Hier, avancée historique pour la France : l’Assemblée Nationale a adopté le mariage pour tous, et non loin de l’hémicycle, à Bondy, on a failli imposer… la viande pour tous ! Widad s’est penchée sur l’affaire.

Lundi soir, les parents de l’école maternelle Jules Ferry à Bondy ont eu la bonne surprise de lire sur le carnet de leurs enfants que « conformément au règlement municipal et au règlement intérieur, chaque enfant sera servi en viande ». Jusqu’ici, rien d’exceptionnel, c’est la suite que certains parents ont eu du mal à comprendre : « les enfants sont tenus de manger leur viande. Si pour des raisons religieuses, vous ne voulez pas que votre enfant mange de viande, je vous invite à me rencontrer car nous n’accepterons pas cette situation », de quoi s’interroger : la liberté s’arrêterait-elle aux frontières du réfectoire ?

Pour Sylvine Thomassin, la maire de Bondy, cette « maladresse » est une « initiative personnelle de la directrice d’école », qui ne reflète en rien le règlement municipal. Pire, elle estime que « les propos de la directrice sont choquants et discriminatoires puisqu’ils invitent les parents à signaler leur religion. Les parents font passer les valeurs auxquelles ils croient et ils ont le droit d’apporter le chemin spirituel de leur choix. »

Pour Imen, mère d’un enfant scolarisé dans cette école, les explications qu’elle a eues avec la directrice ce matin étaient pires que le mot en lui-même : « elle m’a expliqué qu’une mère végétarienne s’était manifestée et que dans ce cas-là, ça ne pose aucun problème » et d’ajouter « ce qui pose problème, ce sont les enfants qui se roulent par terre parce qu’on leur a mis un morceau de viande dans leur assiette et ce parce que leurs parents leur ont mis dans la tête qu’il ne faut pas manger de viande. » Scandalisée, Imen lui répond que cette interprétation de la laïcité lui est propre et qu’il n’a jamais été stipulé dans le règlement intérieur que les enfants étaient obligés de manger de la viande.

Pour Maître Yanat, la directrice « a voulu faire du zèle en appliquant le principe de laïcité là où il n’avait pas à l’appliquer.» Difficile, en effet, de comprendre la démarche de la directrice, que nous avons essayé de joindre à plusieurs reprises, sans succès. « J’aurais pu comprendre si les parents avaient fait un mouvement pour réclamer des repas halal ou casher mais là ce n’est pas le cas. »

Personne n’arrive à comprendre ce qui est passé par la tête d’Elisabeth Rougeron, qui, voyant la polémique enfler s’est empressée de publier un nouveau mot, beaucoup moins péremptoire que le premier. « Ce mot invitait les parents à venir me voir pour trouver une solution pour le bien-être de leur enfant et ne remettait en aucun cas la liberté individuelle de chaque individu à s’alimenter comme il le souhaite (…) je présente à tous ceux que j’ai heurtés par ma maladresse et par une mauvaise transcription du concept de la laïcité mes plus sincères excuses. »

Pour Imen, la directrice « a été dépassée car elle n’est pas formée pour traiter ces questions de société. Elle n’a pas mesuré la portée de ses propos. Elle n’a aucune notion de ce qu’est la laïcité ou la réglementation, je ne l’incrimine pas elle, ce sont les responsables politiques qui devraient former les enseignants pour éviter ces maladresses.»

En effet, difficile de ne pas faire le parallèle entre cet « excès de zèle » et la volonté de Vincent Peillon d’imposer la morale laïque à l’école. Comment mettre en place « les valeurs de la laïcité » si les directeurs eux-mêmes n’en maîtrisent pas la conception? Est-ce fortuit de lâcher sur les bancs de l’école ce mot fourre-tout que certains s’empressent parfois d’utiliser comme caution islamophobe ? Que l’on refuse de servir des plats « confessionnels » dans l’école de la République, personne ne l’a jamais remis en cause. Mais qu’on se mêle de ce qui entre ou sort de la bouche des enfants dépasse les limites.

Et malheureusement, ce n’est pas la première fois que ce « problème » est mis sur la table. Dans un compte rendu du conseil de l’école Guillaume Apollinaire de Bondy, on pouvait lire ces quelques lignes : « Certains élèves refusent de manger la viande proposée car elle n’est pas Halal… Rappel: les enfants sont censés goûter à tout! En cas de régime particulier, pourquoi ne pas garder les enfants à la maison, ce qui allègerait le service de la cantine? La cantine est un service public mais pas obligatoire… » Des propos choquants de parents d’élèves qui semblent plus soucieux de savoir ce qui entre dans l’estomac des petits musulmans que le contenu de l’assiette de leur enfant…

En attendant, la directrice, qui a reçu aujourd’hui la visite d’un inspecteur de l’Education Nationale, va également être convoquée par Madame Thomassin pour « lui rappeler le règlement et la façon de le lire » : un comble pour une directrice d’école…

Widad Kefti

 

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