Après une première tentative avortée le 9 mars, les élèves de Louis le Grand ont bloqué l’entrée de leur lycée sous une pluie battante ce jeudi 31 mars.

Le lycée Louis le Grand est un symbole de l’élitisme à la française, d’autant plus qu’il s’agit d’un établissement public. Il a trusté une fois de plus les premières places des classements des meilleurs lycées de France parus hier. Mais surtout ses classes prépas sont parmi les plus réputées de France, elles ont accueilli Jean-Paul Sartre, Alain Juppé, Laurent Fabius ou encore Thomas Piketty. D’ailleurs un des meneurs ce matin a tenté une intervention au mégaphone pour rappeler aux élèves qu’avec la qualité d’enseignement dont ils bénéficient, il était de leur devoir de se mobiliser solidairement avec les autres lycées qui n’ont pas cette chance-là. En AG cette semaine, les élèves ont d’abord voté en faveur d’un blocus filtrant qui laisserait passer les élèves de prépa, en pleines révisions pour leurs concours, avant d’opter finalement pour le blocage total, car le filtrage serait trop compliqué à mettre en place.

Les plus déterminés sont arrivés avant 6h pour faire du repérage et devancer la police. Heureusement pour eux, la présence policière est étonnamment quasi-inexistante, l’installation des chaînes, poubelles et barrières se fait sans encombre sur les trois accès principaux au bâtiment. A Paris, les proviseurs d’une vingtaine de lycées ont annoncé dès hier que leur établissement serait fermé pour prévenir tout débordement. Beaucoup d’élèves des lycées Dorian (XIIe) et Lavoisier (Ve), fermés, sont donc venus prêter main-forte à leurs camarades de Louis le Grand.

Peu avant 8h, l’administration du lycée tente d’ouvrir les portes, mais elle est vite dépassée par la centaine de bloqueurs qui les maintiennent fermées. S’installe alors un jeu du chat et de la souris, bloqueurs et personnels se déplaçant de porte en porte. Certains élèves bien déterminés à aller en cours réussissent à enjamber les poubelles pour se glisser dans le lycée. De nombreux élèves de classes prépas tentent de forcer massivement le blocus pour aller en cours ce qui créée une certaine tension, les mots et même des coups partent.

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Photo : Angélique de Place

Leonardo, étudiant madrilène en deuxième année de khâgne à Louis le Grand arbore sur son béret un pin’s du drapeau républicain espagnol. Il semble être le coordinateur du mouvement au sein du lycée, même s’il préfère rester modeste. Pourtant, on sent bien qu’il est un habitué des luttes : « je ne fais partie d’aucun mouvement, mais ce n’est pas du tout mes premières manifs. En Espagne j’ai été dans un mouvement, mais je l’ai quitté. Comme j’étais celui qui avait le plus de contacts, j’ai mobilisé les gens, mais on s’est coordonné entre tous ».

En classe de seconde, Charlie est également très impliquée, c’est son premier mouvement et elle a assisté à toutes les AG. Pour elle, la mobilisation est au-dessus des positions des uns et des autres : « certains font partie d’un mouvement politique ou syndical, mais ils n’essayent pas de ramener la mobilisation vers leur mouvement, on est unis ».

Si les meneurs sont bien à Louis Le Grand, les gros bras dans les rangs des bloqueurs viennent plutôt du lycée Dorian, bien plus expérimentés en science du blocage. Un élève contre le blocus me fait remarquer que malgré son opposition à la loi travail, pour lui « l’école est un espace de travail, on ne doit pas y toucher ». La plupart des lycéens de Louis le Grand restent spectateurs, mi-résignés mi-amusés par les exploits de leurs camarades. Loïc, en Terminale S, habite à Lieusaint en Seine et Marne et a mis une heure quinze pour venir au lycée, il est dépité, car il ne peut pas aller en cours même s’il compte bien retenter sa chance un peu plus tard.

Vers 9h tout semble apaisé, les lycéens venus de Dorian et Lavoisier sont repartis. Ceux de Louis Le Grand qui ne sont pas rentrés chez eux attendent les consignes de rassemblement pour la grande manifestation de cette après-midi tandis qu’un des CPE du lycée tente de négocier la levée du blocus avec Leonardo.  Pour Nathan, un des meneurs de la mobilisation qui est en terminale S, le blocus est une réussite « On est satisfaits, on a réellement bloqué pendant 2 heures avec assez peu d’entrées et peu d’incidents sont à déplorer »

Texte : Victor Mouquet / Photo : Angélique de Place

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