Le 25 mars 2004, cette loi sur le port des signes religieux à l’école réaffirmait le principe fondamental de la laïcité, à la suite d’un débat passionné qui n’a jamais autant divisé la sphère politique, les Français mais aussi le monde musulman. Le projet de loi a été qualifié de « loi d’exception » et même d’ « affaire Dreyfus ». Aujourd’hui, il semble que ce principe si cher à la République s’applique sans difficultés. Nous avons rencontré Doha, une jeune collégienne de 16 ans qui a vécu l’avant /après. C’est lors de la rentrée scolaire en 2004 qu’elle a été contrainte d’abandonner son hidjab chaque fois qu’elle franchissait le seuil du collège.

Portes-tu le hidjab par contrainte ou par choix personnel ?

D’une façon générale, quand je prends une décision, c’est toujours que je suis convaincue et satisfaite de le faire. Personne ne me pousse. Bien sûr, je peux demander conseil pour des tas de choses à mon entourage, et pourquoi pas, suivre ces conseils.

Pour le port du voile, c’est un choix totalement personnel. C’est une question de croyance, de foi.

Penses-tu que les élèves de ton collège ainsi que tes professeurs comprennent que tu portes le hidjab par choix personnel ?

Les élèves ? Je pense que oui. Pas tous. Je ne connais pas tous les élèves du collège. Chacun a son opinion. On me demande souvent si c’est mes parents qui m’obligent à mettre le hidjab, ça m’énerve un peu, mais en même temps, ça permet de mettre les choses au clair. Je leur explique que c’est mon choix à moi. Après, on me croit tant mieux, on me croit pas tant pis !

C’est dommage que la plupart des élèves, et des gens en général, pensent que la religion musulmane est sévère. Peut-être que des filles qui portant le voile par obligation, ça existe. C’est pas mon cas, et je pense que ça ne concerne qu’une minorité.

Que ressens-tu chaque fois que tu retires ton hidjab à l’entrée du collège ? Perçois-tu des regards accusateurs envers toi ?

Au début, c’était difficile. Aujourd’hui, c’est toujours aussi difficile. Je ne sais pas comment l’expliquer. C’est uns sentiment bizarre. Je me sens gênée, le plus parce que tout le monde voit mes cheveux, ma tête découverte, sans hidjab. C’est comme si on vous demandait de retirer un vêtement. En fait, je me sens comme déshabillée. C’est simple, quand je porte le voile je suis à l’aise, protégée, quand je le retire, mal à l’aise, inconfortable…

Accepter de retirer son voile, est-ce être d’accord avec la loi sur la laïcité ?

Je vis dans une société laïque, je suis jeune. Beaucoup de difficultés m’attendent encore. Si j’avais choisi de ne pas retirer mon voile, j’aurais fait une croix sur mes études. J’ai donc choisi de privilégier l’école, mes études, mon avenir, même si ce n’est pas facile. La laïcité, je suis plutôt d’accord avec. Mais il faut qu’elle soit appliquée pareil pour tout le monde.

Hanane Kaddour

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