Qu’est ce que je vais faire quand je serais plus grand ? Cette question vous poursuit toute votre vie mais encore plus à 18 ans, à l’âge où les décisions sont compliquées à prendre et lourdes de conséquences.  

Depuis le début de l’année, dans ma classe nous avons deux préoccupations : le bac et l’orientation. Jusqu’ici, ce n’est pas que nous négligions l’orientation, mais soyons honnêtes, dans la tête de la plupart des élèves de terminale c’est plutôt « on commence par le bac, l’orientation c’est pour plus tard, chaque chose en son temps ». C’est un mauvais calcul.

Pourtant les profs nous ont prévenus, la conseillère d’orientation aussi. Mais étant donné que, tout comme moi, mes camarades n’ont pas toujours eu de bons rapports avec les conseillères, l’orientation n’a pas été tout de suite prise au sérieux. Pour ma part, à partir du mois de novembre, j’ai commencé par prendre rendez-vous dans son bureau, je suis allée au salon de l’éducation avec des copines et je me suis aussi renseignée auprès d’anciens lycéens.

Puis je pensais que c’était fini pour la phase de recherche. Que nenni ! On dit souvent que « les jeunes ont des facilités avec internet, l’informatique ». Et bien, voilà le site qui prouve le contraire : APB (le portail national de coordination des admissions dans l’enseignement supérieur). Pour nous ce site est pire que tout. Même le plus gros geek perdrait tous ses moyens en s’inscrivant sur le serveur.

Tout a commencé quand notre professeur principal nous a donné nos codes APB. Un code à 11 chiffres qui ne veut rien dire, mais qui est essentiel à l’accès au serveur. Les plus courageux se sont inscrits comme des grands, sans l’aide de personne. Les autres ont attendu le rendez-vous du 30 janvier avec la conseillère d’orientation et le CPE (Conseiller principal d’éducation) pour s’inscrire « en toute sécurité ».

Durant cette séance la Conseillère d’orientation-psychologue nous rappelle les dates qu’il ne faut absolument pas oublier : du 20 janvier au 20 mars 2013, c’est l’inscription sur le serveur, la saisie des voeux par ordre de préférence. Pour ceux qui demandent des formations qui nécessitent « un dossier papier » il faut fournir ces documents à l’établissement en question avant le 2 avril 2013.

Entre le 7 et le 9 mai 2013, il faut se connecter pour s’assurer que son dossier a bien été reçu par les établissements. Jusqu’au 31 mai 2013, nous pouvons changer le classement des voeux. Et à partir du 13 juin 2013, nous nous connectons pour consulter les premières propositions d’admission.

Je suis certaine que beaucoup pensent « mais c’est génial, tout est informatisé, plus besoin de se déplacer ». C’est vrai. Mais c’est loin d’être aussi simple et pratique. La conseillère d’orientation nous a bien expliqué que si nous ne confirmions pas nos voeux avant le 20 mars prochain, tout s’annulait et l’idée de poursuivre ses études l’année prochaine disparaissait aussi tôt. Une mauvaise manipulation et hop, notre future vie étudiante bascule.

Pour limiter les catastrophes, choisir sa voie… il faut commencer par vraiment s’intéresser à son orientation. Et c’est là que le casse-tête chinois commence.

Une « année prochaine » trop proche

Oui, les enfants de 3 ans n’ont aucune notion du temps, mais je peux vous dire qu’à 18 ans ce virus refait son come-back : « L’orientation ? Oh, tranquille, on a le temps! ». « Eh, doucement, le bac c’est en juin, on a le temps pour réviser ». Mais en fait le temps passe très vite. Sachant que nous sommes mi-mars, il faudrait vraiment s’activer parce que le serveur n’attendra personne le 20 mars. C’est l’heure de la remise en question !

Sabrina est en Terminale économique et social : « au début de l’année je voulais aller dans le domaine médical pour m’occuper d’enfants malades, j’étais décidée et tout, mais j’ai vite été découragée. Du coup, maintenant, j’hésite peut-être que je vais faire un truc plus général comme du droit en attendant, le temps d’être sûre ».

Tout comme elle, Khady voulait absolument travailler dans le social « depuis que je suis au lycée je voulais être assistante sociale », à l’instar de Sabrina, elle a changé d’avis au cours de cette année. « J‘ai été à différentes portes ouvertes, je me suis rendu compte que finalement ce métier ne me plaisait pas tant que ça ». Finalement elle a totalement changé de domaine : « j’ai fini par parler avec mes profs, mes amis, ma famille et je vais m’orienter vers le domaine des assurances, mais je ne sais pas exactement quelles études faire ».

Et puis il y a les cas désespérants comme celui d’Anissa qui, elle, est totalement perdue. « Je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas, je ne sais pas, je pensais avoir plus de temps pour y réfléchir, je ne veux pas m’arrêter au bac mais je n’ai aucune idée d’où aller ». Que personne ne lui demande ce qu’elle va inscrire dans ses voeux APB « une licence en histoire, une en droit, une en comptabilité, une éco-gestion, une en sociologie et une en psychologie, au point où j’en suis.. ».

Les filles sont souvent considérées comme les plus sérieuses et les plus organisées à l’école et pourtant je constate que les garçons ont beaucoup moins de problèmes avec l’orientation. Cela s’explique peut-être par le fait qu’ils négligent cette question, mais les résultat sont là. Ils n’ont pas peur de s’aventurer dans les études supérieures et sont plutôt précis dans leurs choix. Amine ne veut pas se lancer dans des études longues, il a donc opté pour un BTS en Communication : « là, faut que j’envoie mes lettres de motivation et tout, j’ai l’impression que je postule au Mc Do, mais t’inquiète comme je suis motivé ça ne me dérange pas ».

Notre prof d’économie a une théorie bien à lui. Il nous a expliqué que nous, les filles, ne sommes pas assez sûres de nous, on veut trop bien faire et du coup on prend du retard.

L’orientation, le mot qui aura fait tourner toutes les têtes. Contrairement au collège, c’est pris très au sérieux par les lycéens, et c’est une bonne chose. Mais si on s’y prenait plus tôt cela serait sûrement encore mieux donc à quand l’époque où on ne demandera plus à ses enfants « tu veux faire quoi comme métier ? », mais « tu comptes faire quoi après le bac ? ». Une chose est certaine, l’on devrait s’y préparer bien avant la terminale.

Sarah Ichou

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