Que vaut un examen, lorsque toute une année universitaire s’est déroulée dans un contexte de crise sanitaire sans précédent ? Et à quoi bon le passer en présentiel surtout ? C’est la question que se posent les étudiant·e·s en BTS, contraints à passer leurs examens en présentiel, suite à une décision du conseil d’État annoncée le vendredi 30 avril dernier. Une décision incompréhensible pour beaucoup.

« Nous on nous envoie au casse-pipe. Ils maintiennent les examens en présentiel pour ‘que nos diplômes aient de la valeur’. Mais la déduction c’est que l’année dernière les personnes qui ont eu leur diplôme avec le contrôle continu, le leur n’a pas de valeur ? », s’interroge Emeline, 27 ans, alternante en BTS SAM (Support à l’Action Managérial), et administratrice du groupe Télégram du collectif BTS en détresse. Un collectif qui compte représenter les 270 000 étudiant·e·s en BTS qui souhaite la mise en place du contrôle continu pour les examens.

Il y a une détresse chez les étudiant·e·s en BTS qui n’a pas été prise en compte.

Comme de nombre de ses camarades, l’étudiante ne comprend pas le revirement du gouvernement par rapport au contrôle continu qui avait déjà été mis en place pour les BTS l’année dernière. Le BTS étant une formation professionnalisante, beaucoup plus portée sur la pratique que sur l’apprentissage théorique, la formation a été mise à mal par un distanciel souvent peu adapté.

Une décision du conseil d’État incompréhensible pour beaucoup

« C’est l’incompréhension et aussi l’indignation », lâche Maître Brengarth, avocat en droit pénal et libertés fondamentales, qui ne comprend pas la décision du Conseil d’État. « Il y a une détresse chez les étudiant·e·s en BTS qui n’a pas été prise en compte dans la manière dont l’audience s’est déroulée. Il y a une négation par rapport aux considérations psychologiques des étudiant·e·s », déclare l’avocat. « L’impératif sanitaire devient un impératif secondaire face à une logique des temps qui est celle de vouloir faire passer ces examens en présentiel à tout prix », poursuit-il.

En réaction face à la décision du Conseil de l’État, les étudiant·e·s ont saisi lundi 3 mai la cours européenne des droits de l’Homme pour demander le contrôle continu et l’annulation des examens en présentiel mais le recours a été rejeté.

Une réunion a eu lieu mercredi 5 mai entre deux représentants du collectif BTS en détresse et deux intermédiaires du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. « Le but de notre rencontre était de faire entendre nos revendications, sans intermédiaire (et c’était la première fois, à 5 jours des épreuves…) », a précisé le collectif sur leur compte Twitter. Une rencontre qui n’a toutefois pas encore apporté de solutions au problème.

Les étudiant·e·s mis en danger par la désorganisation des d’examens

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’étudiant·e·s dénoncent le manque d’organisation des établissements scolaires et des centres d’examens vis-à-vis des restrictions sanitaires.  Des vidéos ahurissantes où l’on se rend compte de l’absence de distanciation sociale en cours  comme celle enregistrée le 2 avril dernier au centre d’examen à Arcueil où l’on peut voir des étudiant·e·s en BTS, serré·e·s les uns aux autres dans les escaliers de l’établissement.

Ce jour-là Claudia, (24 ans) alternante en BTS MECP (Métiers de l’Esthétique, du Cosmétique et de la Parfumerie), était présente pour passer son épreuve d’anglais, elle révèle les conditions déplorables dans lesquelles elle a passé son examen. « Les fenêtres étaient fermées, il n’y avait aucune distanciation, les gens étaient avec leurs masques en dessous du nez, il n’y avait aucun produit désinfectant pour les mains. Alors que depuis le début on nous dit ‘gel hydroalcoolique et masques ! », martèle Claudia.


Une des vidéos filmées lors d’une journée de classe où les mesures sanitaires ne sont pas respectées. 

Elle avance également que des étudiant·e·s positifs au Covid se sont déplacés au centre d’examen d’Arcueil pour passer leurs épreuves. « J’avais contacté par téléphone le centre d’examen pour me renseigner par rapport à cette information et je suis tombée sur un employé qui me l’a bien confirmé. Il m’a dit que des parents d’étudiant·e·s amenaient leurs enfants positifs au Covid-19 ! D’un côté je trouve ça vraiment irresponsable mais de l’autre je peux comprendre parce que si l’étudiant·e malade ne se présentait pas à l’examen, il était pénalisé d’un 0/20 », indique la Nogentaise. Une pénalité vivement critiquée par les étudiants sur les réseaux sociaux.

Certains étudiant·e·s affirment même avoir été contaminé·e·s par la COVID-19 lors des examens et ont malheureusement infecté leurs proches. « L’une de mes amies avait été testée positive au Covid mais elle était asymptomatique. Et on a su après que 8 personnes de la classe avaient eu la Covid mais ils étaient tous asymptomatiques… Elle s’en voulait parce qu’elle se disait que c’était sûrement de sa faute mais elle ne savait pas qu’elle était contaminée et les autres de la classe non plus », confie Marine, 19 ans, étudiante en BTS MCO (Management commercial opérationnel).

Un rattrapage exceptionnel a été annoncé le 20 avril dernier pour les étudiant·e·s en BTS qui ont été malades et ont rencontré des difficultés lors de la crise sanitaire. Cette session se tiendra en juillet et sera composée de deux oraux mais les modalités n’ont pour l’instant pas été précisées.

Une préparation pour les examens tronquée par les confinements

Avec la crise sanitaire, les étudiant·e·s ont dû poursuivre les cours et le travail en distanciel en étant confinés. Mais pour beaucoup d’entre eux, travailler à distance pendant des mois sur un ordinateur au lieu d’être en entreprise, avec des plateformes de visioconférences, parfois capricieuses (bugs et ralentissements), n’a pas permis de préparer les examens dans des conditions correctes.

Pour avoir un minimum de cours j’ai dû en acheter en ligne pour pouvoir réviser de mon côté. 

Pour Emeline, le distanciel ne fait pas bon ménage avec l’alternance quand il faut rendre un dossier professionnel sur son expérience en entreprise et préparer les examens du BTS. « Ça a été compliqué de s’adapter à ce type de support… quand on est en alternance, ne pas être en entreprise pendant mois c’est très dur et surtout quand on a un dossier professionnel à rendre », témoigne l’alternante en BTS SAM.

Claudia trouve que les cours à distance sont incompatibles afin de préparer les examens oraux. « C’est juste impossible de s’entraîner avec l’ordinateur, avec les coupures réseaux et les décalages… franchement c’est impossible ! Être face à face avec le professeur c’est plus réel », évalue-t-elle

Je me dis parfois que je n’aurais pas mon BTS. J’ai mes épreuves dans quelques semaines et je n’ai pas terminé les cours.

Pour d’autres étudiant·e·s, les cours en distanciel ont engendré un retard colossal dans le programme de leurs cursus avec des professeurs parfois absents ou encore des cours qui devaient commencer trois ou quatre mois avant l’épreuve en question. « On n’a pas eu de nouvelles de certains profs depuis 4 semaines. On reçoit des devoirs maisons très longs et durs sans explications approfondies. Pour avoir un minimum de cours j’ai dû en acheter en ligne pour pouvoir réviser de mon côté », témoigne Marine traumatisée par une situation alarmante.

« Je me dis parfois que je n’aurais pas mon BTS. J’ai mes épreuves dans quelques semaines et je n’ai pas terminé les cours. Il y a des cours que l’on vient à peine de commencer et que l’on aurait dû commencer des mois en arrière… », poursuit-elle.

Une vibrante solidarité étudiante sur les réseaux sociaux

Les étudiant·e·s en BTS se sont énormément mobilisé·e·s sur les réseaux sociaux pour réclamer le contrôle continu, pour révéler leur situation de détresse dans laquelle ils se trouvent, mais aussi se soutenir les uns les autres.

Avec le collectif BTS en détresse, Emeline est rassurée de voir qu’elle n’est pas livrée à elle-même dans cette situation difficile et reconnaît que les réseaux sociaux facilitent le fait de se confier. « Avec ce collectif je me suis rendue compte que je n’étais pas toute seule, je me suis dit qu’il y avait plein de gens, on a des choses à faire ensemble on est tous dans la même galère », assure la jeune femme.

Le site de BTS en détresse compte plus de 800 témoignages d’étudiants où l’on peut lire des témoignages d’angoisse, de stress, par rapport aux examens mais aussi des messages de soutien pour leurs autres camarades.

Notre seul moyen de nous en sortir c’est que nous soyons tous ensemble.

« C’est vrai qu’il y a une solidarité entre étudiants en BTS sur les réseaux sociaux », déclare Marine. « Sur Facebook il y a un groupe qui s’est lancé pour le contrôle continu et par exemple des étudiants n’hésitent pas à donner leurs cours à ceux qui ne l’ont pas pour pouvoir préparer les examens », poursuit Marine. »De toute façon notre seul moyen de nous en sortir c’est que nous soyons tous ensemble ».

Emeline Odi 

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