Et à l’heure où la cloche va sonner, j’ai choisi de parler d’avenir ; de vous parler de VOTRE avenir, en tant que juriste. Et pour cela, je me suis muni de ma plus belle plume pour vous écrire une lettre. 

Lettre aux étudiants en droit
Région parisienne, le 16 avril de l’an 2010

Chères étudiantes, chers étudiants,

Il est des lettres célèbres qui ont marqué l’inconscient collectif par le message universel qu’elles portent. Plusieurs d’entres elles m’ont inspiré pour vous proposer un guide du parfait juriste dont je ne doute pas que vous saurez être de fidèles représentants.

De la « Lettre à la France » écrite par Zola à propos de l’affaire Dreyfus, vous retiendrez que l’on a tôt fait d’instrumentaliser le droit pour justifier iniquités et autres discriminations. Or, n’oubliez pas : l’histoire montre que tôt ou tard, on assiste au réveil de la vérité et de la justice.

Dès lors, quand votre heure sera venue, quand vous serez appelé à assumer des responsabilités juridiques, dites-vous : « je suis là pour servir le droit, et non pas pour me servir du droit au profit d’intérêts injustes. » Gardez à l’esprit que le droit n’est pas qu’un Monstre froid, une pure technique désincarnée. C’est un instrument vivant, porteur d’éthique.

Des « Lettres à un jeune poète » du poète allemand Rainer Maria Rilke, vous retiendrez l’appel à la créativité. Soyez convaincus du potentiel de créativité juridique de tout citoyen en général, et de, vous, juriste en particulier. Que l’on se souvienne ici que le Tribunal de Nuremberg a enfanté de la notion de Crime contre l’humanité pour sanctionner l’atrocité des crimes nazis. C’est alors le droit qui a porté au sommet des valeurs humaines, la dignité, en la plaçant au-dessus de la vie. Plus récemment, souvenez vous qu’à l’origine, le Grenelle de l’environnement est une idée lancée par une ONG comportant seulement 4 membres permanents. Aujourd’hui plusieurs lois en sont issues.

Soyez assurés alors de l’extase procurée par la création juridique.

Dans les « Lettres persanes », entendez l’appel au voyage de Montesquieu. Un voyage qui vous mènera d’une tradition juridique à l’autre. Or, mieux connaître les différences juridiques d’un Etat à un autre, c’est se donner les outils pour construire un droit mondial à la fois porteur de valeurs universelles, et respectueux des diversités culturelles.

Quelle inspiration trouver dans Lettre écrite par Epicure à Ménécée ?

Un mode d’emploi pour une vie juridique heureuse. A cet effet, je vous propose 3 remèdes pour éviter le mal de mer sur le bateau Droit :

1°) Etre convaincu de l’utilité des études juridiques. Les statistiques sont formelles, être diplômé en droit permet de diminuer le risque de chômage. Au-delà de ça, les études sont le passage obligé pour la pratique juridique. Où l’on voit un chirurgien opérer sans avoir auparavant appris et compris l’anatomie humaine ?

2°) Etre convaincu de l’utilité du doute. Et cela durant toute votre carrière juridique. C’est là le moyen idéal pour construire le raisonnement porteur d’un haut degré de justice. Dans le même ordre d’idée, vous penserez qu’en ayant conscience de votre subjectivité, vous tendrez vers le plus d’objectivité juridique possible.

3°) Ne pas craindre de juger. Juger c’est choisir, mais c’est aussi expliquer ses choix. En tant que juriste, vous serez convoqué à faire un effort pédagogique important. Décoder ce jargon obscur qui caractérise encore trop les juristes : qui dans la population comprend ce que recouvre les notions suivantes : contrat synallagmatique, vente à rémérée, bail emphytéotique, de cujus… ?

De la « Lettre à Elise » de Beethoven, on retiendra qu’aboutir à l’harmonie juridique, suppose de faire ses gammes, en respectant la rigueur du doigté pour plus de virtuosité. Et croyez moi, ce faisant, vous pourrez entendre la belle musique des codes et des lois qui sifflent sur nos têtes…

Enfin, de la « Lettre à mon potier » de Raymond Devos vous garderez deux idées clefs. Première idée : que la verve et la plume sont les deux meilleurs amis du juriste. Seconde idée : qu’en toute circonstance, il convient d’humour garder.

Puissiez-vous, chères étudiantes, chers étudiants, avoir une longue vie juridique. Je vous la souhaite pleine de curiosité et de vitalité communicative.

Merci pour cette belle année passée en votre compagnie.

Votre bien dévoué. 

Laurent Bonnefoy 

Laurent Bonnefoy

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