L’entrée devait être « libre ». A l’initiative de l’UNEF, une conférence-débat avec la Garde des Sceaux était organisée dans l’enceinte de l’université de Nanterre jeudi 31 octobre. Le syndicat étudiant a empêché des militants d’extrême-gauche d’y assister. Le mouvement s’est terminé en dispersion policière au gaz lacrymo…

18h10,  je suis devant l’amphi B1 de l’Université Paris X à Nanterre pour assister à la conférence nationale sur la réforme pénale et les étudiants empêchés en présence de Christiane Taubira, Ministre de la Justice. Elle doit commencer à 18h30. La conférence est organisée par un syndicat étudiant : l’UNEF. La venue de la Garde des Sceaux a attiré beaucoup de monde. Je fais la queue en demandant si j’aurais l’occasion d’aborder le thème de la réinsertion des détenus et notamment la sortie sèche de prison.

18h30 passées, la queue n’avance toujours pas. Des individus cagoulés et assez virulents donnent du fil à retorde à la sécurité qui essaie de faire front pour les empêcher de pénétrer dans l’amphithéâtre. « Ca fait déjà 30 minutes que c’est comme ça ! » me dit-on. Parmi les agitateurs, un  jeune homme dont on distingue à peine le visage crie : «  ça ne sert à rien d’essayer de rentrer ! On vous demande votre appartenance politique et si vous n’êtes pas du bon coté, impossible d’entrer. Bravo l’UNEF ! » Il essuie les foudres et les cris de réprobation de la foule amassée à l’entrée. Les manifestants se mettent à scander des slogans anti-UNEF, anti-gouvernement et anti-prison. Ça dégénère rapidement, une bagarre éclate entre les manifestants et le service de sécurité de l’UNEF.

Après de violents échanges de cris, d’insultes et de coups, les services d’ordre ont recours au gaz lacrymogène. L’air devint tout d’un coup irrespirable, ma gorge me brûle, mon nez également. Des étudiants me propose gentiment de l’eau afin de me soulager. Plongé dans l’incompréhension, je demande autour de moi « qui sont ces gens ? » Personne pour me répondre.

Un autre groupe de CRS arrive en renfort et embarque quelques personnes qui sont identifiées au préalable par le service d’ordre de l’événement. Quelque instants plus tard, Valentin, l’un des organisateurs, membre de l’UNEF et de la direction nationale de la Solidarité Étudiante vient nous voir : « nous sommes désolés mais à cause des manifestants qui sont venus pour se battre et créer le désordre nous ne pouvons plus vous laisser entrer dans l’amphi. » J’essaie d’en savoir plus sur les fauteurs de trouble. Je presse Valentin de questions : «  je ne suis pas sûr de leur appartenance à un groupe en particulier, mais je pense que sont des gens de la GEN, des militants d’extrême-gauche anarchistes ». « Non vous vous trompez ce sont des maoïstes, pas des anarchistes », rectifie une jeune femme. Je lui demande comment elle connait le mouvement et si elle en fait partie, ou si elle les soutient. Elle hoche la tête, puis… silence radio.

Dans la foule, les commentaires négatifs fusent. Consternée, une étudiante de Paris X affirme : « Ces gens sont des ignorants, ils ne savent pas ce que c’est que la vraie violence. Moi je suis en France depuis 1998, j’ai survécu au génocide du Rwanda Je sais de quoi je parle. Je ne comprends pas pourquoi ils sont incapables de manifester dans le calme. » Aurélien, un jeune militant renchérit : « voilà c’est toujours la même chose avec les gens des extrêmes, ils ne discutent pas. Ils aboient et veulent t’imposer leurs idées par la force. C’est pathétique ! »

Au loin je m’approche d’un jeune homme portant un keffieh. «  Je ne fais partie d’aucun groupe, d’aucune asso. La GEN ? Je ne connais pas. Les prisons ne devraient pas exister. C’est inhumain, point barre.  Les gars de l’UNEF nous ont forcés à être violents. »  Il ne m’en dit pas plus.

Avant de quitter le campus je ramasse une feuille, sur le document il était écrit : «  La ministre de la prison vient à Nanterre. Taubira, ministre de la prison, vient faire la réclame pour son projet de réforme pénale accueillie à bras ouverts par l’UNEF dont la direction est elle-même membre du même parti (P.S) que Taubira […]
Rien d’étonnant à voir débarquer la patronne des matons de France sur une fac qui jour après jour ressemble plus à un pénitencier : caméras, vigiles, « vos papiers », « circulez y’a rien à voir… » Mais laisserons-nous cette petite cérémonie républicaine avoir lieu en toute tranquillité ? Rassemblement ce jeudi 31 octobre devant le bâtiment B à 18h.
Signé : des étudiants de Nanterre ».

La dernière phrase soulève encore beaucoup de questions. Les gens qui ont créé ces tracts sont-ils uniquement des étudiants de la fac de Nanterre ? Les auteurs du tract ont-ils des liens avec des groupuscules anarchistes ou maoïstes d’extrême-gauche ? D’autres associations ou syndicats étudiants opposés à l’UNEF sont ils à l’initiative de cette démarche ? Bref j’étais venu avec beaucoup de questions et je suis reparti avec encore plus de questions, et sans avoir vu Madame Taubira. Ce n’est que partie remise !

Balla Fofana

Articles liés

  • Réforme du bac professionnel : la précarité en marche ?

    Le lycée professionnel est-il condamné à rester l'éternel choix par défaut des élèves en proie au doute de l'orientation ? Alors que le nouveau bac professionnel est entré en vigueur depuis 2018, plusieurs voies s'élèvent pour demander une revalorisation d'un diplôme qui concerne plus de 600 000 lycéens chaque année. Décryptage avec le collectif 'Une voie pour tous’.

    Par Hervé Hinopay
    Le 16/11/2021
  • A Saint-Ouen (comme ailleurs) le collège Michelet compte le personnel absent

    Un mois après la rentrée des classes, le collège Michelet à Saint-Ouen compte les absents : un·e professeur·e d’Allemand, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire. Parents d’élèves et enseignants se sont rassemblés ce jeudi devant le collège pour exiger des moyens. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 30/09/2021
  • Le désarroi des étudiants sans master

    Alors que des milliers d’étudiants retrouvent petit à petit les chemins de l’université, nombreux sont ceux qui restent encore à ce jour sans master, après une licence douloureusement obtenue pendant la pandémie. Deux jeunes femmes racontent leur parcours du combattant pour obtenir le droit de poursuivre leurs études. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/09/2021