«  Nous avons des milliers de cas comme le vôtre à gérer, pour une raison que j’ignore, ils réclament tous le 93. Nous ne pouvons pas satisfaire toutes les demandes, vous me comprenez. Mais soyez en paix, elle intègrera au pire des cas une classe d’accueil dans les prochains mois, nous vous rappellerons le plus rapidement possible pour l’avancement du dossier … » Trois mois sont passés entre-temps, toujours pas de nouvelles. Mon père et ma belle-mère se battent pour trouver à leur fille Mélissa, un groupe scolaire adapté.

Avec son grand frère Adolph, ils sont arrivés d’Haïti, pour atterrir en région parisienne. Le séisme qui a frappé Haïti en 2010 aurait dû accélérer les démarches. Néanmoins, il reste  que mon père et ma belle-mère ont pataugé avec les administrations françaises pour les faire entrer sur le sol français. Pour eux, comme tout immigré qui se respecte, la représentation de l’Eldorado français se termine devant les côtes du territoire de l’Hexagone.  Ils comprennent soudainement  que rien ne leur sera donné, mais qu’ils vont devoir conquérir.

La scolarisation des enfants est le premier champ de bataille. Ça marche pour l’un, pas pour l’autre. Adolph va au lycée tandis que Mélissa voit les autres enfants aller à l’école. Après avoir passé  le fameux test de français à l’OFII (Office de l’Immigration et de l’Intégration), Mélissa se voit contrainte de raser les murs de la maison, faute de place dans les écoles.
«  Lorsqu’elle était en Haïti, Mélissa est ses copines allaient au cours avec des chaises à la main, au cas où  elles ne trouvaient pas de place, elles s’asseyaient l’une sur l’autre et allaient même jusqu’à s’assoir par terre, ici, dit mon père avec une pointe d’ironie.

Pour lui, « l’administration française en place ne pense pas sur le long-terme. Le Président avait promis de mettre en instance un examen de français pour tous ceux qui désiraient résider en France. C’est bien, mais je voudrais que pour les mineurs, il comprenne qu’il faut leur faire passer cet examen depuis le pays, afin de les scolariser le plus rapidement possible une fois en France. »

Avec la mère de Mélissa, il se sont débattus avec l’OFII et l’Inspection Académique  pour lui  trouver une place, « rien à faire, ils nous ont promis de la mettre dans une classe d’accueil avant la fin du second semestre … Nous sommes fin avril et nous n’avons ni réponse, ni nouvelle de leur part. Nous sommes dans une incertitude totale quant à la situation de notre fille. Nous sommes inquiets ».

En Seine-Saint-Denis, il y a plus de 30 000 mineurs dans la même situation que Mélissa. Mon père compte une fois de plus s’adresser à l’Inspection académique pour savoir où en est le dossier de ma sœur.  En pleine présidentielle, il cogite :  “Ce n’est pas tant qu’il y aura un changement spectaculaire si la gauche est amenée au pouvoir, les structures et les gens qui y sont ne bougeront pas, à moins qu’il y ait une circulaire du ministre de l’Education nationale. Durant la campagne, on remarque qu’ils parlent bien, mais lorsqu’on demande les actes, ils ne sont plus là … »

La suppression des postes par centaine, la surpopulation des classes en secondaire, le niveau d’instruction des élèves inquiètent un bon nombre de concitoyens. Espérons que le prochain gouvernement finira par se pencher vers ce fléau national qui touche autant d’enfants.

Jimmy Saint-Louis

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