Au centre d’une grande place entourée d’immeubles, une dizaine de personnes mettent des chaises et des tables. En cette belle journée ensoleillée, la place Voltaire, à Ivry-sur-Seine, se remplit peu à peu. La FCPE, la principale fédération de parents d’élèves, a organisé une action de mobilisation un peu particulière, ce samedi 25 mai : une classe en plein air se prépare, pour dénoncer la loi Blanquer. Judith Lopes, présidente de la FCPE, tient le rôle de la « maîtresse », tandis que les parents, tous issus d’Ivry, sont les élèves. Ces derniers devront ensuite écouter une intervention de la « maîtresse » avant de répondre à un quiz sur l’éducation nationale, et à un test pour les CP.

La manœuvre vise à savoir s’ils connaissent bien le système éducatif, puis de leur faire prendre conscience de l’absurdité des contrôles subis par les enfants à leur entrée au CP. Le quiz comprend dix questions de base sur l’éducation nationale, parmi lesquelles : « combien y a-t-il d’élèves par classe ? », « combien d’heures travaille un enseignant par semaine ? » Tout cela comme dans une classe ordinaire, mais à l’extérieur. Parmi le public, beaucoup de parents et quelques enseignants, dont certains ont amené leurs enfants. Il y a quelques militants de la FCPE, mais aucun ne se réclame d’un parti politique.

Les parents et enseignants à Ivry, comme un peu partout en France, accusent la loi Blanquer, de vouloir « détruire » l’école publique, en aggravant, notamment les inégalités. D’ailleurs, plusieurs manifestations ont déjà eu lieu dans le pays. La loi Blanquer pour une “école de la confiance” a été votée au Sénat ce 21 mai, dans l’attente d’un compromis final de la commission mixte paritaire, qui se réunira mi-juin.

On ne sensibilise pas seulement les parents, mais aussi la population

Une dizaine de personnes sont assises, à des tables et d’autres sur des chaises, dans une ambiance studieuse, malgré les cris d’enfants agités, pour assister à la classe en plein air. D’autres parents sont présents mais restent en retrait. Certains badauds observent la scène, intrigués, mais passent leur chemin.

Judith Lopes tient à expliquer comment la FCPE lutte contre la loi Blanquer : « Notre association a pris le relais des enseignants, pour organiser des actions envers les parents, parce que l’enjeu, c’est quand même de bien les renseigner. Les gens n’ont pas forcément accès à ces informations. » Elle poursuit : « On a transmis les infos aux parents, soit par des actions dans les écoles, des occupations d’écoles, et des actions plus ouvertes comme ici.C’est la deuxième qu’on fait. La première a eu lieu le 9 mai. Pour la présidente de la FCPE, l’intérêt d’organiser une classe en plein air est stratégique : « On touche autrement. On ne sensibilise pas seulement les parents, mais aussi la population. On essaie de leur faire prendre conscience de la problématique de cette loi. »

Dans la foule, Christelle Pavillon, membre de la FCPE, explique, dans un sourire désabusé, pourquoi elle manifeste : « Il y a de nombreux points dans la loi, que je conteste. Le premier, c’est l’école des savoirs fondamentaux, qui consiste à regrouper les collèges et les écoles élémentaires, et faire disparaître une organisation qui existe déjà, avec des directions d’écoles etc. Et on ne nous dit pas ce qui va se passer après. »

Hervé HINOPAY

Articles liés

  • À Villepinte, les enseignants dénoncent des consignes sanitaires insuffisantes

    À Villepinte en Seine-Saint-Denis, l'inquiétude face à l'épidémie de Covid-19 grandit chez les enseignants. Alors que la journée de mobilisation du 10 novembre a été très suivie, deux enseignants nous donnent leurs ressentis sur leurs situations respectives dans cette période difficile, malgré les dernières annonces ministérielles. Témoignages. 

    Par Hervé Hinopay
    Le 13/11/2020
  • « L’association des chercheurs de la pensée critique avec le terrorisme est une accusation très grave »

    A-t-on voulu mettre la recherche en sciences sociales au pas ? La loi de programmation de la recherche portée par la ministre Frédérique Vidal, portait en son sein un amendement polémique (finalement retiré) qui comptait encadrer ces travaux critiques, dans un contexte sensible après deux attentats, et dans un agenda politique où la lutte contre le "séparatisme" est devenu priorité nationale. Mais cette tentative, s'inscrit en réalité dans un contexte plus global de craintes face à aux recherches de la pensée critique. Analyse.

    Par Sarah Belhadi
    Le 11/11/2020
  • Covid-19 : une rentrée tendue au lycée Paul Eluard de Saint-Denis

    Après l’annonce du nouveau protocole sanitaire par le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, des enseignants et lycéens ont décidé de se mobiliser en cette rentrée, pour demander de meilleures conditions d'enseignement face à la propagation du coronavirus. Depuis la rentrée de novembre, de nombreux établissements étaient touché par des grèves et des blocages. Reportage au lycée Paul Eluard de Saint-Denis.

    Par Mateo Falcone
    Le 04/11/2020