Marie, Laura, Oriana et Anne-Claire, quatre étudiantes en licence à Bobigny, ont choisi de valoriser les études supérieures auprès de lycéens de banlieue dans le cadre d’un projet éducatif qu’elles ont elles même élaboré. Portraits croisés.

Faire de leur projet obligatoire un atout, voilà le pari réussi de quatre étudiantes de l’IUT de Bobigny. Dans le cadre d’une option « coordination de projet », ces quatre élèves de la licence professionnelle Intervention sociale ont décidé de convaincre des lycéens de banlieues de poursuivre des études supérieures, en s’aidant du dispositif national des « Cordées de la réussite ». Si leur choix s’est porté sur ce sujet, c’est parce qu’elles se sont rendues compte de la véritable désaffection de ces jeunes pour le supérieur.

Pas question pour elles de valoriser les études à tout prix, au risque de stigmatiser les chemins de traverse, mais de leur faire comprendre qu’elles sont à envisager. Ayant expérimenté la filière de la santé et du social, les étudiantes cherchent également à faire connaître les différentes voies auxquelles mène ce bac professionnel : « nombreux sont ceux qui pensent qu’on ne peut être qu’infirmière avec cette filière ».

Dialoguer par le jeu 

Plusieurs actions sont alors programmées au lycée Jacques Feyder d’Épinay-sur-Seine. « On voulait créer un lien de confiance dès la première intervention à Epinay », explique Laura. Elles devaient « leur faire comprendre que nous ne sommes pas des profs, ni là pour les juger et qu’ils peuvent se confier », poursuit Marie. Elles choisissent d’établir un lien avec les élèves par le jeu. Une démarche qui séduit. La deuxième intervention, reposant presque exclusivement sur des vidéos et l’intervention d’un professionnel du secteur social, séduit moins. Marie explique : « Les élèves ont préféré la première intervention parce qu’il y avait cette notion de jeu, on était plus dans l’échange, ça a mieux fonctionné ».

Qu’à cela ne tienne, les étudiantes repassent donc par le divertissement pour la troisième intervention, axée sur le social. Accompagnées d’un professeur, elles distinguent les différents métiers de la branche de la santé et du social et mettent en place un jeu de rôle. L’implication des jeunes fonctionne à nouveau, les étudiantes ont d’excellents retours.

Spectacle de hip-hop, rétrospective en photos des trois interventions au lycée d’Epinay ou encore buffet… une dernière action vient conclure le projet. Des classes de première et de terminale des lycées partenaires du dispositif des Cordées sont conviées à l’événement. Une soixantaine d’élèves s’y rendent malgré les intempéries. Les questionnaires remplis par les élèves à la fin de la manifestation sont un véritable plébiscite.

Une opportunité partagée

Si les élèves ont trouvé leurs interventions utiles et agréables, l’enthousiasme est partagé par les étudiantes. Une véritable fierté pour Marie : « on a tout fait de A à Z, toutes les phases : du diagnostic à l’évaluation. C’est un plus pour nous ». Un projet qui leur a permis de prendre des décisions, mais aussi d’avoir des responsabilités. Un bénéfice pour leurs stages respectifs, qu’elles ont débuté récemment. « Le fait d’avoir réalisé un projet en groupe m’a permis de mieux m’approprier les missions de mon stage » explique Marie, qui travaille actuellement pour l’association « Moissons nouvelles » (une structure qui accueille des enfants placés par la protection de l’enfance).

Laura, de son côté, s’est investie auprès d’un centre socioculturel dépendant de l’association « Le Raiq » à Rueil-Malmaison. Une structure qui accueille les habitants du quartier et leur propose diverses activités, du cours de zumba à l’atelier d’écriture. De nombreux projets auxquels participe dorénavant Laura : « Flashmob, fête de quartier, troc de vêtements, je prends part à toute sorte d’événements et je suis en train de réaliser deux autres projets de mon côté : un lipdub (clip en playback et plan-séquence) pour favoriser la cohésion sociale et un projet intergénérationnel. Je suis bien occupée ! »

Si le projet des étudiantes a permis à certains jeunes de prendre confiance en eux et d’acquérir une certaine lucidité, gageons qu’il en sera de même pour les jeunes étudiantes.

Amandine Liard

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