Le baccalauréat en poche eu juin dernier, Sarah pensait avoir vécu le plus dur. C’est sans compter sur l’univers froid, distant et anonymisant de l’université, et les mauvaises surprises pour se réorienter. Récit.

Mars 2013, l’heure des choix d’orientation. Après des semaines à peser le pour et le contre, Dans ma liste de vœux sur le serveur APB (Admission Post Bac), j’opte pour « pratique de l’écrit ». Sur le site internet de Paris Diderot, il est expliqué que ce parcours prépare aux concours des écoles de journalisme. « C’est donc la licence idéale pour moi » me dis-je. J’estime que c’est même un très bon raccourci pour faire du journalisme, étant donné que la première année de ce cursus prépare déjà aux concours. Malgré ces nombreux avantages, je place cette licence en troisième position du classement de mes vœux sur APB, comptant surtout sur un double cursus sélectif à la Sorbonne en sciences-politiques et philosophie.

Finalement j’obtiens le choix numéro 3 : « Vous avez été affectée à l’Université Paris Diderot ». Bien que je n’obtienne pas mon affectation dans le double cursus visé, je suis ravie. Je me vois préparer les concours plus tôt que prévu. Nous sommes en période de baccalauréat, je reçois un mail de l’université dans laquelle j’ai été affectée, lequel m’explique qu’il faut  l’inscription administrative début juillet, après les résultats du bac. Le 5 juillet 2013, j’ai mes résultats, « Je l’ai ! », crie-je au téléphone telle une hystérique. Tous les soucis fondent comme neige au soleil. La vie est belle.

Problèmes post-bac. Cinq jours plus tard, je me rends donc à la fac avec la liste des documents demandés. « Bonjour, vous venez pour l’inscription ? -Oui -Très bien, il faut faire la queue ici, veuillez préparer votre dossier s’il-vous-plaît ». Ce sont des étudiants qui font office de secrétaire, ça change des secrétaires classiques parfois pas très avenantes. Mon tour arrive, la jeune fille me demande : « Ok, donc tu viens pour t’inscrire en lettres modernes -Non, en pratique de l’écrit -Ah ! Oui enfin t’es inscrite en lettres modernes, ton inscription au parcours pratique de l’écrit se fera lors de ton inscription pédagogique, l’inscription aux cours ». Voyant qu’il y a du monde derrière moi, elle me fait un sourire expéditif  signifiant « merci, au revoir, il y a du monde après toi ». Je récupère alors ma carte étudiante et fais demi-tour.

Dans le métro, je me remémore la discussion. « T‘es inscrite en lettres modernes », c’est tout de même étrange… Sachant que nous sommes en juillet et que tout marche au ralenti, il n’y a pas grand chose à faire. Je décide alors de penser à autre chose, c’est les vacances après tout, j’ai eu mon bac, je suis inscrite à la fac, il faut que j’arrête de me prendre la tête…

Mardi 3 septembre 2013, réunion de rentrée à la fac. Je me suis égarée peut-être cinq fois avant de trouver le chemin de l’amphi. Alors que j’erre dans les couloirs, je rencontre une fille, Léa, qui semble elle aussi perdue. On cherche à deux, au moins on a davantage de chance de trouver le bon chemin. En discutant, elle m’explique qu’elle aussi est venue dans cette université pour « métier de l’écrit ». Je lui parle donc de la discussion que j’ai eue avec la secrétaire lors de l’inscription.

La réunion commence, on nous distribue de la documentation où il est inscrit partout « élèves de lettres modernes ». Maintenant il n’y a plus de doute. Avec Léa, on panique. On sympathise avec une fille assise sur le même banc. Elle est redoublante en première année et nous explique : « En fait on est tous inscrit en lettres modernes. On a la possibilité de choisir un parcours : métier de l’écrit, édition… Ce parcours c’est juste un cours par semaine qui est proposé un semestre sur deux, mais c’est ce que vous avez lu sur ce site. Le cours prépare effectivement aux concours de journalisme ». Pas de panique, pas de panique…

Lors de la réunion, on apprend que les cours qui composeront notre semaine seront principalement de l’analyse de texte, de la philosophie, de la littérature comparée, de la linguistique et… du latin ! Les différents membres de l’université qui animent cette réunion nous expliquent enfin le principe des parcours. A la fin de notre licence, nous obtiendrons une licence de lettres modernes avec la mention « parcours pratique de l’écrit ». C’est tout, rien de plus, rien de moins. Un membre du SAOIP (Service Accueil Orientation Insertion Professionnelle) nous fait savoir que des conseillers d’orientation seront à notre disposition toute l’année. Ça peut toujours servir.

Je sors de la réunion la tête à l’envers, que faire ? Rester dans cette licence ? Changer dès maintenant ? C’est tout de même une licence de « lettres », et bien que je n’aie pas de grosses lacunes en matières littéraires au lycée, je viens tout de même d’un bac ES (économique et social). Après mûres réflexions, je décide de rester.

Lundi 6 janvier 2014, fin du premier semestre. Il est temps de faire le point. Avec les évaluations que nous avons faites jusqu’ici, je me rends compte que je m’en sors pas trop mal. Seulement, les cours ne me passionnent pas du tout : savoir que Homère s’est fait crever les yeux lors de la bataille d’Achille ou bien par Hélène qui se vengeait d’un mauvais rôle attribué dans un poème, très sincèrement… ça me laisse de marbre. Pourtant, j’imagine que beaucoup sont passionnés par l’histoire littéraire, mais ce n’est pas mon truc. En revanche, je sais pertinemment que mon année n’est pas perdue. Bien que je participe à des cours qui ne me branchent pas au premier abord, j’apprends tout de même plein de choses qui me serviront tôt ou tard.

Je souhaite tout de même me réorienter, comme la plupart de mes camarades d’ailleurs. Le problème majeur est que nous sommes seuls face à cette décision administrative. Au lycée, nous avions tous nos professeurs à notre écoute. A la fac, on se retrouve esseulé, à prendre des décisions qui engagent notre avenir. Il y a bien le SAOIP. J’ai essayé d’y aller une dizaine de fois pour prendre rendez-vous avec un professionnel. Il faut croire que je n’arrivais jamais au bon moment, ces derniers étaient soit en pause-déjeuner, soit fermés…

Ne souhaitant pas faire de mon cas une généralité, j’ai discuté avec des camarades qui se réorientent : « Je suis complètement perdue, je sais que je veux partir de cette licence mais je ne sais pas où, j’ai commencé à me renseigner mais si les sites internet des facs sont aussi précis que celui qui m’a convaincu de venir ici, ça promet. D’ailleurs sur le site de la fac j’ai lu un truc « se réorienter' »mais c’est pas suffisant, on explique rien en profondeur » gesticule Maélys.

Il est vrai qu’il faut commencer par savoir dans quelle licence se réorienter. Si cette dernière ne se trouve pas dans notre fac, comment changer ? Si on veut carrément aller en BTS ou bien en DUT, quelles options s’offrent à nous ? Faut-il passer par un serveur comme APB, ou bien faut-il se rendre directement dans les universités ?

Je sais bien que vie étudiante rime avec indépendance. Seulement il y a indépendance et abandon. Clairement, nous nous sentons abandonnés par le système universitaire. Comme beaucoup de mes amis, je sais ce que je veux faire, seulement je n’arrive pas à savoir comment y parvenir.

Sarah Ichou

Articles liés

  • A Saint-Ouen (comme ailleurs) le collège Michelet compte le personnel absent

    Un mois après la rentrée des classes, le collège Michelet à Saint-Ouen compte les absents : un·e professeur·e d’Allemand, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire. Parents d’élèves et enseignants se sont rassemblés ce jeudi devant le collège pour exiger des moyens. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 30/09/2021
  • Le désarroi des étudiants sans master

    Alors que des milliers d’étudiants retrouvent petit à petit les chemins de l’université, nombreux sont ceux qui restent encore à ce jour sans master, après une licence douloureusement obtenue pendant la pandémie. Deux jeunes femmes racontent leur parcours du combattant pour obtenir le droit de poursuivre leurs études. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/09/2021
  • Pas de rentrée scolaire pour les enfants des gens du voyage ?

    Alors que 12 millions d'enfants et ados on retrouvé leurs classes, les enfants des gens du voyage, connaissent de nombreuses difficultés dans l’accès à l'école. Un phénomène qui dure depuis des années, et accentué par la crise du Covid-19. Reportage. 

    Par Amina Lahmar
    Le 08/09/2021