« Bon on fait un petit essai pour les micros, parlez dans le micro chacun votre tour. » « Test micro, un, deux, un, deux, c’est bon Monès, tu m’entends bien ?», « Ok. Parfait, on peut commencer, tout le monde est prêt ? Je lance l’enregistrement ! » Ah ça commence enfin, ça faisait longtemps que je n’avais pas été devant un micro, à vrai dire ça me manquait un peu. Mais aujourd’hui ce n’est pas moi qui vais animer cette radio, je suis ici pour passer le flambeau à la nouvelle génération de chroniqueurs de la radio de Jean Renoir, qui s’autoproclame « meilleure radio bondynoise », mais qui est aussi et surtout la seule radio de Bondy.

Cette radio n’existe que depuis deux ans. Il s’agit plutôt d’une webradio, car elle ne passe sur aucune onde, mais est régulièrement diffusée sur le site web de l’école et passe dans les haut-parleurs du lycée Jean Renoir, à Bondy. Mme Da Silva, conseillère d’éducation et réalisatrice de ce projet, est très investie dans cette webradio, malgré les avis assez défavorables de ses collègues, qui « gueulent en disant qu’ils veulent manger tranquillement ! » (la radio est diffusée dans le réfectoire, pendant les heures de repas). Si ce projet lui tient tant à cœur, c’est parce qu’il « favorise l’intégration des élèves, surtout ceux qui rejettent les structures scolaires. Grâce à cette radio, ils apprennent à s’exprimer normalement. » Selon elle, la vraie motivation, ce sont « ces jeunes qui veulent parler, qui veulent du dialogue ! Parler pour être entendus et surtout pour être écoutés. »

Les élèves en BTS à Jean Renoir, qui écoutent cette radio affirment que « c’est pas mal du tout ce qu’ils font les lycéens ! ». Je suis revenu voir les nouveaux chroniqueurs, pour les assister dans leur premiers pas mais aussi pour voir d’un œil extérieur comment se passait l’enregistrement. Brouhaha total avant l’émission, tout le monde parle, fait du bruit et expose ses idées, mais au « Top départ » c’est le silence micro, plus personne ne parle à part l’animateur. Cette année, les animateurs sont des étudiants de Sciences-Po Paris.

Fatima lance sa chronique « people », en parlant de Tony Parker qui a trompé sa femme. « C’est un vrai mec, quoi ! » Vient ensuite la chronique Quiz Info, où Aminata revient sur le remaniement ministériel. Lors du Quiz Info, Aminata pose des questions aux chroniqueurs. Mohamed qui répond correctement à toutes les questions, finira par avouer : « Non mais j’ai triché, j’ai vu les réponses sur ton papier ! », ce qui entraînera un éclat de rire dans l’assistance.  Aminata, une autre, annonce qu’elle vient d’écrire une nouvelle d’une quarantaine de pages, qui sera gratuitement disponible à la bibliothèque du lycée. Les chroniqueurs profitent de cette annonce pour faire une petite interview improvisée. « Raconte-nous tout ! Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce livre ? », « dans combien de temps sera-t-il disponible ? » Aminata répondra qu’après une rencontre en rentrant chez elle, elle « a sorti un papier, un stylo, et a commencé à écrire, tout simplement ».

Toutes les deux minutes, des petits éclats de rire se font entendre par-ci, par-là, bien loin des micros pour que les auditeurs ne les entendent pas. Micros, casques et table de mixage ne manquent pas dans ce studio qui se professionnalise au fur et à mesure. Le groupe semble bien fonctionner, pour leur deuxième émission c’est pas mal. Quand on demande aux chroniqueurs pourquoi ils se sont inscrits à cette radio, les réponses divergent. « Je veux travailler dans le milieu du journalisme, c’est une sorte de tremplin et d’entrainement », « j’ai juste envie de découvrir ce milieu », « j’aime le sport et j’ai envie d’en parler et d’en discuter, c’est tout », « c’est un bon moyen de communiquer ».

C’est un peu pour les même raisons que j’ai voulu faire partie de cette radio l’an dernier. Dès que j’ai vu les affiches « La radio de Jean Renoir recrute !», j’ai pensé que je pourrais développer certains talents d’orateur. Comme je préparais l’oral pour intégrer Sciences-Po, c’était une opportunité à saisir. Les débuts n’ont pas été des plus simples, on bégayait un peu, mais au fil des émissions c’est devenu un jeu d’enfant. A 17 heures tous les lundis, nous nous précipitions dans la petite salle qui sert de studio pour se préparer à enregistrer mais aussi pour être les premiers à savourer les gâteaux « maison » apportés par « maman Da Silva » !

On s’installait, on débutait par quelques blagues entre nous, on se servait à boire et à manger et on établissait le «plan» de l’émission. Qui présente ? Dans quel ordre s’enchaînent les chroniques ?, etc., le tout écrit sur un bout de papier. Dès que l’enregistrement était lancé, mon cœur s’emballait légèrement. Un peu de stress, c’est sûrement ce qu’on appelle le trac. Certains avaient les mains moites. On pense même être incapables d’aligner deux mots. Mais dès que notre tour arrive, on se lance et à ce moment précis on n’est plus la même personne, les mots défilent à une vitesse folle, aucun bégaiement, puis on rigole, on parle sérieusement, on fait des blagues, notre cœur s’emballe encore plus et enfin on prend beaucoup de plaisir à être là. C’était convivial, on prenait beaucoup de plaisir à débattre, parler et en partant on lançait : «Bon eh bien la famille, je vous dis à lundi prochain ! »

Saïd Benarroudj

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