Un surveillant du lycée Suger de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis a été violemment frappé ce lundi par des individus qui tentaient d’entrer dans l’établissement scolaire. Depuis, les professeurs sont en grève dénonçant le manque de moyens et les problèmes de violence. Reportage.

Un calme de façade. Ce jeudi 8 septembre, devant le lycée Suger de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le temps semble s’être arrêté. Seuls les cris des enfants jouant dans la cour de la maternelle toute proche viennent rappeler que nous sommes pourtant en pleine rentrée, synonyme d’ébullition. Devant l’établissement une banderole indique « lycée en grève » et une affichette en explique la raison : « Lundi après-midi, un surveillant du lycée a été agressé alors qu’il faisait son travail de filtrage des entrées. (…) Enseignants, surveillants, agents, élèves : nous devons tous pouvoir travailler dans ce lycée sans être en danger. C’est pourquoi nous, personnel du lycée Suger, nous nous sommes déclarés en grève mardi 6 septembre afin de prendre le temps de discuter, ensemble, de la situation et des moyens à mettre en place pour que cela ne se reproduise plus… ». Aujourd’hui, une quarantaine d’enseignants sont en grève sur une centaine.

Selon les différents témoignages recueillis, plusieurs individus – entre deux et cinq – extérieurs à l’établissement ont tenté de s’introduire dans l’enceinte scolaire lundi 5 septembre, vers 15h, pendant la pause des lycéens. Un surveillant, seul à la grille et qui est nouveau dans ce lycée, s’est interposé en leur refusant l’accès. Il a alors essuyé plusieurs coups de ces individus. « L’agression s’est poursuivie à l’intérieur du lycée. Plusieurs élèves, dont un qui a été formellement identifié, ont pris part aux violences », explique Aurélie Gigot, professeure d’anglais. « On entendait des cris. Le surveillant était tout rouge, il avait des traces de coups sur le visage », raconte Jonathan*, 16 ans, qui a assisté à la scène que certains qualifient de très violente.

« On fait face à des logiques de pénuries »

IMG_3285Et pour cause, selon Aurélie Gigot, le jeune homme souffre de plusieurs fractures au crâne et a le nez cassé. Après son passage à l’hôpital, les médecins lui dispensent 15 jours d’ITT, raconte-t-elle. La victime ne souhaite pas parler à la presse. Le lendemain de l’agression, les professeurs décident de se réunir en assemblée générale et votent la grève. Les élèves sont informés en arrivant sur place, certains reçoivent des mails ou des SMS. Personne ne sait combien de temps encore va durer la grève. Les enseignants, eux, semblent déterminés. Ils dénoncent l’insuffisance de moyens dont ils souffrent dans un lycée qui compte près de 1 300 élèves. « On fait face à des logiques de pénuries. Un poste de CPE (conseiller principal d’éducation) est toujours vacant, il y a un vrai manque d’effectif : il y a actuellement neuf postes à temps plein affectés à la surveillance, nous demandons à ce que ce nombre monte à quinze », indique Aurélie Gigot qui travaille au lycée Suger depuis 2006. D’après les enseignants, chaque surveillant doit s’occuper de 145 élèves, beaucoup trop selon eux.

L’enseignante indique que l’établissement scolaire a été construit en 1994 sur un pari : subsister en plein cœur de la cité du Franc-Moisin sans être classé ZEP. L’établissement a ouvert son BTS audiovisuel, travaille avec les professionnels du secteur et tente de revaloriser l’image de la banlieue. « Ce pôle est unique en France. Il permet de brasser un public très hétérogène, que ce soit d’un point de vue social ou géographique. Des élèves viennent de toute la France », explique Aurélie Gigot qui regrette néanmoins que « la loi de la cité et les logiques de territoire viennent régulièrement empiéter sur la loi et la vie du lycée« . « Le rectorat ferme les yeux sur les problèmes du lycée en mettant en avant cette vitrine du BTS audiovisuel« , estime Anthony*, étudiant en 1ère année BTS audiovisuel.

« On savait que ça allait recommencer »

Croisée devant l’établissement, une mère de famille ne décolère pas. « On en a ras-le-bol. Les professeurs se font agresser, voler, certains ne veulent plus venir. Enseignants, élèves, parents, nous sommes tous susceptibles d’être touchés », dit-elle. Cette mère de famille indique que son fils a été menacé à plusieurs reprises l’an dernier et qu’on lui a volé son téléphone. « Est-ce normal de venir au lycée en cachette avec la boule au ventre ? », demande-t-elle. Elle raconte que son fils a cessé de venir au lycée Suger et attend de pouvoir changer d’établissement. Comme elle, précise-t-elle, quatre autres parents ont porté plainte l’année dernière pour ces faits. « C’est une petite guerre de territoires qui se joue. Ce genre de choses, on savait que ça allait recommencer« , déclare-t-elle avant de mettre en cause la direction du lycée qu’elle accuse de « vouloir étouffer l’affaire et calmer les professeurs ».

Ce vendredi 9 septembre, professeurs, élèves et parents poursuivent la mobilisation. Des tracts ont été distribués ce matin notamment sur le marché de Saint-Denis pour alerter la population et un rassemblement a eu lieu devant le rectorat. Les jeunes, eux, tentent de médiatiser l’affaire via les réseaux sociaux. Selon Aurélie Gigot, pour l’heure, la réponse de l’inspection académique tend vers une réorganisation des moyens existants et non pas de l’octroi de moyens supplémentaires. Insatisfaisant, répondent les enseignants. « Nous déplorons que face à des besoins humains, on nous applique des logiques de chiffres », souligne la professeure d’anglais qui précise qu’un nouveau courrier de revendications à l’attention du rectorat a été rédigé. « La violence n’est que la face visible du problème, la face cachée c’est la question de l’éducation en Seine-Saint-Denis », conclut-elle. Selon le collectif d’enseignants le Ministère des Bonnets d’âne, un élève de Saint-Denis perd plus de 400 journées de classe sur toute sa scolarité à cause des différents dysfonctionnements. Contactée, l’inspection académique n’a toujours pas répondu à nos questions.

Kozi PASTAKIA

*Certains prénoms ont été modifiés.

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