Contrairement à son habitude, les couloirs d’inscription de l’université Paris XIII (Villetaneuse) sont bien vides ce vendredi matin. Je me rappelle encore ces allées pleines de gens, les années précédentes.  Peu d’étudiants en cette fin de semaine, peut-être, mais les rares quidams qui sont là  ne comptent pas se faire piquer leur place. Coups d’œil réguliers à l’arrière, le moindre mouvement et tout le monde se retourne, sans parler des regards incessants à la personne qui vient de rejoindre la queue. Et puis attention, gare à ne pas doubler, ne serait-ce que pour demander un renseignement, « vous faites la queue comme tous le monde ! » voilà ce qu’on vous dira énervé.

Certains, dans la file d’attente, vérifient encore leurs documents car dossier incomplet égal pas d’inscription et refaire la queue tout un après-midi, un autre jour. Des étudiants devront se taper l’aller-retour tout de même : untel a un problème de sécurité sociale, l’autre n’a pas le bon timbre, un autre a oublié un justificatif…

Le jeune étudiant que j’accompagne vient se renseigner sur son inscription. Il n’a pas encore reçu son avis conditionnel de bourse (document qui certifie l’attribution ou non de la bourse pour l’année universitaire). Impossible de joindre le Crous (l’organisme qui donne les sous) par téléphone, il vient alors se renseigner au service des bourses de la fac. « On ne peut rien faire pour vous, votre dossier  est en cours de traitement, il faut attendre de recevoir votre avis conditionnel par courrier », lui répond la dame. « J’ai vraiment fait un aller-retour pour rien » dit-il, dépité.

Pendant ce temps, d’autres étudiants règlent le montant de leurs frais de scolarité. Certains soupirent, d’autres grincent des dents quand on leur annonce le prix : 452, 57 euros. Une étudiante sort son chéquier l’âme en peine et s’exclame : «Ça fait mal ! Ce n’est pas donné ! ».  Pour les élèves boursiers, c’est différent, à peu près 4 euros et des poussières à régler, soit 400 euros de moins.

Je demande au jeune étudiant que j’accompagne pourquoi il n’avance pas les frais de scolarité «  Je ne peux pas ! Si je paye plus de 400 euros pour l’inscription comment je vais payer les 60 euros de ma carte de transport, mes fournitures scolaires, mon repas du midi et je ne peux pas non plus demander à mes parents, ils n’ont pas les moyens et avec les impôts qui viennent de tomber, le loyer, les courses et tout le reste ce n’est même pas la peine. ». Il songe tout de même à attendre quelques jours : « Si je la reçois pas,  je serai obligé de payer mais laisse tombé, on te rembourse des mois après, et ce que j’ai gagné cet été est directement allé dans les heures de conduite… ».

Pour autant, ne pas recevoir de bourse ne signifie pas qu’on est un étudiant qui  roule sur l’or. « Je n’ai jamais eu de bourse, pourtant mes parents ont du mal à joindre les deux bouts aussi » m’explique une amie de fac. « Je travaillais pendant l’été pour payer les frais de scolarité sinon je ne sais pas comment j’aurais fait. » Elle admet tout de même que « c’est peu par rapport aux grandes écoles mais que ça reste assez cher et chaque année ça augmente un petit peu ». Ce qui l’insupporte ce sont les  « étudiants qui ne s’inscrivaient que pour avoir la bourse. Je ne veux pas être méchante mais j’avais l’impression de payer pour ces gens-là ».

Pour cette rentrée 2011, l’UNEF (syndicat étudiant) estime que le coût de la vie étudiante augmente de 4,1%. L’annonce d’un 10ème mois de bourse par Laurent Wauquiez (ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche) est un bonheur pour certains, une source d’amertume pour d’autres.

Imane Youssfi

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