Le 13 novembre, sur le parvis de la mairie de Bondy (93), comme dans de nombreuses villes, une manifestation contre la réforme des rythmes scolaires été organisée. Parents et enseignants, réclament l’abrogation de la réforme face à une situation qu’ils jugent chaotique. Un mouvement qui devrait se poursuivre.

« Vous êtes dans une commune où les rythmes sont appliqués depuis la rentrée et dysfonctionnent, nous tous les jours on est dans l’urgence. Ça fait deux mois et demi qu’on vit ça et ça ne fonctionne pas. Avec les animateurs ça ne marche pas, les ateliers, ça ne va pas, les élèves s’ennuient, ils sont dans l’insécurité. Nos élèves sont épuisés, ils sont cernés, le travail n’est pas le même ils n’ont pas la même concentration. Et ça il faut l’entendre ! » explique une enseignante devant l’assemblée syndicale. Le tableau est noir, et pourtant il résume bien la situation que sont venus dénoncer parents et enseignants hier devant la mairie de Bondy.

Tous sont d’accord pour dire que la mise en place de cette réforme est pour l’instant catastrophique. Et si les différentes représentations syndicales peinent à se mettre d’accord sur l’avenir de cette réforme (abrogation ? réécriture ? ), tous pointent le doigt sur un problème bien spécifique : le recrutement des animateurs.

« Le problème c’est qu’on a que des animateurs à Bondy, dans d’autres villes il y a des professionnels. Ici il n’y a que des animateurs, parfois qui n’ont pas le BAFA. On n’a pas de professionnels formés sur d’autres choses. Donc les activités proposées ne sont plus des temps périscolaires, c’est du temps d’animation, et je n’ose pas dire garderie. Gros mots, insécurité, c’est ça le plus gros problème et je pense que là tout le monde est venu pour ça » explique une autre enseignante au micro.

Un avis partagé par la directrice d’une école de Bondy « depuis la réforme je ne vois plus les parents. Je ne suis plus dans une école, je suis dans un centre aéré, les enseignants retrouvent leurs classes ce ne sont plus des classes. Les animateurs ne parlent pas aux enfants dans le même registre que nous. L’école doit rester l’école et les activités périscolaires, doivent rester périscolaires ! » 390 animateurs ont été recrutés pour mettre en place cette réforme à Bondy, un recrutement loin de faire l’unanimité : « la logique du Maire c’est d’abord on embauche et ensuite on forme » explique une autre enseignante, « nous on a d’abord été formé et ensuite on a été embauché, mais visiblement, ça ne fonctionne pas comme ça dans les mairies ». Sauf que c’est l’apprentissage qui est en péril et le risque : que les inégalités se creusent davantage.

Face au mécontentement, plusieurs groupes de parents d’élèves ont été reçus par la Maire qui défend bec et ongles ces nouveaux rythmes : « C’est une réforme en laquelle l’équipe municipale croit énormément. La France est un des pays de l’OCDE le plus en retard en terme de résultats scolaires, et cette différence est encore plus marquée dans les villes populaires ». Des villes populaires déjà marquées par de fortes inégalités en terme de qualité d’enseignement, de classes surchargées et d’insécurité, confrontées aujourd’hui à un nouvel obstacle, « on est un représentant de chaque groupe scolaire de Bondy, nous on a noté beaucoup d’inégalités sur recrutement, sur la qualité des activités et sur le traitement collectif de cette réforme » explique une maman.

« Moi mon fils il a choisi l’activité roller, ni l’animateur ni les enfants ne viennent avec des rollers, expliquez moi comment on fait du roller sans roller ? » interroge une maman. « Moi mon fils  s’est inscrit au basket, un jour il fait des perles, un jour de la pâte à modeler un jour du dessin ce n’est pas normal » exprime une autre, « même quand ils font réellement l’activité qu’ils ont choisie, on ne leur explique pas les règles. Du foot ce n’est pas juste tirer dans un ballon, du ping-pong ça n’est pas jouer à la baballe ».

Des anecdotes qui mettent en avant des problèmes d’organisation, d’infrastructure mais surtout de formation des animateurs. « On a recruté 390 animateurs, je refuse de dire que tous les animateurs sont incompétents, il y en a certains qui doivent monter en compétence. Il ne faut pas noircir le tableau, on va s’en sortir ensemble et pas les uns contre les autres nom d’un chien ! » répond Sylvine Thomassin, la maire de Bondy. « Tous les parents de cette ville n’ont pas le loisir d’inscrire leurs enfants dans des activités sportives ludiques et culturelles. C’est ce qui me fait me lever le matin ! Il faut absolument qu’on monte en compétence pour un petit nombre d’entre eux. Certains n’ont pas encore validé complètement le BAFA il faut qu’on les aide à avoir une spécialisation. Ils n’ont pas toujours la bonne posture vis-à-vis des enfants. Il faut qu’on leur apprenne que lorsqu’on s’occupe d’enfants, son portable on l’oublie au fond de sa poche, sa casquette on l’enlève, on boutonne son pantalon, on dit bonjour… »

Rééduquer des personnes en charge de l’éducation des enfants, vaste programme qui a de quoi faire sursauter les parents d’élèves, « vous auriez du être tout de suite opérationnels, ou vous auriez du attendre un an comme toutes les autres villes qui se préparent » répond une maman. « Il y a une différence d’éducation donnée par les enseignants d’une part et les animateurs d’une autre. Le décalage entre autorité d’un animateur et autorité d’un enseignant c’est terrible. Ça fait 20 ans qu’on parle d’appétence scolaire et là on fait le chemin inverse. TAP (temps d’activité péri-éducatif), garderie, centre de loisirs et école, on ne fait plus la différence, je suis très inquiète de la vision de l’école que vont avoir nos enfants dans l’avenir », explique une autre.

« Ces activités pour mon enfant c’est de la violence, de la fatigue, on le tire dans tous les sens, on lui parle mal, ce n’est plus l’école. Moi ce que je vous demande, c’est la sécurité, l’éducation, que les animateurs montrent l’exemple et ensuite que les activités s’améliorent progressivement », voilà où on en est aujourd’hui, la réforme des rythmes scolaires censée faire évoluer les enfants, développer chez eux de nouvelles capacités, éveiller leurs sens et leur culture est aujourd’hui au point zéro. Des inquiétudes justifiées qui poussent ces parents à suivre les mouvements de grève aujourd’hui ainsi que les prochains annoncés. Certains réclamant l’abrogation totale de cette réforme, d’autre une réécriture, ou tout simplement une application égalitaire sur tout le territoire pour éviter une nouvelle fois que les élèves des villes les plus populaires soient encore une fois les premiers mis au banc.

Widad Ketfi

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