C’est le jour J pour Olivia, 17 ans, et ses deux compères bacheliers du lycée Alfred Nobel de Clichy-Sous-Bois. Les trois lauréats (deux filles, un garçon) recrutés dans le cadre des Conventions éducation prioritaire (CEP) de Sciences-Po, font leur prérentrée à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP). Un stage dit « d’intégration » de deux semaines démarre pour eux et tous les admis des quartiers socialement défavorisés. Avec l’arrivée, en 2006, des quinze nouveaux lycées partenaires des CEP, dont le lycée Alfred Nobel, ce sont, au total, 95 élèves venus de ces faubourgs qui accèdent en première année de l’édition 2007-2008. L’IEP est renommée pour la charpente de ses bâtiments de la rue Saint-Guillaume, héritage du siècle de Louis XIV, mais, surtout, pour le niveau d’étude exigé. Depuis 2001, date des premières conventions avec les lycées en ZEP (Zones d’éducation prioritaires) de l’époque, Richard Descoing, son directeur, s’est engagé à diversifier les origines sociales de ses diplômés.

Olivia, de Clichy-sous-Bois, se révèle « courageuse, curieuse, bosseuse, rigoureuse, lucide » : ses anciens professeurs sont unanimes. Des qualités qu’on retrouve chez beaucoup d’élèves de ce lycée. Sous-estimant leurs capacités, ceux-ci ne s’en servent pas à bon escient. Selon Wissem, un élève de 1ère, « Sciences-Po, c’est pour les riches ! ». Sauf que les trois « super » bacheliers d’Alfred Nobel ne paieront pas les frais de scolarité estimés en moyenne à 4000 euros l’année. Olivia vient d’obtenir sa bourse d’étude sur critères sociaux communs à tous les étudiants français. L’école des Sciences politiques lui versera, en plus, 50 % de cette bourse. Elle recevra également une aide pour acheter un ordinateur portable de travail.

Visage rond au sourire radieux, la nouvelle étudiante ne se fait pas d’illusions. Elle sait qu’elle va découvrir un fossé culturel avec ses futurs pairs habitués aux arts, aux voyages, musées, soirées branchées. Même si les ateliers du mercredi après-midi avec le lycée lui ont permis de connaître autres choses que le lycée, le cinéma et la maison. « Mon entourage me dit que ça va être dur, que je devrai travailler plus qu’avant. Mais je suis prête à m’investir. » Olivia envisage une carrière dans les Relations internationales, « mais cette ambition peut évoluer en fonction de mes rencontres ». Alors, en attendant la rentrée officielle prévue le 6 octobre, la bachelière s’attelle à lire quelques ouvrages sur l’histoire et le droit international recommandés par les professeurs de sa nouvelle école.

Olivia dit que l’IEP est la chance de sa vie. Elle estime avoir les moyens intellectuels pour y réussir : « Quand j’ai su que je pouvais saisir la chance de m’inscrire à Sciences-Po, je me suis dit : pourquoi pas moi ! » Elle a bûché dur pour y entrer: deux ans de préparations à la première épreuve d’admission. « J’ai toujours visé un niveau Bac+5, dit-elle. L’école de Sciences-Po m’en offre la possibilité ».

A partir de cette année, la lauréate devrait loger à la Cité internationale universitaire de Paris. « Je n’ai pas encore de réponse officielle mais on m’a dit que j’aurai une chambre, c’est sûr », précise-t-elle. Son loyer devrait être pris en charge par l’allocation d’aide au logement. Cet éloignement de Clichy-Sous-Bois (1h30 de trajet) ne l’empêchera pas de revenir retrouver ses amies, sa mère et ses frangins, et de pratiquer ses langues d’origine, angolaise et zaïroise. « Et si on te demande de couper les ponts ? – Je dirai non, vous m’acceptez comme je suis. Quoi qu’il arrive, je ne peux pas oublier d’où je viens. Mais je pense qu’il est nécessaire de s’extraire de son milieu d’origine pour s’adapter à de nouvelles situations ». Cette aspiration à l’universel semblerait être une qualité attendue par le jury de sélection.

Trois lauréats pris à Sciences-Po sur les six cents élèves que compte le lycée général Alfred Nobel, ça s’apparente à une petite graine. « Pour une première année de partenariat, ce n’est pas mal, précise le proviseur, M. Peltier. Ce chiffre correspond à la moyenne des réussites des lycées conventionnés. » Les professeurs, eux, se veulent optimistes : « Cette année, nous nous attacherons à informer davantage les élèves et les mettrons en contact avec les anciens qui réussissent ! », indique M. Leuteuré, professeur d’histoire-géographie. Ne serait-ce qu’une question de volonté et d’audace ?

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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