Lycée Jean Renoir de Bondy. Un projet étonnant prend forme. Il s’agit d’une pièce de théâtre qui ne traite pas de n’importe quel sujet puisque le titre est « 11 Septembre 2001 ». Michel Vinaver, l’auteur, se décrit comme un « écrivain amateur », pourtant le dramaturge décide de faire jouer sa pièce sur l’attentat qui a marqué ce début de siècle par des scolaires. Les lycées de Bondy, de Noisy-le-Grand et d’Aulnay-sous-Bois se sont réunis pour donner vie a cette pièce qui revient sur l’attaque contre le World Trade Center. L’objectif de cette aventure est d’arriver à jouer la pièce le 11 septembre 2011 au Théâtre de la Ville à Paris. Mais le chemin est encore long…

Les élèves de première engagés dans le projet retrouvent pour la première fois Michel Vinaver dans une salle du lycée. Chacun avait voulu marquer le coup en préparant un « bonjour » dans sa langue d’origine, ont ainsi défilé les « boa tarde, dobry, asalamalykum, buenas tardes, hi ou encore bonjour ». L’entretien entre l’auteur, traducteur de nombreuses pièces dont celles de Shakespeare, et les lycéens peut débuter. Michel Vinaver tire au sort les questions préparées par les lycéens, histoire de ne pas faire de jaloux. Elles se concentrent principalement autour de la mort de Ben Laden.

« Le fait que Ben Laden soit mort ne changerait rien à ma pièce si je devais l’écrire à nouveau, c’est un des hommes les plus fascinants de ces dernière années. Il était violent, mais sa manière de parler pouvait être perçue par certains comme dégageant une sagesse et une hauteur philosophique », raconte l’écrivain de 84 ans. Interrogé sur les scènes de liesse et de soulagement aux États-Unis après l’annonce de la mort de Ben Laden, l’auteur pense « que les gens sont soulagés de sa mort et surtout soulagés de ne pas avoir à le juger ». Il décrit le 11 septembre 2001 comme une « scène de guerre ».

Un des élèves, Ibrahim, qui a joué plusieurs rôles, dont celui de témoin direct, raconte que « le témoignage de survivant est un rôle à travers lequel on doit passer énormément d’émotions et on entre réellement dans le personnage ». Abdi acquiesce, « on entre dans l’esprit des personnes qui ont vécu cette tragédie et il y a une émotion qui se crée. Jouer ces personnages c’est fort, c’est pour ça que ce sont mes rôles préférés. »

Les élèves sont au centre d’un projet colossal et ils en sont conscients. Les répétions ont lieu après les cours et parfois même le samedi. « Les répèt’ nous prennent du temps, mais franchement on a de la chance déjà d’avoir rencontré Michel Vinaver, Arnaud Menier [metteur en scène] ou Rachid Ouramdane [le chorégraphe] et puis des projets comme celui-là ce n’est pas tous les jours », affirme Waren. Au mois d’août, les élèves vont répéter et se produire à Saint-Étienne avant de venir jouer à Paris, ce fameux 11 septembre 2011. Des aventures attendent donc ces « artistes dramatiques » conduits comme une troupe professionnelle.

Pendant deux ans ces élèves auront été encadrés pour atteindre deux grands objectifs. Premièrement, ils devront assurer la représentation de la pièce à Paris. Mais ils sont aussi suivis par une équipe de tournage, qui filme et produit un documentaire sur leur périple. France Télévisions diffusera le documentaire. Les images ne leur rapporteront rien mais ils toucheront un cachet pour les représentations. L’argent n’est pas leur motivation. Ibrahim avoue être intéressé « par l’expérience et le titre de comédien dramatique et non par l’argent ». De même que Michel Vinaver qui du haut de ses 84 printemps est très heureux de participer bénévolement (mis à part les droits d’auteur) à cette expérience.

Un documentaire, une représentation professionnelle, un auteur mondialement reconnu. « C’est la première fois que l’on a un projet d’une telle ampleur à Jean Renoir », confie Fernand Nasari, le proviseur, qui reconnaît avoir approuvé le projet sans vraiment l’étudier, car il fait « entièrement confiance aux professeurs qui lui ont présenté le projet ». Il ne le regrette pas et c’est assidûment qu’il suit les progrès des apprentis comédiens. Ce genre d’initiative lui tient à cœur et il essayera de « renouveler l’expérience tous les ans, en espérant que cela puisse servir au mieux les élèves ». Qui sait, cela fera peut-être naître des vocations chez les lycéens ?

Finalement, après avoir été simple stagiaire chez Gilette, après avoir été PDG de la société, après avoir écrit des romans, pièces et essais et traduit Shakespeare, c’est presque par hasard que Michel Vinaver se retrouve à Bondy, avec ces lycéens prêts à jouer sa pièce de théâtre. C’est peut être pour cela qu’il confie que « c’est en jouant avec le hasard que l’on fait son propre destin ».

Saïd Benarroudj et Amine Benmouhoub

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