Des professeurs qui ferment un lycée, l’image a de quoi surprendre. Et pourtant. Si aucun cours n’a eu lieu au lycée Le Corbusier depuis le mercredi 4 février, c’est bien parce que les professeurs de cet établissement d’Aubervilliers ont choisi la grève généralisée comme moyen d’action.  

Les choses se passaient pourtant paisiblement, ces dernières années, dans ce lycée qu’on appelle le « Corbu ». La cité scolaire et son millier d’élèves étaient passés, en cinq ans, de 66% à 90% de réussite au baccalauréat. Le tout à la faveur de classes à effectif réduit et de projets pédagogiques plutôt ambitieux. Oui, mais voilà, 90% de réussite au bac dans un bassin territorial où les attentes du ministère tournent plutôt aux alentours des 75%, c’était peut-être un peu beaucoup.

Un peu trop, même, pour l’inspection académique, laquelle a choisi d’enlever au lycée 59 heures de cours par semaine à compter de l’année prochaine. Une nouvelle Dotation Hebdomadaire Globale (DHG) qui a fait grincer des dents les professeurs du Corbusier. 59 heures, c’est l’équivalent, peu ou prou, de deux classes par semaine. La conséquence ? 8 classes à 35 élèves l’an prochain, en 1ère et en Terminale.

Une hérésie pour les professeurs, qui dénoncent « une sanction » et un « déni de reconnaissance ». Et qui mettent en place, aussitôt, groupe Facebook, points presse et autres opérations de communication. Le Parisien, L’Humanité consacrent plusieurs articles à la grève du Corbusier, i-Télé envoie une équipe passer une journée avec les enseignants. Devant le tollé, le rectorat se résout à recevoir les représentants des grévistes mais… refuse de céder à leurs revendications. Qu’il en soit ainsi : les profs décident de continuer le blocage.

Les élèves et leurs parents sont, eux, tenus au courant par e-mail. Les principales fédérations de parents d’élèves, comme la FCPE, se sont jointes au mouvement. La municipalité communiste d’Aubervilliers a, elle aussi, apporté son soutien public aux enseignants grévistes, allant jusqu’à leur affréter un car municipal pour rejoindre le rectorat.

A trois jours des vacances scolaires, il est probable que le lycée ne rouvre pas ses portes avant la rentrée… le 2 mars. Cela fera près d’un mois sans cours pour les élèves du Corbusier. Tant pis, également, pour le bac blanc, prévu ces jours-ci et qui devrait être reporté de plusieurs semaines. Autant d’éléments dont sont conscients les professeurs grévistes.

Ils ont pourtant décidé, à chacune de leurs AG, de poursuivre leur mouvement. Avec des revendications claires et identifiées : une DHG maintenue et des classes fixées à 24 élèves maximum. Alors que le président de la République, François Hollande, a lourdement insisté ces dernières semaines sur les moyens alloués à l’éducation et aux quartiers populaires, l’affaire fait en tout cas mauvais genre pour le gouvernement. 

Ilyès Ramdani

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