La classe préparatoire, réputée pour ouvrir l’accès aux concours des grandes écoles, disparaît peu à peu dans la fameuse liste de vœux que forment les élèves de terminale. Alors que les futurs bacheliers sont en plein questionnement sur leur orientation, voici le point de vue de certains qui s’engagent encore dans les classes prépa. Sergul a 18 ans, elle a testé la classe prépa économie. « Ce qui m’a marquée le plus c’est la pression et l’esprit de compétition. » L’esprit de compétition est accru dans ces filières puisque comme elle le souligne les notes ne comptent pas, c’est le classement. « Ce sont les professeurs qui instaurent cet esprit, ils nous répètent de ne pas regarder la note mais notre classement ! »

Aujourd’hui, Sergul a décidé de changer de cursus pour aller à la fac. Elle admet tout de même que la prépa a été une bonne expérience. Elle n’a pas perdu son année, puisqu’un pont entre les prepas et les facs existe, c’est donc un avantage pour les élèves qui ont peur de s’engager mais qui veulent tenter leur chance en « voie royale ». Alors que dans certaines filières, il est compliqué de changer d’orientation. L’enseignement supérieur est encore source d’inégalités, le nombre de boursiers dans les grandes écoles peine à augmenter et atteindre les 30% fixé par le gouvernement.

Et ce même si certaines actions sont conduites comme les conventions Sciences Po dans des lycées ZEP pour la diversité sociale des élites et l’égalité des chances. L’une des principales raison reste l’auto-censure des élèves, beaucoup d’entre eux disent que « la prépa c’est pas pour moi ». Pour tenter d’y remédier, l’association, Alter – ego, crée par Mohamed Hamidi, fait venir dans les lycées des anciens élèves de banlieue qui ont intégré de grandes écoles. Nadji et Michel sont ainsi venus témoigner. Le premier, ancien du lycée Boulloche à Livry Gargan travaille dans la finance ; le second dirige un Ikea. Leurs parcours, et l’ouverture qu’ils ont laissé entendre sur une entrée dans les grandes écoles, ont motivé certains lycéens à intégrer une classe préparatoire.

Comme Manon, étudiante en prépa, beaucoup d’élèves soulignent le tribu à payer. « Nous avons entre six et huit heures de cours par jour, précise Manon, et heureusement, une pause le midi. Et à notre plus grand bonheur, en plus du repas à la cantine du lycée, le midi est occupé aussi par…des khôlles! Entre deux et quatre fois par semaine, des professeurs du lycée, dont les nôtres, nous font passer des oraux de vingt minutes dans toutes les matières, soit le midi, soit en fin de journée après les cours, ou encore le mercredi après-midi. Ça en devient presque banal ».

« Ce qui est presque certain, confie-t-elle, c’est que les bons côtés de la prépa se feront sentir à l’issue des deux ans, avec pour la plupart d’entre nous une place en école de commerce dans laquelle on ne devrait pas avoir de mal à s’en sortir étant donnée l’habitude du travail régulier et sérieux, à nous  » l’ambiance fac  » avec les soirées étudiantes auxquelles nous n’avons pas eu la chance de goûter jusque là ! Pour l’instant, personnellement, les apports de la prépa ne sont pas encore très clairs, peut être plus de rigueur avec une méthode de travail, un esprit de synthèse, et énormément de connaissances emmagasinées. Il faut aussi savoir que notre prépa est en partenariat avec HEC [École des hautes études commerciales], nous en tirons beaucoup d’avantages ».

Pour Manon la prépa est aussi synonyme de stabilité professionnelle sur le long terme. Cependant, elle avoue que l’optique d’être la meilleure ne lui correspond pas forcément. Elle a du mal à rentrer dans cette idée du concours, du classement, de dépasser les autres pour avoir la meilleure école. Pourtant, elle le sait, il faudra que cet objectif soit le sien l’année prochaine à quelques mois des premières épreuves, lorsqu’elle sera à la place de ses « aînés », ceux qui sont en deuxième année, et pour qui la pression commence déjà à se faire sentir.

Jessica Fiscal et Amine Benmouhoud

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