COPIE REVUE ET CORRIGÉE. Comme beaucoup de mes chers collègues, le moment que l’on redoute le plus dans le métier c’est la correction de copies… Ah qu’est-ce qu’ils en ont de la chance les professeurs de sport !

Pour ma part, ce n’est pas tant le travail qu’on ramène à la maison qui m’indispose. Mais plutôt ce que je crains de trouver dans les copies des élèves. De la déception de l’élève qui découvre sa note à celle de l’enseignant qui vient de lui infliger un 1,5/20, encore une fois en ce qui me concerne je crois que c’est la mienne qui est la plus importante…

Entre la remise en question de son travail (« Ai-je bien pris le temps d’illustrer tel concept ? Le mécanisme de la ‘destruction créatrice’ en économie a-t-il été bien expliqué en cours pour que je le leur fasse traiter dans une dissertation de 4 heures ?») et le manque d’implication de l’élève dans son travail de révisions, sans démagogie, difficile de faire la part des choses… Les torts sont forcément partagés. L’élève n’est il pas peu ou prou à l’image de son enseignant ? En principe sans doute. Ayant été moi un cancre pendant une certaine période, je ne ferai toutefois pas de procès à mon professeur de SVT chez qui j’ai réussi à battre le « record de médiocrité » en décrochant un 1,5 de moyenne trimestrielle (1,5/20 ? Ca me rappelle quelque chose…).

En parlant de trimestre, trois fois dans l’année (c’est un rituel) vient le moment de la remise de bulletin. Les ayant rempli comme beaucoup d’autres (je ne suis pas le seul) au dernier moment, il m’arrive parfois d’être scandalisé par certaines appréciations trop « cassantes » de collègues auprès d’élèves visiblement en difficulté, voire en décrochage scolaire. Personnellement je vois mal comment « remettre sur selle » ces élèves en étant dur avec eux et en les dégoutant davantage de l’école…

Faut-il rappeler que la Seine-Saint-Denis reste un département miné par le décrochage scolaire et la sortie sans diplôme de nombreux élèves ? Comment s’étonner ensuite que d’autres handicaps fassent leur apparition, chômage et délinquance des jeunes (de plus en plus jeunes, d’ailleurs…) bille en tête ?

Lorsque cette fois les élèves sont en réussite, et c’est ce qui agace le plus par ailleurs, c’est l’aspect assez récurrent du débat remettant en cause la valeur des diplômes obtenus. Et notamment du plus symbolique de tous, le baccalauréat. Depuis que l’école est devenue « démocratique », accueillant un nombre croissant d’élèves depuis maintenant cinquante ans, les médias posent en effet la question de la baisse présupposée de leur niveau.

Contre ces analyses un peu trop hâtives, je serai tenté de dire qu’on ne peut connaitre la valeur de quelque chose que lorsque les critères de sélection qui sont fixés sont pertinents. Autrement, si le niveau baisse effectivement, il serait en réalité en chute libre depuis la création du baccalauréat en 1803 où les épreuves étaient encore en latin… Bien sûr il y a de quoi enrager devant les fautes d’orthographe répétées, des anglicismes mal choisis, du langage texto de plus en plus répandu…

Mais ces évolutions révèlent également une adaptation remarquable des élèves aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), fer de lance de la croissance économique de demain et qu’il faudrait davantage inclure dans les enseignements afin de mieux préparer les jeunes à l’avenir. Si c’était le cas, il serait amusant de voir comment les élèves se débrouillent mieux que leurs enseignants (moi y compris) dans ces nouvelles matières…

Ahmed Kerraz

 

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