Après la polémique des facs bondées, lancé par le hashtag « #balancetafac », et les cours en visio pas forcément adaptés à une si longue durée, une question m’est restée en suspens : «pourquoi les facs se sont aussi peu préparées voire pas du tout à l’épidémie, présente dans nos vies depuis le mois de mars ?». J’ai finalement eu un début de réponse à ma question : avec Mélanie Luce, jeune présidente de l’UNEF. Selon elle, ce ne sont uniquement pas les facultés mais surtout le gouvernement qui est à l’origine de cette impréparation en cascade.

Dès le mois de juin, le syndicat étudiant avait proposé un rendez-vous au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, afin de préparer au mieux cette rentrée. Une proposition qui ne s’est suivie d’aucune réponse. Ce n’est qu’au mois d’octobre que le ministère a annoncé officiellement aux universités la disposition de la jauge des 50% de remplissage (l’instauration des semaines alternées, à distance et en présentiel). « C’est un choix politique (du gouvernement) de décider d’investir ou non dans l’enseignement supérieur », argue la responsable syndicale.

La situation est critique. On a besoin d’argent pour les étudiants.

D’après une enquête de l’UNEF menée à la fin du mois d’août 2020, le coût de la vie étudiante a augmenté vers des niveaux records :  3,69 % d’augmentation, soit du jamais vu depuis 8 ans. S’ajoute à cela une explosion de 40% de demandes d’aides d’urgence adressées au Crous pour faire face à des loyers qui ne baissent pas.

Une hausse qui s’accompagne de retards dans le paiement des bourses pour de nombreux étudiants, qui doivent aussi faire face à la baisse des emplois étudiants. Des restaurants qui ferment leurs portes, le couvre-feu, des magasins ouverts sous conditions : autant de raisons qui empêchent l’accès normal aux “jobs étudiants” qui permettent à beaucoup de joindre les deux bouts.

Pour le cas des étrangers « c’est la double peine » : en plus des problèmes administratifs rencontrés pour le renouvellement des titres de séjours, ces derniers n’ont pas eu accès aux récentes mesures mise en place par le gouvernement comme le prolongement des bourses durant l’été dernier, l’accès au restaurant universitaire, ou encore les aides 150 euros en plus pour les boursiers.

Une situation qui a des conséquences majeures. Lors du premier confinement : 33% des étudiants interrogés confirment avoir rencontré des difficultés financière et 23% des étudiants étrangers affirment n’avoir pas mangé à leur fin pour des raisons financières, selon une enquête de l’observatoire des étudiants.

Il y’a urgence à mettre en place une réforme d’ampleur de notre système d’aides sociale. 

Une réforme des aides sociales en profondeur pour faire face à la crise annoncée et amorcée. C’est ce que demande la présidente de l’UNEF qui revendique notamment l’instauration du RSA pour les jeunes de moins de 25 ans. Dans le détail, le syndicat propose une allocation d’autonomie : (autrement appelée « l’allocation d’étude »), un revenu versé aux étudiants sans qu’ils aient besoin de travailler ainsi de ne pas compromettre leurs études.

Une aide qui permettrait en plus d’acquérir une autonomie dès l’âge de 18 ans, en apportant un soutien financier aux jeunes étudiants, notamment ceux en rupture familiale qui en ont le plus besoin. « On est dans une situation où légalement on est majeure mais socialement, on est mineur jusqu’à nos 25 ans ».

La santé mentale des étudiants en péril

La représentante du syndicat étudiant insiste sur un fléau, devenue conséquence de la précarité : l’état de la santé mentale des étudiants en proie à l’anxiété et d’autres troubles dans cette période. L’UNEF demande une augmentation des effectifs de psychologues au sein des universités.

Selon l’indicateur ETPT (équivalent de temps plein travaillé, qui mesure la charge de travail des psychologues universitaires), la France compte 1 ETPT de psychologues universitaires pour 29 882 étudiants. Très peu comparé aux recommandations internationales (1 ETPT de psychologue universitaire pour 1500 étudiants). Lors du premier confinement, 31% des étudiants interrogés présentaient des signes de détresse psychologique.

L’annonce des 20 000 emplois étudiants en novembre dernier par le premier ministre Jean Castex ne répond pas à la précarité ni à l’état de la santé mentale des étudiants, d’après Mélanie Luce. « Le salariat ne répondra jamais correctement à la précarité étudiante, personne de devrait travailler pour faire ses études car c’est la première cause d’échec à l’Université. Toutefois, c’est un enjeu, une réponse en matière de lien social ».

Un gouvernement qui joue sur la communication.

Dans son interview pour Brut, où Emmanuel Macron comptait s’adresser aux jeunes, le président de la République avait insisté sur la difficulté « d’avoir 20 ans » dans cette période. Une phrase qui a fait réagir la présidente de l’UNEF :  « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020, déjà à cause d’Emmanuel Macron ». 

La responsable syndicale rappelle à ce titre que le gouvernement avait prononcé une baisse (très contestée en 2017) suivie d’un gel des APL, ainsi que la mises en place la CVEC (contribution à la vie étudiante et de campus) soit une contribution de l’ordre de 90 euros pour chaque étudiant non-boursier.

Lors de sa dernière interview, le Président avait confié le fait qu’il envisageait “sans doutes une nouvelle aide exceptionnelle », ainsi qu’à une possible revalorisation des bourses. Toutefois, il s’est dit encore contre l’instauration du RSA pour les moins de 25 ans.

Alors que les vacances de Noël approchent, l’arrêt des cours ne sera pas synonyme de pause dans les difficultés que rencontrent les étudiants, dont le gouvernement ne semble pas prendre la juste mesure, conclue Mélanie Luce. « Nous avons un gouvernement qui joue sur la communication, et il y a des personnes qui viennent nous voir pour nous dire qu’ils ne savent pas comment ils vont manger ni se loger».

Mara Lutonadio

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