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On l’appellera « Bruno ». A 46 ans, Bruno est un « apprenant » de CLES 21 (Calculer, Lire, Écrire, Savoir), un dispositif dijonnais de la Ligue de l’enseignement Côte-d’Or qui lutte contre l’illettrisme, notamment en donnant des cours permettant de développer les « savoirs de base ». Ce qui a poussé Bruno à suivre des cours ? Le chômage ! Il a en effet commencé à suivre des cours individuels dans l’objectif de retrouver un emploi, dans le cadre de sa demande de RSA (Revenu de solidarité active). 

D’emblée, il se présente comme quelqu’un qui porte un regard critique sur son vécu. Ne niant pas certaines souffrances dues à sa situation d’illettré pendant des années, il assume désormais son nouveau statut « d’apprenant » avec un calme qu’il veut « philosophe » et « encourage ses connaissances » à effectuer la même démarche.
 
Si ses lacunes le handicapent depuis l’adolescence, Bruno mettait autrefois au point, comme beaucoup d’apprenants, « toutes sortes de combines pour masquer mes difficultés, avec un plâtre pour ne pas avoir à écrire par exemple, en écrivant mal pour que les gens comprennent ce qu’ils veulent bien comprendre… ». Alors que 3 mois de cours lui étaient nécessaires pour remplir ses obligations vis-à-vis du RSA, il a de lui-même choisi de signer un second contrat de 3 mois avec CLES 21 pour continuer à perfectionner ses compétences en lecture et écriture du français. Petit à petit, il a pris « conscience de ses capacités à progresser, grâce à l’accompagnement humain de CLES 21, qui s’intéresse à chacun, appuie sur les points forts et non pas sur les points faibles pour aider à avancer ».

De fait, il pense aujourd’hui avoir « pris conscience » de la qualité de l’écriture qu’il peut développer. Selon lui, ces formations « donnent de la valeur à chacun et c’est comme ça qu’on peut devenir plus actif dans son comportement face aux difficultés ». Il tient également à préciser, avec la fierté d’un premier pas accompli, qu’il a commencé récemment, à « tenir un journal quotidien, pour écrire des phrases, tous les jours ». L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) définit en 2003 que « l’illettrisme qualifie la situation de personnes de plus de 16 ans qui, bien qu’ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne, et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples ».

Bruno n’est pas, loin s’en faut, le seul dans sa situation. Le chiffre global est impressionnant : 3,1 millions de personnes, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France, est en situation d’illettrisme. 59% sont des hommes. Il est également surprenant d’apprendre que la proportion de personnes en situation d’illettrisme est plus forte pour les groupes d’âges les plus élevés : plus de la moitié des personnes concernées ont plus de 45 ans…

Sophie Antonucci (Dijon)

Sophie Antonucci

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