C’est écrit partout. Sur la devanture, sur les t-shirts des employés, sur leurs casquettes et leurs tabliers : « le Campus ». Pourtant, ici tout le monde l’appelle « le grec ». Quand on arrive à Paris 8, impossible de le rater. Et pour cause, il est situé à l’entrée-même de l’université. A Paris 8, tout est possible, vous vous souvenez ? Je vous le racontais dans les deux premiers épisodes de cette série ! Il est possible d’accéder à ce restaurant de l’extérieur, comme de l’intérieur de la fac. De ce fait, même lorsque celle-ci est fermée, le grec est ouvert. Ce qui forcément amène une clientèle extrêmement large. Bien que la plupart soit étudiante, on peut aussi y croiser des chauffeurs de bus, des pères de famille, des lycéens voire même l’équipe de foot du coin !

En quatre ans d’études à Paris 8, je n’ai jamais vu ce restaurant fermé. Il est ouvert quand on arrive à 8 heures 30 et quand on repart à 21 heures. « Je crois que c’est le commerce qui surprend le plus quand on arrive ici. Les taxiphones c’est étonnant aussi, j’avoue… mais les taxiphones dépannent d’un point de vue universitaire. Le grec, lui, il nourrit. C’est pour ça qu’on l’aime à ce point ! », s’enthousiasme Samia. « Et c’est propre à la banlieue, au 9-3. T’imagine un grec en plein Panthéon-Sorbonne, en plein 5e arrondissement ? Ici, c’est complètement normalisé« , termine l’étudiante en L2 d’histoire.

Entre healthy et fast-food

Ce « grec », c’est notre coin des miracles. Il comble toutes vos envies improbables. Toute la matinée, vous avez salivé sur une bonne portion de frites ? Direction le Campus. Une pizza quatre fromages ? Direction le Campus. Des pastels ? Direction le Campus. Un couscous ? Oui oui, vous avez bien lu, un couscous, direction le Campus, toujours.  On répète : ici, tout est possible.

Depuis quelques semaines, le restaurant propose même des jus d’oranges pressées. Vous en connaissez beaucoup vous des grecs aussi sains  ? Bon ok. Mis à part les salades, il n’y a pas beaucoup de choix en termes de « healthy food », mais rappelons qu’à la base, on est dans un grec !

Au Campus, il est aussi possible de prendre son petit déjeuner, son goûter. C’est ouvert en continu. Il y a d’ailleurs une formule petit-déj. Pour trois euros, vous avez : une boisson chaude, un jus de fruits et une viennoiserie ! Toutes les sucreries possibles sont proposés : ça va du donuts, à la crêpe au Nutella, en passant par le « kalb el louz », une pâtisserie algérienne, de Constantine précisément. Littéralement, ça signifie « cœur d’amandes ». En plus des amandes, il y a aussi du miel (beaucoup de miel) et du sucre (beaucoup de sucre). Un grand remplacement pâtissier quoi ! Mais rassurez-vous, comme dans tous les grecs du coin, vous pouvez aussi acheter des tartes aux daims et des tiramisus !

Thé à la menthe, wifi impeccable, CB acceptée, que demande le peuple ?

« Le top c’est leur thé à la menthe, franchement c’est le feu. Il coûte le prix d’un expresso, il réchauffe le corps et le cœur, sourit Alice, amie de Samia. Les jours où j’ai le temps, les fois où je me pose ici pour travailler, je me permets une petite crêpe sucrée aussi » ajoute-t-elle. Comme Alice, nombreux sont ceux qui s’installent dans ce grec pour travailler.

L’accès au wifi de l’université fonctionne très bien. La bibliothèque n’est pourtant qu’à quelques pas, pourquoi plutôt opter pour le grec ? La réponse d’Alice est claire. « A la bibliothèque on ne peut pas manger. Ici, c’est tout le but ! Manger en travaillant c’est la base, moi ça me booste« . Et puis l’autre raison pour laquelle je viens plus souvent ici qu’ailleurs, pour travailler et/ou pour manger c’est parce qu’ils prennent la carte bleue« , complète Alice. Il est vrai que partout dans la fac, seules les espèces ou la carte Izly (anciennement Monéo) sont acceptées. Au grec, la CB est permise à partir de six euros. Si l’addition est inférieure à ce montant, on peut obtenir un avoir à utiliser plus tard.

« La commande 22 s’il vous plaît, la commande 22 ! »

Comme dans tous les grecs, une télé est constamment branchée sur BFM TV. Lorsqu’on souhaite s’y installer pour travailler, il faut donc savoir se concentrer avec du bruit. Celui de la télévision, de la cafetière et de la conversation du groupe installé deux tables plus loin. Pour y travailler, il faut privilégier les heures creuses, c’est-à-dire le matin, avant 11 heures ou dans l’après-midi, après 15 heures. Entre les deux, du monde est là pour déjeuner. A ce moment-là, l’équivalent humain d’une petite ville des Yvelines débarque et là, impossible de réfléchir plus de quatre secondes de suite.

« Je n’ai que très rarement le temps de m’y poser pour manger. Généralement, j’y vais vite fait entre deux cours, histoire de reprendre avec un truc dans le ventre », explique Théo, étudiant en théâtre. Quotidiennement, l’équipe du Campus fait face à des clients qui, comme Théo, sont pressés. Très pressés. Le personnel du grec aussi est très pressé. Malgré l’affluence, le service est relativement rapide. Cela dépend des plats commandés : un petit burger sera livré plus rapidement qu’un plat de pâtes. Pour gagner en efficacité, l’équipe du Campus a mis en place un système d’attente.

Voilà comment ça se passe. D’abord, vous faites la queue pour commander au comptoir. Ensuite, le monsieur ou la madame vous donne un ticket avec un numéro de commande inscrit dessus. Vous avez intérêt à le garder précieusement ou à mémoriser votre numéro sinon vous êtes mort ! Si vous mangez sur place, installez-vous où vous voulez : en salle, dans la véranda (oui, oui, il y a une véranda), ou en terrasse (oui, oui bis. La vérité : la terrasse donne directement sur le terminus des bus de Saint-Denis ! ).

Dès que votre commande est prête, vous serez appelé au micro. Oui, au micro ! C’est le même qu’à l’accueil de Carrefour sauf qu’on entend le monsieur jusqu’en Haute-Normandie ! Des enceintes sont installées aux quatre coins du Campus, réglées au volume maximum, de manière à ce que vous ne passiez pas à côté de votre plat. Pratique pour récupérer sa commande, moins cool quand on veut discuter avec ses camarades de classe, mais on s’adapte. Rythmer sa conversation en fonction des annonces micro, ça s’apprend vite. Plus vite que certains cours en tous cas !

Sarah ICHOU

Crédit photo : Mohammed BENSABER

Lire les premiers épisodes du Monde de Paris 8

Premier épisode #StartedFromVincennesNowWeAreHere : « Entrer à Paris 8 c’est entrer dans un univers, un monde à part »

Deuxième épisode, les espaces photocopies : « Ici tout est possible, on va imprimer ça vite fait, tu vas voir c’est facile comme de l’eau à boire »

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