Qu’est ce qu’on obtient quand on mélange deux produits aussi délicats que l’échec scolaire et la précarité des jeunes diplômés ? Réponse : Asodamia and Co.

Sur le fond on ne peut critiquer l’idée : il y a une très forte demande de cours à domicile de la part de parents qui donneraient père et mère pour que leurs héritiers réussissent. Plusieurs sociétés se proposent aujourd’hui de trouver des personnes capables d’aider l’étudiant dans la matière où il est en difficulté. J’ai été employé un an dans l’une d’entre elles.

L’enseignant itinérant touche son subside, la société sa commission, l’élève augmente sa moyenne, les parents sont heureux, leur enfant sera avocat, médecin ou, summum de la réussite sociale dans notre ville : vendeur de grecs. Ce scénario ne pourrait voir le jour que dans un pays aussi merveilleux que celui des schtroumpfs ou dans ce monde de joie perpétuelle à la charge des bisounours. De l’idée à la réalité les mots « profit », « crédulité » et « main d’oeuvre bon marché » ont fait leur apparition. Au départ ça fait propre, une évaluation de l’élève est réalisée par l’organisme et l’enseignant via une fiche. M’est d’avis que ceci n’est que de la poudre aux yeux, pour la simple et bonne raison qu’une fois cet imprimé envoyé, plus aucune nouvelle de l’organisme qui m’emploie ne me parvient.

Que font-ils de ce bilan ? Je n’en ai aucune idée. Comment dois-je adapter mes exercices et ma méthode de travail à l’élève ? Je ne sais pas. Quel est le programme de l’année ? On s’en fout !

On lâche un bleu dans l’enseignement à domicile sans aucune recommandation ou presque de la part de la société qui l’a employé. Pour faire court, prof à Dom et les autres trouvent des personnes titulaires d’une licence qui ont faim, les envoient chez les gens, touchent des sous et puis c’est tout. Si l’universitaire est consciencieux il va faire de son mieux pour aider l’élève et ça peut être efficace, si c’est un j’en foutre le client ne progressera pas d’un iota. De toutes façons ce n’est pas l’enfant qui se plaindra ; que ses parents se saignent les veines pour sa réussite lui passe au dessus de la tête généralement, tout ce que voit ce petit écervelé, c’est son samedi après-midi gâché par un jeune homme qui veut séduire sa grande sœur. Autre chose, on n’a absolument pas contrôlé l’état de mes connaissances dans les matières que j’ai enseigné quand je fus embauché, je me suis retrouvé prof de math alors que je n’ai pas résolu une équation depuis 5 ans (je dois l’avouer, les réflexes reviennent vite).

Le plus comique reste le système de rémunération, j’ai fait un voyage dans le Paris de 1943 avec des tickets de ravitaillement en guise de paye. En fait, ce sont des coupons sur lesquels sont inscrit un numéro qui permet via un site Internet de toucher son maigre salaire. Le parallèle avec les époques de pénurie n’est pas sans fondement, quand tous les enseignants veulent enregistrer leurs coupons en même temps, eh ben on fait la queue.

Honnêtement, je suis très sceptique sur l’efficacité des sociétés de cours à domicile. Les parents ont tendance à croire que je vais former en 5 cours un astronaute alors que souvent leur progéniture n’a pas les bases suffisantes pour pouvoir y dresser une tente. Je ne suis allé qu’une seule fois au siège de l’entreprise qui m’a recruté, pour signer mon contrat, jamais aucun outil pédagogique ne m’a été fourni par celle-ci. Elle fut pour moi ce qu’un maquereau serait pour une fille de joie, c’est du moins comme ça que je l’ai vécu.

L’éducation nationale est peut être imparfaite mais jamais Asodamia ne la remplacera. Pour donner un coup de pouce à l’élève, mieux vaut privilégier quelqu’un de son entourage dont on connaît les capacités plutôt que faire appel à des sociétés hors de prix sans gage de qualité. Qui plus est, comme je le disais souvent à mes employeurs « la société a besoin de plombiers et de boulangers autant que de sociologues ou de géographes, ne poussez pas votre enfant vers des études qui ne déboucheront peut être sur rien, soyez à l’écoute de ses désirs et envoyez vite votre chèque ! »

Idir Hocini

Idir Hocini

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