouveront une place en hébergement d’urgence« , réagit-elle, rassurée. Surtout, Saint-Denis les rapproche de notre établissement de Saint-Ouen« . Car, les deux frères et leur famille occupaient récemment  un hébergement d’urgence situé à Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise. Au total, chaque jour, quasiment trois heures de trajet aller-retour. « Ils avaient enchaîné une vingtaine d’hôtels depuis mai dernier et devaient parfois changer de chambres dans le même hôtel », indique Alice Mauricette.

Cette professeure d’espagnol et ses collègues remuent ciel et terre depuis novembre afin de reloger les élèves et leurs familles et leur permettre de poursuivre leur scolarité normalement. Ils ont ainsi mis en place une cagnotte parmi les enseignants du lycée pour venir en aide aux familles et ont monté un comité de coordination d’aide aux élèves. L’argent récolté a servi à payer des nuits d’hôtel, le loyer d’un logement sous-loué et à acheter aussi de la nourriture. Les camarades des élèves ont aussi aidé en se relayant pour prendre les cours lorsque leurs copains étaient absents en raison des démarches administratives. Il y a deux jours encore, ils manifestaient devant la mairie de Saint-Ouen réclamant un toit pour tous les lycéens.

S’agissant des trois autres lycéennes qui vivent, avec leur famille, dans un hôtel à Sevran, la situation n’a pas vraiment changé. Elles vivent dans des conditions indignes et non adaptées à une vie en famille : pas de cuisine, pas de machine à laver. L’une vit avec sa soeur et sa maman; l’autre avec ses parents et un petit frère d’un an et demi. L’une des lycéennes a dû consulter un médecin à plusieurs reprises à cause de puces de lit. Le combat continue pour les enseignants mais une première bataille vient d’être remportée : celle de la mise à l’abri de mineurs et de leurs familles.

Nassira EL MOADDEM

*Le prénom a été modifié.

Articles liés

  • A Saint-Ouen (comme ailleurs) le collège Michelet compte le personnel absent

    Un mois après la rentrée des classes, le collège Michelet à Saint-Ouen compte les absents : un·e professeur·e d’Allemand, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire. Parents d’élèves et enseignants se sont rassemblés ce jeudi devant le collège pour exiger des moyens. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 30/09/2021
  • Le désarroi des étudiants sans master

    Alors que des milliers d’étudiants retrouvent petit à petit les chemins de l’université, nombreux sont ceux qui restent encore à ce jour sans master, après une licence douloureusement obtenue pendant la pandémie. Deux jeunes femmes racontent leur parcours du combattant pour obtenir le droit de poursuivre leurs études. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/09/2021
  • Pas de rentrée scolaire pour les enfants des gens du voyage ?

    Alors que 12 millions d'enfants et ados on retrouvé leurs classes, les enfants des gens du voyage, connaissent de nombreuses difficultés dans l’accès à l'école. Un phénomène qui dure depuis des années, et accentué par la crise du Covid-19. Reportage. 

    Par Amina Lahmar
    Le 08/09/2021