Sur le ciel gris se découpe la façade d’une bâtisse, elle aussi grisonnante. La cité universitaire du mail des Mèches. Nous sommes à Créteil et c’est ici, à un lancer de pierre de l’université Paris 12 que l’Union Nationale des Etudiants de France, l’UNEF, a choisi de partir en campagne. La journée, la troupe des militants déploie autour du site de la fac la stratégie du « bouton de veste », alternant interventions en amphi et distributions de tracts. Dès que la nuit recouvre le ciel de son manteau, c’est du porte à porte. Chez l’habitant. Cette cité U est un passage obligé dans la conquête de voix pour les élections des représentants de la fac qui auront lieu les 1er et 2 février prochains. Yoro, le président de l’UNEF à Créteil, le concède, « dans les cités U, le discours passe plutôt bien, les étudiants sont réceptifs, parce que beaucoup se sentent concernés par le message qu’on porte ».

Pour pénétrer dans le bâtiment, pas de passe-droit, c’est système D. Comme tout le monde. On attend qu’un étudiant vienne ouvrir. Il est 17 heures et Yoro fait le point sur les dernières consignes. Le discours est rodé : mettre l’accent sur les réussites de l’UNEF ces deux dernières années, et rappeler la nécessité de voter à nouveau pour le syndicat étudiant.  Les thèmes-clés : la situation des étudiants étrangers et la réussite pour tous. Puis, les militants sont répartis sur les cinq étages que compte la résidence. Objectif : quadriller la centaine de logements.

Le ballet peut débuter. Le rituel est toujours le même. On sonne et, quand la porte s’ouvre, on débite son discours. Seulement, les portes s’ouvrent peu. « Il est trop tôt » concède Diar, l’un des militants. Et le constat est le même à tous les étages. Une dizaine d’étudiants présents dans le bâtiment tout au plus. Mais, pour ceux là, le message a l’air de passer. Elizabeth, une boursière, confie : «  Je ne serais pas allée voter s’ils n’étaient pas passés. Mais là, je compte bien me déplacer ». Les militants se félicitent de la réceptivité dont font preuve les étudiants mais décident de revenir plus tard.

18 heures 15. La deuxième salve débute. Elle est plus fructueuse. Nombre d’étudiants sont revenus de cours, même si beaucoup demeurent aux abonnés absents. La rengaine est la même qu’une heure auparavant.  Quand la porte s’ouvre, les étudiants, surpris au premier abord, semblent adhérer au message au fur et à mesure que celui ci est déclamé. Certains posent des questions, quand d’autres se contentent de saisir le prospectus, tout en prenant soin d’assurer les militants de leur soutien. L’exercice semble plutôt porter ses fruits. Fadoua, une étudiante marocaine, le confirme : «  les sujets qu’aborde l’Unef sont des sujets qui passent bien. Par exemple, au niveau des revenus, nous les étudiants étrangers, on ne s’en sort pas. L’argent que nous envoient nos parents, s’il représente beaucoup pour eux, il ne vaut rien ici ».

Si la question des étudiants étrangers pèse lourd dans la course aux élections, il est un autre sujet sensible qui inquiète les étudiants, la réussite aux examens. Quand 40 % des étudiants sortent de la fac sans diplôme et que près d’un sur deux échoue en première année, cette question est un des facteurs du succès de l’Unef, qui entend prendre ce problème à bras le corps. Entre deux portes, Lina, militante depuis cette année, dénonce le manque d’information autour des élections. C’est ce qui conduit à ces taux d’abstention si élevés, puisque sur les 32 000 étudiants de l’université de Créteil, moins de 2 000 s’étaient déplacés pour aller voter l’année passée.

Il est 19 heures, il fait nuit noire. Toutes les portes ont été passées en revue. Les militants se congratulent. Le discours a eu l’impact escompté. Et Yoro de lancer « à demain ». Ce sera bis repetita jusqu’au 1er février.

Hugo Nazarenko-Sas

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