Aulnay sous Bois, ville du 93 d’environ 80 000 habitants, c’est là que je vis. C’est une banlieue comme les autres avec des tours, des pavillons, des terrains de jeux, des associations et des établissements scolaires. Au nord, dans les quartiers des Mille Mille, des Trois Mille et du Gros Saule se trouvent la plupart des tours et quelques pavillons. Ces cités étaient les points chauds de la ville durant les émeutes de 2005. Le sud d’Aulnay est plus pavillonnaire, c’est là que se trouvent les quartiers plus aisés de la ville. Moi, je vis dans un pavillon du nord et je vais au lycée Jean Zay, au sud. N’allez pas croire que tout se caractérise par des zones nord et sud, mais cela détermine beaucoup de choses.

Grâce à notre chère carte scolaire, je devais me retrouver au lycée Voillome. Voyez-vous, dans le nord d’Aulnay se trouvent les collèges Neruda, Hugo, Debussy et de Pisan. Et la plupart de leurs élèves sont envoyés au lycée polytechnique Voillome, à cinq minutes de marche de Jean Zay. Croyez moi, je les fais tous les matins.

Seuls une petite vingtaine vont à Jean Zay. Je ne dis pas que leur lycée de secteur n’est pas bon, mais celui de Jean Zay est un des meilleurs du 93. Les taux de réussite au bac sont très bons, les enseignants très exigeants, et l’ambiance différente. Voilà pourquoi, moi, ancienne élève du collège Pablo Neruda, j’ai tout fait pour y entrer, tout en sachant que c’était quasi impossible.

J’ai toujours eu de très bonnes notes au collège,
mais pendant ma dernière année je suis passée à la vitesse supérieure. Et au moment de mes voeux pour l’année de seconde, j’ai choisi une option que seule Jean Zay faisait. J’ai eu de la chance, car c’était une option dont j’avais besoin pour le post bac. Mais certains, comme une de mes amies,
choisissent des options qu’ils ne désirent pas juste pour avoir une chance d’être dans ce lycée. Ils se retrouvent alors avec une troisième langue, comme le russe, alors qu’ils envisagent de faire une filière scientifique et qu’ils n’ont aucun attrait pour l’est…

D’autres, moins prudents, ne mettent que ce lycée comme voeu, oubliant ainsi leur lycée de secteur, qui ne reçoit pas leur dossier d’inscription et ne les compte pas parmi ses élèves. Ces collégiens se retrouvent alors sans lycée et sont obligés de s’inscrire dans un établissement qu’ils n’avaient même pas imaginé s’ils ne sont pas acceptés à
Jean Zay. Moi, après mon voeu pour celui-ci, j’ai fait des choix d’établissement dans les villes voisines tout en mettant en dernier celui de
Voillome. La chance et j’espère aussi mon travail ont fait que c’est mon premier choix qui a été retenu. Je suis maintenant en dernière année.

Je ne sais sur quels critères l’administration se base pour choisir les élèves venant du nord, mais je constate que plus les années passent et plus il est difficile d’y entrer. Pour preuve, pendant mon année de seconde nous étions huit de mon collège, l’année d’après environ cinq, et cette année, je ne sais pas, car je n’ai reconnu personne. Ainsi, comme pour chaque endroit difficile d’accès, les places sont chères.

Michèle Traoré (Jean Zay)

Michèle Traoré

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