C’est un mois de janvier catastrophique pour Jean-Michel Blanquer. Un protocole sanitaire de rentrée annoncé à la veille de la rentrée scolaire – puis plusieurs fois modifiée –, une communication approximative, des grèves d’enseignant·e·s, une polémique sur ses vacances « l’Ibiza gate » dit-on, mais aussi sur sa participation à un colloque sur le « wokisme » : autant de faux pas politiques qui conduisent à l’explosion du personnel de l’éducation, sous la pression de la gestion du Covid.

Jeudi 27 janvier, place de la Bastille à Paris, les syndicats de l’éducation nationale ont appelé à une troisième journée de grève et de mobilisation pour une revalorisation des salaires et davantage de moyens de protection contre le Covid-19.  « Les annonces du ministère ne sont pas franches, les différents protocoles ne sont pas dans la logique de nous protéger », explique Alain, enseignant d’histoire-géographie dans un lycée à Sceaux.

Malgré la confirmation, à la mi-janvier, d’une commande de 5 millions de masques FFP2 et d’un plan de recrutement de 3 300 contractuels « pour faire face à la crise », le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer reste très critiqué.

A Paris, le 27 janvier 2022, des milliers de personnes se sont réunies pour manifester leur colère face à un ministre de l’Éducation Nationale qui accumule les casseroles politiques. 

Traditionnellement, le vote des enseignant·e·s est acquis à la gauche et ses différentes formations politiques. Sauf qu’en 2017, selon un sondage de l’Ifop réalisé avant l’élection présidentielle, les professeurs interrogés annonçaient avoir délaissé Benoit Hamon le candidat du PS (15%) au profit d’alternatives politiques comme Emmanuel Macron (38%) et Jean-Luc Mélenchon (23%).

5 ans plus tard, changement d’ambiance. À trois mois des élections présidentielles, un front politique semble prendre forme. Reste maintenant à savoir comment cela se concrétisera dans les urnes. La revendication d’un « plan d’urgence pour l’École » cimente le front. Et on retrouve dans la parole des enseignant·e·s la même colère qui traverse les autres services publics, notamment l’hôpital, la justice et la recherche, dont certains représentant·e·s étaient dans le cortège.

La question des salaires

Pour les manifestant·e·s de « l’urgence sociale », ce sont les salaires de base garants à la fois du niveau de vie au quotidien et de la protection sociale qui doivent être augmentés.  Le candidat toujours non déclaré Emmanuel Macron avançait début janvier au Parisien vouloir « mieux rémunérer les professeurs s’investissant le plus ». Le retour du discours méritocratique passe mal. « On nous fait miroiter des primes indemnitaires ici et là, ça crée de réelles inégalités. C’est le point d’indice qu’il faut revaloriser. Il est là le nerf de la guerre », s’agace Stéphanie, enseignante dans un collège du XIIIe arrondissement de Paris. Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, « il était temps que la question des salaires apparaissent dans le débat public », ajoutant « ce sont les salariés qui ont fait entrer le sujet dans la campagne. »

Le salaire actuel des personnels du premier degré, enseignant·e·s, AESH, psychologues de l’Éducation nationale et AED est en moyenne bien en dessous des autres pays de l’OCDE. La France occupe la huitième place du classement en Europe, avec des salaires pour les enseignants allemands deux fois plus élevés en moyenne, pour un temps de travail presque similaire. D’après les statistiques de l’OCDE en 2019, les enseignants français en début de carrière gagnent un salaire brut annuel de 29 400 euros, ce qui les classe à la 20ème position du classement des rémunérations.

Les professeur·e·s des écoles sont également moins bien payé·e·s que les autres cadres A de la fonction publique d’État. Enfin, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes est loin d’être atteinte. Et la dernière polémique, une grille des rémunérations erronée publiée sur le site du ministère n’arrange rien à un dialogue déjà tendu.

Le salaire réel des profs en France a baissé de près de 28% entre 1982 et 2018, d’après les estimations de Bernard Schwengler, professeur en sciences économiques et sociales.

La précédente grande mobilisation du secteur de l’enseignement remonte au mouvement contre la réforme des retraites en 2019. Le Covid-19 ayant fortement restreint les mobilisations dans la rue, obligeant à innover notamment sur les réseaux sociaux. Reste à présent à savoir comment cette colère trouvera son  expression dans les urnes, en avril prochain.

Olorin Maquindus

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