Vendredi 7 décembre, les parents d’élèves de l’école maternelle Jean Jaurès, à Epinay-sur-Seine, ont eu une « Kinder Surprise » en déposant leurs enfants le matin devant l’établissement : la moitié des institutrices étaient absentes. C’est la saison des gastros, donc des congés maladie. Ajoutez les congés maternité et vous obtenez une école qui fonctionne « en sous régime presque à chaque début d’hiver », confie une maman d’élèves. « Les absences, on les comprend. Le problème c’est qu’elles ne sont jamais remplacées », poursuit-elle.

Comme le problème est récurrent depuis quatre ans et qu’il est, selon les dires des locaux, jamais résolu, des membres de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ont vu rouge : ils occupent l’école depuis mardi dernier. Le quartier général de la contestation est établi dans le bureau de la directrice, qui dans la foulée est prise « en otage ». « Je comprends la colère des parents. Je serais dans leur cas, je ferais peut-être la même chose », déclare-t-elle, sous la menace de rien du tout.

Parmi les membres du « commando », Vincent, qui a peu dormi. Il travaille de nuit, et compte bien retourner au turbin, après la fin des cours. « Le problème c’est qu’il n’y a pas assez de remplaçants dans le département. Qui plus est, le contingent est en constante diminution. Ce dernier est passé de 28 à 24 remplaçants. Certaines  instructrices ne sont donc pas remplacées », déclare-t-il. Situation qui se traduit dans les faits, par des classes surchargées – les institutrices présentes héritent des élèves de leurs collègues absentes – et des parents à qui on demande de ramener leurs enfants à la maison.

Depuis le début de l’année scolaire, l’école maternelle comptabilise 47 jours de cours non remplacés. Muriel, qui a un enfant en maternelle et un autre dans l’école primaire mitoyenne a même réalisé le doublé, ce jeudi : les institutrices de ses deux chérubins sont absentes. « J’ai de la famille dans l’Oise et dans le Loiret, ils n’ont jamais ces problèmes de remplacements », raconte-elle. Une autre maman confirme : « Dans l’académie voisine, où étudient mes neveux, les institutrices absentes sont remplacées dans les 24 heures. » Du coup, ces parents d’élèves envisagent de déposer plainte à la Halde pour discrimination territoriale.

Mais avant d’en arriver à cette extrémité, les « occupants » de l’école placent tous leurs espoirs dans l’inspecteur qui vient leur rendre visite, un nouveau, visiblement : « L’inspecteur précédent a été séquestré trois heures durant notre dernière occupation, il ne veut plus revenir », confie la mère d’un petit bout de chou. Après une bonne heure et demie de discussion : rien. « L’inspecteur ne peut rien faire, il n’a plus de remplaçants », rapporte un parent qui a pu assister à la réunion. Seule solution pour augmenter le contingent : affecter un admissible (personne qui a eu son concours d’instituteur mais qui doit être en poste dans l’année pour le valider si j’ai bien tout compris).

En attendant, les parents ont voté la poursuite du mouvement. Certains évoquent même une opération « enchainés au grillage », qui  consisterait à bloquer l’accès à l’école. Le mouvement passerait alors à la vitesse supérieure, puisque jusque-là le fonctionnement de la maternelle n’a jamais été perturbé. « Les inspecteurs font peut-être  de leur mieux, dit Vincent, mais il y a une impasse. Le service public ne remplit plus son rôle. La solution ce n’est pas à nous de la trouver, beaucoup de parents travaillent, ils ne peuvent pas garder leur enfants à la maison. »

L’impuissance des pouvoirs publics, et la colère des parents n’empêchent pas une jeune maman de voir le seul bon côté de cette situation, en regardant son fils jouer dans la cour: « J’ai toujours voulu être une petite souris pour voir ce que faisait mon petit dans la journée. » Faut faire attention à ce que l’on souhaite…

Idir Hocini

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