Le ministère de l’Enseignement supérieur s’entête en cherchant à accueillir encore plus de bacheliers professionnels dans les universités et vendre du rêve. L’idée d’intégrer les bac pro est séduisante en théorie. Mais en pratique, cela se solde par de nombreux décrochages scolaires.

Pourquoi le système scolaire permet aux baccalauréats professionnels d’aller à la fac si c’est pour qu’ils échouent ? Dans ce cas il faudrait faire une formation un peu plus théorique aux bacs professionnels car la plupart échouent à la fac, leur bac n’étant pas destiné à y aller. Lorsqu’ils y sont, ils galèrent énormément. Cette faille du système scolaire fait payer à bon nombre d’étudiants leurs manques d’aptitudes en rédaction, expression écrite et orale nécessaire pour réussir en fac. Alors pourquoi vendre du rêve si c’est pour que les étudiants perdent leurs années et abandonnent ?

Le ministère de l’Education nationale prône l’accès à toutes les filières des mêmes débouchés, une « démocratie », une « égalité » entre des baccalauréats qui sont très distincts les uns des autres. D’une part, en début d’année scolaire, Madame Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur a envoyé un courrier aux directeurs des universités afin d’accepter plus de bac professionnels en IUT. (Institut Universitaire et Technologique). Seulement, un problème se pose. Préparer un DUT (Diplôme Universitaire et Technologique) est avant tout très professionnalisant, certes, il y a des matières pratiques où les sortants de baccalauréats professionnels peuvent se retrouver. Mais celles-ci ne constituent qu’un quart de l’emploi du temps. Les trois-quarts du temps, l’élève préparant un DUT doit répondre à des attentes de baccalauréats généraux, même certains élèves de baccalauréats technologiques ont parfois des difficultés à tenir le coup.

Les matières théoriques sont abordées, et le travail est encore plus difficile qu’en faculté. La charge de travail est considérable, 35 heures par semaine, contrairement à environ 17 heures en faculté. Avant de vouloir intégrer les baccalauréats dans des filières lourdes et sélectives, il faudrait déjà les soutenir dans leur première année de faculté. Le taux de réussite à la faculté des baccalauréats professionnels avoisinent les 0% à l’université de Cergy-Pontoise, Bordeaux ou Montpellier par exemple.

Ce n’est pas parce qu’en DUT il y a le mot « techno » comme dans les BTS (Brevet technicien supérieur) que le diplôme est similaire. Le DUT s’inscrit en faculté, où les élèves des baccalauréats professionnels peinent à réussir, sachant que 50% des baccalauréats généraux, formés à la dissertation, à la rédaction, à l’analyse de concepts théoriques échouent et redoublent.

Comment au nom de l’égalité, de « démocratie » la ministre peut-elle vendre du rêve aux bacheliers professionnels et leur faire perdre leurs années ? Pourquoi s’acharner à intégrer des filières faites pour des études courtes dans des cursus complexes et longs ? La crise est l’une des réponses. Les élèves des baccalauréats généraux ayant peur de ne pas trouver d’emploi avec des filières trop théoriques comme la philosophie ou les lettres, préfèrent parfois intégrer des BTS pour se professionnaliser puis, continuer leur études. Donc, les baccalauréats professionnels se voient écartés du système, car les baccalauréats généraux sont prioritaires dans les poursuites d’études. Seulement 47% des bacheliers professionnels poursuivent.

Dans cette lutte pour la qualification professionnelle, les baccalauréats professionnels sont mis de côté. Au lieu de traiter de ce point, car le BTS est la première poursuite d’étude du bac professionnel, pour exemple, le BTS MUC (management des unités commerciales) est la suite du bac pro commerce, le BTS NRC (négociation relation client) est la suite du bac pro vente. le BTS Assistant manager est la suite du bac pro secrétariat…. La liste est longue. Cependant, on retrouve beaucoup plus de baccalauréats technologiques dans ces filières.

Au lieu de lutter contre cela, la ministre endoctrine les futurs bacheliers en leur évoquant leur chance de réussir. Cela nous rappelle « la voie royale » de Jean-Pierre Chevènement, une utopie attardant les jeunes dans la construite de leur avenir. Il faudrait lutter contre un fait important à mon sens : sélectionner plus de baccalauréats professionnels en BTS, car c’est la suite de leur bac. Diriger les baccalauréats technologiques en IUT sachant que ces derniers ont plus de chance de réussite et surtout afin de laisser de la place pour les BTS.

Le baccalauréat professionnel est un bac basé sur des aspects pratiques, l’idée est de rendre opérationnels des jeunes, et de les former. Les BTS les perfectionnent dans leur formation.es camarades au DUT Carrières sociales à l’Université Paris XIII – Bobigny sont nombreux dans ce cas. « J’ai eu un bac pro sanitaire et sociales, puis j’ai voulu devenir assistante sociale. Je me suis dit cool, il y a un DUT près de chez moi qui le propose, et vu que je suis déjà dans le social, j’aurais une marge, ça va aller. Moi qui ne suis pas une grande travailleuse, j’aime être sur le terrain, il y a des stages, je me suis dit que ça allait le faire ! » affirme Béatrice.

De son côté, Sarah a « commencé cette année, franchement je me suis surpassée, je relisais mes cours avant de dormir, le truc impossible quoi ! J’allais à la bibliothèque ! Mais, je n’ai pas eu mon premier semestre… Grosse déception, surtout qu’en DUT, il n’y a pas de rattrapage. Franchement, je suis juste trop déçue de moi, j’ai l’impression d’être bête, après tant d’effort je me retrouve avec des 7 des 8 ! Mais je suis prête à redoubler s’ils me reprennent car c’est sélectif, alors je veux tout faire pour valider mon deuxième semestre, mais c’est pas de tout repos. J’ai une pression énorme, j’ai l’impression de passer un concours, mais je garde le sourire ! »

Ma camarade Sabine a le sentiment de s’être fait bernée. Elle en témoigne avec une certaine rage qui bouillonne en elle : « J’ai raté les partiels de janvier, j’ai tout raté. C’est ma deuxième année en première année. J’ai 23 ans, j’ai eu un baccalauréat sanitaire et social, puis un bac ST2S, et me voilà ici. J’ai beaucoup appris, j’ai gagné en culture, mais j’ai toujours pas de diplôme, j’ai envie de construire ma vie. A quoi ça sert que je reste ? Faut que je travaille, les années passent et je suis au même stade. J’ai des regrets, j’aurais pu acquérir cette culture sous un autre angle, avec un cursus mieux approprié. La propagande sur les DUT et la fac, c’est n’importe quoi, j’ai des copines avec leur BTS elles travaillent, elles ont leur appart’ et moi je les regarde. Parce que j’ai cru à des foutaises, mais on me rendra pas mes années perdues. » Sabine qui était motivée lorsqu’elle est entrée en IUT, va quitter la formation et entrer dans le monde professionnel sans diplôme.

Si tous les cursus sont égaux, pourquoi en faire des différents ? Les systèmes de tutorats mis en place ne fonctionnent pas. Repenser les systèmes d’aides au étudiants en difficultés et admettre que certaines fautes ont été commises seraient déjà une avancée de l’éducation nationale et du ministère de l’enseignement supérieur.

Sonia Bektou

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