Quatre enfants aux quatre coins du monde, quatre chemins… Mais un seul but : aller à l’école. C’est ce qu’a voulu mettre en valeur Pascal Plisson dans son documentaire Sur le Chemin de l’Ecole actuellement en salle.

Dans ce film, pas de voix off. Mais les images se suffisent à mêmes pour raconter le quotidien de ces jeunes écoliers. Ici la caméra les accompagne le temps d’un chemin, le chemin qu’ils prennent tous les jours pour aller à l’école. En ces endroits reculés du globe, les villages sont éloignés de la ville et il n’y a pratiquement pas de routes. On est bien loin des transports en commun et du ramassage scolaire. Les familles, de pauvres agriculteurs, se contenter d’offrir, qu’en guise d’aide, des bénédictions destinées à protéger leurs enfants sur le chemin de l’école. Ces derniers sont livrés à eux-mêmes dans un environnement qui ne favorise pas du tout la scolarisation. Et pourtant, ces petits bonshommes ont fait le choix d’aller à l’école et font preuve d’une maturité surprenante à leur âge, comme si leurs situations les avaient forcées à grandir plus vite.

Au fil des kilomètres qu’ils parcourent, on se dit « Ah ouais… », tant on se demande comment ils arrivent à faire entre 1h30 à 4 heures de route tous les jours, alors qu’ici nous avons parfois (ou toujours) eu la flemme d’aller en cours, sachant que leur parcours n’est pas des plus simples et qu’ils y risquent parfois leur vie, à l’image de Jackson, le petit Kenyan, qui avec sa petite sœur, traverse la savane à l’aube dans la crainte de croiser un éléphant. Ici aussi nous avons nos petites péripéties comme courir pour attraper le bus, jouer au Tetris humain dans le RER ou au gendarme et au voleur avec les contrôleurs, mais, rien de comparable. Tout au long du film, on se rend compte des difficultés que peuvent rencontrer ces enfants dans leur quête du savoir, mais cela ne semble pas les décourager, cela leur semble normal : c’est leur quotidien, leur routine.

Ils sourient et les moments où on les voit chanter reviennent de manière récurrente. Les situations drôles sont aussi courantes dans le film comme lorsque les deux frères de Samuel se disputent parce que l’un de deux les a amenés sur un chemin compliqué. D’ailleurs, on ne sait même pas comment ils font pour trouver leur route vu la longueur du trajet et l’étendue des paysages ! Cette atmosphère bon enfant est bien retransmise par l’auteur, qui exagère dans la mise en scène à certains moments d’ailleurs, mais le film ne dépasse pas ce point. En effet, on voit que leurs chemins sont fatigants et risqués, et qu’ils ne se plaignent pas et prennent cela avec bonne humeur. Cependant, la caméra n’est ici qu’un simple témoin extérieur et n’entre pas dans la profondeur des personnages, de ce à quoi ils pensent et de ce qui les motivent à atteindre leurs objectifs qu’ils exposent à la fin du film. Par exemple, là où vit Zahira, l’écolière marocaine, il n’est toujours pas bien vu pour une fille de quitter le village, pour aller à l’école alors qu’est-ce qui la motive ? Sachant qu’en plus de cela, le chemin vers l’école est long et dangereux. Entrer dans ces aspects auraient été plus intéressant, car cela aurait permis de sensibiliser plus fortement les spectateurs aux conditions de ces enfants et pas uniquement focaliser sur la pénibilité de leur trajet.

Malgré tout, ce film offre un dépaysement total à travers les parcours de ces écoliers. Kenya, Maroc, Inde, Chili : les décors et cultures que traverse ce film sont radicalement différents, mais l’envie d’apprendre, le courage et la bonne humeur, malgré la difficulté quotidienne, rassemblent ces personnages en un lieu commun : l’école. Dans ce film, elle apparaît comme une voie vers un avenir meilleur et c’est peut-être ce qui les pousse, si jeune, à endurer tous ces efforts. Comme dit Médine, « Il faut connaître le goût du vinaigre pour apprécier celui du miel ». Ici c’est peut-être parce que l’école est difficile d’accès que l’engouement de ces enfants est fort, même s’il est malheureux de dire que c’est un mal pour un bien. Alors, pour lutter contre le décrochage scolaire chez certains qui percevraient l’école comme une obligation dépourvue de sens, pourquoi ne pas délocaliser l’enseignement dans ces charmantes contrées ?

Kevin Té

httpv://www.youtube.com/watch?v=aEHQePgNXNU

Articles liés

  • Étudiants sans master : des refus sans fin d’études

    L’année universitaire touche à sa fin et pourtant la détresse estudiantine persiste en raison cette fois-ci des refus en master pour les étudiant.e.s fraichement diplômé.e.s d’une licence. Le hashtag #EtudiantsSansMaster est devenu viral sur Twitter, certain·e·s y racontent leurs déboires, d’autres y dénoncent l’injustice qu’ils estiment subir en raison de la qualité de leur dossier. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/06/2021
  • Profs et parents unis pour 100% de réussite au bac au lycée Delacroix à Drancy

    Au lycée Eugène Delacroix à Drancy, Jérémie Fontanieu a déclaré la guerre à l'échec scolaire. Le professeur de science économique et sociale a décidé d'appliquer une méthode qui implique professeurs, parents et élèves pour un résultat net : 100% de réussite au bac. Rémy Barbet l'a rencontré pour en savoir plus.

    Par Rémi Barbet
    Le 24/06/2021
  • Entre frustration et découragement, à Créteil les étudiants présents pour les examens

    Tandis que de les lycéens et élèves en BTS font entendre leur colère depuis des semaines concernant le maintien des épreuves finales en présentiel, les étudiants de plusieurs campus militent pour passer leur partiel en distanciel. Alors même que plusieurs universités entrent dans leur période d’examen, certaines facs ont vu des blocus et manifestations étudiantes se produire au sein de leur établissement. Rappel des faits à Créteil.

    Par Félix Mubenga
    Le 11/05/2021