A la bibliothèque municipale d’Aulnay-sous-Bois, quelques lycéens viennent trouver refuge pour réviser au calme. Ilyes* est en Terminale ES au lycée Jean-Zay de la ville. Il passe le bac pour la seconde fois et cette fois-ci, il compte bien l’obtenir. Cette année, il considère avoir mis toutes les chances de son côté, « pas de blagues, ni d’absence, je cartonne un peu partout et mes notes sont plus que convenables », assure-t-il.

Parcoursup et ses lettres de motivation, un exercice pour plus tard quand je rechercherai du travail et que je ne recevrai aucune réponse

Reste une étape qui le stresse plus que tout, Parcoursup, la nouvelle plateforme d’orientation post-bac pour les élèves de Terminale. « C’est l’angoisse absolue. Ils auraient dû l’appeler « chemin de croix » tellement cela me semble difficile ». C’est surtout l’impératif des lettres de motivation qui l’inquiète plus que l’examen du baccalauréat prévu dans quelques mois. « J’ai dix vœux à faire au maximum, donc je dois faire autant de projets de formation motivés. Ca me semble hyper compliqué à rédiger ». En effet, pour chaque voeu d’orientation, les lycéens devront soumettre une lettre de motivation censée justifier leur choix. Ilyes compte sur l’aide de personnes travaillant à la bibliothèque municipale pour l’accompagner et l’aider dans sa rédaction.

 Pour celui qui aspire à exercer dans le commerce international, ce passage obligé à la lettre de motivation ne lui inspire rien de bon. Assez fataliste et en même temps un brin déconneur, il le prend comme un « exercice pour plus tard, lorsque je rechercherai du travail, que j’enverrai plusieurs candidatures motivées et que je ne recevrai aucune réponse ».

Faire entrer l’univers du travail à l’école va accentuer les inégalités

Anne Bastin est professeure de français au lycée Jacques Brel de la Courneuve. Elle a découvert la nouvelle plateforme d’orientation en même temps que ses élèves. « Tout est assez flou, que cela soit pour les élèves , les enseignants ou encore pour les conseillers d’orientation psychologues », affirme-t-elle.

Elle émet de nombreuses réserves sur l’appréciation véritable de ces lettres de motivation. « Je ne vois pas comment, à moyen constant, les établissements supérieurs vont lire chaque projet de formation motivé. Cela me semble juste impossible ».

« La volonté de faire entrer dans l’école l’univers du travail est une bonne chose mais pas de cette manière-là. Là, on place plutôt l’économie de marché et c’est un bien mauvais signal qui nous ait envoyé », estime-t-elle. Pour la professeur de lettres, cette nouvelle mesure ne va qu’accentuer « les inégalités sociales de jeunes déjà victimes de ségrégations sociales et territoriales« .

Des lettres de motivation types données aux élèves

Ainsi, au lycée Jacques Brel, les professeurs ont décidé lors d’une assemblée générale juste avant le début des vacances d’hiver, de mettre à disposition des lettres de motivation types pour les élèves en difficulté ou qui en feraient la demande. « Je me suis rendue compte lors d’un exercice demandé aux lycéens de rédaction d’une lettre de motivation sur leur futur orientation qu’ils étaient très peu outillés. En même temps, ils ont 16, 17, 18 ans, n’est-ce pas normal à leur âge ? »

Mais pour la professeure, une chose positive a émergé de cette difficulté rencontrée par les élèves. « Cette mesure a créé beaucoup d’indignations chez les lycéens et ils ont conscience des inégalités engendrées par un tel dispositif. Ce sont ces lycéens d’aujourd’hui qui seront les citoyens de demain. Cette prise de conscience est importante ».

Mohammed BENSABER

*Le prénom a été changé

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