Depuis quelques années déjà, le modèle de cette exception à la française est remis en cause. Si les grandes écoles restent une très bonne porte d’entrée, la sortie n’est pas toujours à la hauteur des espoirs. Dalal a rencontré quelques étudiants « d’élites » déçus. 

La plupart étaient confiants, voire un peu trop. C’est ce que confie Saâd, 24 ans, fraîchement diplômé d’un master Affaires européennes « Il y a un an j’étais un garçon plein d’assurance et j’étais certain que les employeurs ne se feraient pas prier en voyant mon parcours. Cela fait 6 mois que je suis à la recherche d’un emploi et on me répète que pour les postes demandés il ne suffit plus de sortir d’une grande école, il faut ce ‘petit plus’ qui fait la différence ». Aussi pessimiste soit-il, il ajoute : « Je ne baisse pas les bras pour autant. J’ai des amis qui ont rapidement trouvé du travail et même ceux qui ont tardé à en trouver ont fini par être recruté. Je me dis juste que mon tour viendra ».

La crise qui touche le marché de l’emploi est une des origines de ce revirement de situation. Moins de postes, plus de demandes, c’est aussi simple que ça pour Meryem qui devrait être diplômée à la fin de l’année.« On nous répète que l’entrée à HEC nous garantit un emploi à la sortie. Mais de nos jours, 1 étudiant en école de commerce sur 5 se trouve au chômage huit mois après la fin de ses études ».

Pour ne pas arranger les choses, les salaires baissent d’année en année. Ils ne s’attendent plus à bien gagner leur vie dès le départ, parce qu’ils sortent d’une grande école, les jeunes diplômés se jettent sur les premiers postes proposés. « On ne fait plus les difficiles, c’est presque une question de survie ». Les grandes écoles ne sont plus des garanties anti-chômage. Ces « perles rares » étaient autrefois convoitées par les recruteurs qui se les arrachaient. Mais les Cdi sont choses rares puisqu’ils ne cessent de chuter pour ces étudiants. Ces diplômés coûtent chers aux employeurs et ne font plus partie de leur priorité. La plupart sont maintenant en quête de salariés « un peu moins prestigieux, mais moins chers ».

Un autre facteur qui discrédite ces étudiants est leur « formatage » : « La dernière mode des recruteurs est de nous annoncer que le moule des grandes écoles ne convient plus aux attentes du nouveau marché de l’emploi, affirme Sâad. On n’est pas assez créatif, ou atypique, juste trop axé sur les méthodes d’apprentissage et qu’on a presque le même profil. On nous tuerait tellement à la tâche avec les autres exigences que les grandes écoles passeraient à côté de ce « petit plus ». Sincèrement, je trouve cette excuse tirée par les cheveux ».

On formerait dans ces écoles « les élites de la nation » : « Dès notre entrée, on nous sort des phrases du type ‘Vous deviendrez l’élite de ce pays’. Vu l’état actuel des choses, j’attends de voir ». Que serait donc l’avenir de cette élite ? C’est à cette question qu’à répondu Raphaël, 26 ans, diplômé de l’ESSEC « J’ai déprimé pas mal de temps après l’obtention de mon diplôme face aux multiples refus auxquels j’ai fait face. Je savais que mes attentes étaient trop élevées par rapport à ce que l’on propose de nos jours, mais je ne voulais pas me résigner à gagner moins que ce qu’on m’avait assuré. On nous a vendu du rêve pendant si longtemps. J’ai finalement pris l’initiative d’ouvrir ma propre boîte. La plupart des étudiants dans mon cas finissent par se lancer et tout le monde ne réussit pas mais ça vaut le coup d’essayer ». Cette envie d’entreprendre peut toucher ceux qui ont déjà acquis un emploi, avec un poste confortable puisqu’ils veulent aussi tenter leur chance.

Cette crise qui frappe ces diplômés de grandes écoles n’a cessé de croitre ces dernières années. Il existe des alternatives pour ne pas gaspiller ces années d’études intensives et tenter de rehausser les chiffres puisque 25% des jeunes de moins de 25 ans se retrouvent au chômage, et cela, quelque soit le diplôme obtenu. Néanmoins, il est indéniable que ces étudiants privilégiés sont beaucoup moins touchés par la crise que ceux sortant de l’université ou d’une école moins « prestigieuse ».

Dalal Jaïdi

 

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