A l’heure ou les élèves de classes de terminales de la France entière commencent à bachoter, les universités de leur côté se préparent à faire leur publicité pour promouvoir leur image et accueillir leurs futurs étudiants pour la rentrée universitaire 2006/2007. Il est cependant un problème pour nos futurs bacheliers qui rejoindront, pour la majorité, les bancs de l’université : la sectorisation. Elle est d’autant plus un obstacle pour les jeunes de la banlieue et pour en avoir été moi-même « victime », je sais quels peuvent être ses effets pervers sur un parcours étudiant (l’un de ses effets particulièrement pervers est la perte d’une année scolaire après le bac).

La sectorisation est un système qui consiste à répartir les élèves dans les diverses universités selon leur lycée d’origine, sur un critère purement géographique donc. Concrètement, un élève actuellement en classe de terminale à Bondy aura le choix entre les universités de Villetaneuse, Saint-Denis, Créteil, Marne-la-Vallée ou Bobigny à noter que cette dernière est centrée sur des matières exclusivement scientifiques, ce qui restreint encore plus le choix. Les facultés parisiennes sont donc a priori inaccessibles pour les banlieusards. Ainsi, ceux et celles qui rêvent depuis toujours d’intégrer une faculté de prestige telle la Sorbonne ou Dauphine devront se résigner à rester cloîtrés en banlieue car c’est bien la conséquence directe.

Sur le terrain, la règle se confirme : l’exemple de l’université Paris I Panthéon – Sorbonne l’illustre bien : la majorité de ses étudiants sont parisiens et sortent généralement tout droit des lycées parisiens prestigieux tels Henri IV ou Montaigne. Les étudiants de province, qui plusieurs week-end par mois « descendent pour retrouver la famille et le pays » y ont aussi leur place. On y trouve également des étudiants étrangers (qui ont bénéficié du programme Erasmus) très ambitieux et brillants et de tous horizons : Canada, Allemagne, en passant même par le Sénégal.

Mais où sont donc les étudiants de banlieue ?

Paradoxalement, alors qu’ils sont plus proches, géographiquement parlant, que les étudiants provinciaux ou étrangers, ils représentent une infime minorité. Lorsque l’on demande aux rares banlieusards comment ils ont échappé à la sacro-sainte sectorisation, certains répondent avoir perdu une année après le bac pour ensuite pouvoir « postuler » indépendamment, de leur côté dans les différentes facultés parisiennes ; d’autres avouent avoir choisi d’intégrer une classe préparatoire seulement pour échapper à la sectorisation et ainsi intégrer « une bonne fac ».

Loin de nous l’idée de sous-estimer les universités de la banlieue mais comme chacun sait, les diplômes ne sont pas équivalents d’une fac à une autre. Les moyens financiers des universités parisiennes sont supérieurs à ceux des universités de banlieue. Bref, tant de situations inégales qui font préférer les unes aux autres. Finalement, l’ascenseur social est bloqué bien avant l’entrée des jeunes dans la vie active.

La sectorisation universitaire engendre des effets pervers, elle doit être remise en question et ce au plus vite. Elle aurait d’ailleurs dû être intégrée à la Loi sur l’Egalité des Chances lancée récemment par le gouvernement et qui a tant fait parler d’elle.

Par Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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