Après avoir terminé vos études dans votre lycée, avez-vous jamais pensé y remettre les pieds ? Ce genre de choses n’est pas courant. Il arrive que des élèves, devenus parents, retournent au lycée où ils ont étudié pour récupérer le bulletin de notes de leur enfant s’ils n’ont pas changé de ville. C’est l’occasion de se laisser aller à un sentiment de nostalgie.

Elisabeth Anifowose n’est pas dans cette situation. Elle a quitté le lycée Jean Renoir il y a huit ans. Elle y est retournée à partir du mois de juin dernier pour y travailler. Et pas seulement en tant que surveillante. Elle est également assistante pédagogique. Ça tombe bien pour elle. Elle cherchait un boulot se rapprochant de l’enseignement. Car Elisabeth prépare le Capes d’anglais.

Le choix du lycée Jean Renoir s’est fait par défaut, car ce n’était pas loin de chez elle. Avait-elle toutes les cartes en mains pour réussir, par rapport à un lycée parisien ? « Malgré ce qu’on peut dire des lycées du 93, c’est le travail de l’élève qui compte. Un prof est bon quand il motive ses élèves. Je pense que ça a été le cas à Jean Renoir. La différence se fait dans la culture, dans l’ouverture d’esprit. Malheureusement dans nos banlieues, on n’a pas l’habitude de voir des enfants aller avec leurs parents au musée, voire au cinéma. Moi, enfant d’immigrés, j’ai commencé assez tard à voir se qui ce passait en-dehors de la télé. » Même si le cinéma ne se résume plus pour elle au film du dimanche soir sur TF1, Elisabeth avoue avoir encore du mal à se rendre au musée. « Je me suis rendue compte du manque en arrivant à la fac. Il y a plein de choses à apprendre. Ça peut nous aider pour l’enseignement et notre culture. »

Pourquoi vouloir devenir professeur ? Cette vocation a pour origine les années passées à Jean Renoir et l’enseignement qu’elle y a reçu. « Avant d’arriver au lycée, j’avais l’appréhension de ne pas réussir car j’étais une enfant d’immigrés, que je venais du 93, etc. Après je me suis dit que si j’arrivais à donner de la motivation à des élèves comme mes enseignants l’ont fait avec moi, j’en serai assez fière. » Pour ce qui est de l’anglais, cette langue a toujours intéressé Elisabeth qui se voyait faire un métier nécessitant l’usage de cette langue.

Son Bac ES en poche, direction l’université avec trois ans de licence LLCE spécialité anglais (Langue Littérature Civilisation Etrangère). Si les deux premières années se passent bien, il n’en fut pas de même pour la troisième. « Je commençais à trouver le temps long, je n’étais toujours pas sûre de vouloir devenir enseignante. »  A la suite de cet échec, Elisabeth est partie en Angleterre enseigner pendant un an le français à des élèves anglais. Une année qui lui a permis de balayer ses doutes. « Là, j’ai beaucoup aimé enseigné. Donc, je me suis dit que j’allais retourner en France et refaire ma licence. J’étais motivée et j’ai réalisé que j’appréciais les études que je faisais. Je ne me voyais pas faire autre chose. »

De retour au pays et la licence obtenue, Elisabeth passe au master. Mais nouveau couac, elle choisit le mauvais : « Je me suis trompée, car c’était destiné à faire un doctorat. J’aurai pu passer le concours mais j’ai eu peur car c’était sélectif. » Après avoir butté sur son mémoire au cours de sa deuxième année de master, Elisabeth se tourne vers un master Enseignement, créé il y a deux ans et qui prépare au concours du Capes.

A Jean Renoir, Elisabeth est assistante pédagogique mais aussi surveillante. « J’aide les élèves qui ont besoin d’aide, surtout en anglais. Il m’est arrivée de préparer des cours de remise à niveau pour des étudiants intéressés. Je suis souvent dans une salle où les élèves viennent faire leurs devoirs.» Concilier ses études et son travail n’est pas toujours simple mais les moments où les élèvent travaillent sur des matières où elle ne peut pas les aider sont utilisés pour bosser sur ses propres cours.

Ce que pense Elisabeth de sa « deuxième vie » à Jean Renoir ? « C’est bizarre de se trouver de l’autre côté. Avoir été élève il y a huit ans, revenir, discuter et manger avec mes anciens profs… Certains m’ont fait part de leur étonnement d’avoir enseigné à une élève qui est maintenant leur collègue. Comme ce sont mes anciens profs, je n’arrive pas à me dire que je peux parler avec eux comme s’ils étaient mes collègues. »

Olufemi Ajayi

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