Avec les responsables de l’association Bâtisseuses de paix*, je me rends au lycée juif de l’ORT (Organisation, Reconstruction, Travail), situé dans le 8e arrondissement de Lyon depuis 1975. Nous sommes accueillis par le directeur, Michel Benoilid, dans la classe de Léa Elhadad. Cette dernière nous explique que, dans son lycée, se côtoient près de 500 élèves, dont 40 % sont juifs et 20 % musulmans. Une mixité culturelle et religieuse encouragée tout particulièrement les Bâtisseuses de paix.

Au cours de la visite, les femmes de l’association présentent leurs actions aux élèves de la classe de Léa Elhadad. « Notre projet principal est de faire avancer le dialogue intra-communautaire », souligne France Palmer, l’une des cofondatrices. Toutes de religions différentes, les Bâtisseuses de Paix se battent « pour que les jeunes, de toutes origines confondues, se rencontrent et échangent sur divers sujets ».

Les lycéens ont aussi pu rencontrer Danièle César, une femme pasteur de l’Armée du Salut. « Il y a 5 ans, j’ai assisté à un différent entre bandes rivales de confessions différentes. Depuis, j’explique à tous l’histoire des religions monothéistes, notamment par le biais de jeux et de quiz. J’ai envie que les jeunes connaissent les fêtes religieuses des autres. »

Je me tourne alors vers les élèves et leur demande ce qu’ils pensent de leur lycée. « J’habite à côté depuis longtemps, raconte Zina. Au départ, je pensais qu’il n’y avait que des juifs. Depuis que j’y étudie, j’ai appris plein de chose sur mes copines juives. Je n’ai jamais eu de problèmes ici. Même si, dans le quartier, il arrive que certains jeunes m’interpellent pour me demander pourquoi je vais chez les juifs. Ils se disent choqués. En revanche, ma tante, qui était ici il y a 15 ans, en garde un bon souvenir. Par ailleurs, le directeur respecte nos absences lors des fêtes musulmanes, et on peut discuter du conflit à Gaza sans se disputer ! »

Dan : « Je n’ai jamais eu de problèmes dans ce lycée avec les musulmans, mais on évite de parler des conflits qui sont des sujets sensibles. » Leslie : « Je ne ressens pas que je suis dans une école juive, hormis lors les fêtes religieuses. » Rima : « Mon frère est dans un lycée catho, et mon père accepte que j’apprenne l’hébreu. » Soraya : « On est tous considérés de la même façon. Je suis contente d’être confrontée aux pensées des autres et de pouvoir connaître les juifs. »

L’année dernière, la classe de madame Léa Elhadad a remporté le prix René Cassin remis par Xavier Darcos, ministre de l’éducation. Les sujets du concours étaient sur le respect de l’autre et l’esclavage.

Azzedine Benelkadi (Lyon Bondy Blog)

* Prochain rendez-vous avec les Bâtisseuses de Paix : le 10 mai, un après-midi de danse orientale réservé aux femmes de toutes confessions sera organisé. Le 25 juin aura lieu une soirée judéo-andalouse pour parler des musulmans et juifs en Andalousie au 12e siècle. Contact : batisseusespaix@gmail.com

Azzedine Benelkadi

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