Ce matin, sur le chemin de la fac, une odeur de grogne se fait sentir. Alors que le trafic normal des trains semble être rétabli, alors que le gouvernement ne paraît pas disposé à reculer sur la réforme des régimes spéciaux de retraite, les étudiants de la fac de Tolbiac (Paris I) ont décidé de bousculer leur emploi du temps. Pas cours pour des milliers d’entre eux ce matin: fac bloquée par quelques centaines de grévistes, pas moyen de passer. La grève et le blocage pour empêcher la tenue normale des cours ont été votés la veille, lors d’une assemblée générale.

A l’entrée de Tolbiac, des discussions s’engagent entre bloqueurs et bloqués. Le scénario de la grève anti-CPE, en février-mars 2006, revient à l’esprit de tous. Léa, étudiante en deuxième année d’histoire, tente d’expliquer, la voix déjà cassée, qu’« on a le pouvoir de faire plier le gouvernement, comme on a réussi à le faire avec le CPE », ce qui ne manque pas de provoquer la réprobation de celles et ceux qui veulent aller en cours. Parmi eux, Sonia, un bouquin de sciences économiques entre les mains, lance: « Si c’est pour ne pas aller en cours que vous faites ça, autant quitter le système universitaire et laisser la place à ceux qui veulent étudier ! Et puis d’abord, c’est quoi vos revendications ? »

Les revendications ? « Ça tombe bien, il est midi, c’est l’heure de l’AG (assemblée générale), viens en débattre, rendez-vous amphi N », propose Léa. En une vingtaine de minutes, pratiquement toutes les revendications sont mises à plat. Est dénoncée l’abrogation de la loi sur l’autonomie des universités (loi LRU), initiée par Valérie Pécresse et qui modifie le mode de financement des universités, d’ordinaire assuré par l’Etat seul. Ce texte voté sans anicroche avant l’été, prévoit que les entreprises privées (telle BNP Paribas) puissent participer, de diverses façons, au budget de l’enseignement supérieur.

Mais ce n’est pas tout. Il y a la solidarité avancée avec les cheminots ! Avec les sans-papiers aussi ! Pour Alex, au micro, il s’agit de « construire une grève nationale des universités à travers tout le pays, afin de déboucher sur une grève générale interprofessionnelle ». Debout sur le côté de l’amphi bondé, un étudiant fait la moue. Pour lui, ce mouvement va vite s’essouffler et ne sera pas suivi, « les enjeux ne sont pas les mêmes que pendant le CPE, ils perdent leur temps ».

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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