L’heure de la rentrée a sonné. Les jeunes sont retournés sur le banc de l’école ou de l’université mais pour d’autres c’est un nouveau départ qui s’annonce. Les tout juste diplômés vont (enfin) pouvoir intégrer le monde du travail. Une période de transition souvent synonyme de doutes et d’interrogations.

A 28 ans, Laëtitia Plaissy entre en 3ème année de licence d’Histoire après un parcours versatile. Il lui aura fallu dix ans pour enfin comprendre ce qu’elle désirait, dix années d’interrogations et de changements. Après l’obtention de son bac, Laëtitia souhaite devenir attachée de presse. Elle s’inscrit alors à l’EFAP, une école de communication dont elle sortira diplômée d’une maîtrise. Laëtitia rentre rapidement dans le monde du travail mais malgré les différentes stages durant sa scolarité, c’est la désillusion. « Au bout d’un an je n’en pouvais plus, je me suis rendue compte que je ne supportais pas le monde de la communication. Et puis, je faisais tout le temps la même chose. Je ne me voyais pas continuer là dedans« . Pendant un an, elle travaille alors comme hôtesse, le temps de réfléchir à son avenir. Une réflexion qui montre le décalage entre l’idée que l’on peut avoir d’un métier et sa réalité. Grâce à un contact, Laëtitia devient professeur d’anglais dans une université privée. Mais après trois ans, elle abandonne tout pour rentrer en deuxième année de licence d’Histoire. Son objectif aujourd’hui : obtenir un doctorat et devenir enseignante-chercheuse. Ces trois années comme professeur ont permis à Laëtitia de prendre conscience que son amour pour les Lettres et pour l’Histoire était plus fort. « Pourtant, avant,  je gagnais bien ma vie mais c’était toujours les mêmes enseignements, rien ne changeait, je sentais qu’il me manquait quelque chose ».

Romain a lui aussi fait un choix d’orientation en fonction de ses envies. Lors de son année de césure au Canada, il a pu suivre des cours d’anthropologie. De retour en France, Romain s’inscrit en master d’anthropologie, deux années de formation qu’il qualifie d’ « enrichissantes » et dont il en sort diplômé en 2016. Une fois son master de recherche en poche, Romain souhaite rentrer dans la vie active mais il ignore quelle profession exercer avec son diplôme. Il se sent délaissé. « On ne nous donne aucune information, ni avant, ni pendant et encore moins après l’obtention du diplôme sur les possibles domaines dans lesquels on peut travailler », s’insurge-t-il. Quel métier exercer avec un master en anthropologie ? La question reste en suspens. Travailler à l’étranger ? Pourquoi pas, mais toujours la même question : dans quel domaine ? Pour faire quoi ? Une multitude d’interrogations. Le doctorat s’érige alors comme la seule alternative. « Mais c’est frustrant car j’aimerais travailler pendant un ou deux ans avant de penser au doctorat« . Romain veut donc se donner du temps. « Je veux acquérir des compétences professionnelles et accéder à un métier à la hauteur de ma formation« , explique-t-il. Mais devenir doctorant nécessite un réel engagement tant pédagogique que financier. « Pour être payé, il faut être doctorant contractuel et c’est très difficile car c’est réservé aux meilleurs ou il faut obtenir des bourses ponctuelles ». Le jeune homme regrette aussi le manque d’accompagnement à l’université sur le monde professionnel, notamment après le master. Alors en attendant, il travaille comme agent contractuel au CROUS de Paris. Laëtitia sait qu’aller jusqu’au doctorat n’est pas sans sacrifice. « A 28 ans, vous n’avez droit à aucune aide, du coup j’ai un job alimentaire ». Un job qui lui permet de subvenir à ses besoins mais qui dicte son emploi du temps et par conséquent le choix de ses cours. Qu’importe, Laëtitia est heureuse et c’est tout ce qui compte. « J’ai enfin l’impression d’être à ma place, d’avoir trouvé ce qui me manquait« . Tout comme Romain, Laëtitia n’éprouve aucun regret : « Je ne sais pas si après le bac j’aurai voulu être doctorante. Toutes mes expériences passées m’ont permises d’être celle que je suis aujourd’hui et d’appréhender sereinement la suite de mes études. »

Le bilan pour Tiphaine Drut est beaucoup plus amer. La jeune femme a commencé par un BTS Communication. « Je n’étais pas très assidue à l’école mais je voulais vite faire des études pour avoir une situation ».   Stigmatisée, sous-estimée, Tiphaine veut montrer qu’elle est capable de faire encore plus, encore mieux. Après son BTS, elle intègre l’école de commerce ESC Amiens. Même si elle a du mal à se faire à l’ambiance, elle persiste et sort diplômée d’un BAC + 5 avec une spécialisation en communication.  Elle décroche un CDI mais après un changement de direction, Tiphaine est licenciée : c’est alors le début du cauchemar. Au chômage, elle cherche. En vain. « Je faisais des petits boulots comme baby-sitter ou je travaillais au McDo et le pire c’est que je devais gagner moins de 1200 euros par mois sinon on coupait les aides et je n’aurais pas pu payer mon loyer et mon prêt étudiant. C’est un vrai cercle vicieux ». S’en est trop pour Tiphaine qui retourne à Lyon, sa ville natale. Elle continue alors les petits boulots en attendant son prochain départ pour la Suisse. « J’espère décrocher quelques entretiens là-bas. On verra comme ça va se passer ». Reste que Tiphaine est en colère. « Le marché du travail est complètement bouché. On demande trop de compétences et trop d’expériences pour un salaire souvent dérisoire », constate-t-elle. Pour Tiphaine, il existe bien un plafond de verre dans la société  : « la réussite dans les  parcours « classiques » n’est réservée qu’à une catégorie sociale ».  Révoltée, désabusée, Tiphaine peine à trouver des explications. « Je ne comprends pas, j’ai un BAC + 5, je suis partie à l’étranger, j’ai trois ans d’expérience professionnelle. Comment est-ce possible ? Que dois-je faire de plus ? »

Le parcours scolaire des étudiants est semé d’interrogations, de doutes qui persistent même dans le monde professionnel. Ils sont alors confrontés à de nombreux dilemmes : faut-il exercer un métier passionnant au détriment de l’aspect pécuniaire ? Ou au contraire l’argent doit-il être la seule motivation valable ? Comment des étudiants ultra-qualifiés finissent par occuper des postes peu voire pas qualifiés pour éviter  de vivre dans une extrême pauvreté ? Quel avenir pour eux en France ?

Yannise TCHOUANKEA

Articles liés

  • A Saint-Ouen (comme ailleurs) le collège Michelet compte le personnel absent

    Un mois après la rentrée des classes, le collège Michelet à Saint-Ouen compte les absents : un·e professeur·e d’Allemand, un·e assistant·e social·e et un·e infirmier·e scolaire. Parents d’élèves et enseignants se sont rassemblés ce jeudi devant le collège pour exiger des moyens. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 30/09/2021
  • Le désarroi des étudiants sans master

    Alors que des milliers d’étudiants retrouvent petit à petit les chemins de l’université, nombreux sont ceux qui restent encore à ce jour sans master, après une licence douloureusement obtenue pendant la pandémie. Deux jeunes femmes racontent leur parcours du combattant pour obtenir le droit de poursuivre leurs études. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/09/2021
  • Pas de rentrée scolaire pour les enfants des gens du voyage ?

    Alors que 12 millions d'enfants et ados on retrouvé leurs classes, les enfants des gens du voyage, connaissent de nombreuses difficultés dans l’accès à l'école. Un phénomène qui dure depuis des années, et accentué par la crise du Covid-19. Reportage. 

    Par Amina Lahmar
    Le 08/09/2021