Alors qu’officiellement une manifestation devant le rectorat de Créteil a lieu ce vendredi en signe de contestation de suppressions de postes prévue pour la rentrée prochaine, le lycée d’enseignement général de Jean Renoir est pris d’assaut. Il est environ 10h45 lorsqu’un groupe d’environ trente-cinq personnes force les grilles de l’établissement et y pénètre. Le message semble clair : pas de pitié, ni pour les élèves, ni pour les profs.

La récréation de 10 h 30 est terminée et les élèves sont en cours depuis un bon quart d’heure. Dans les couloirs du bâtiment B, on entend des cris. Sans doute des élèves qui n’ont pas cours et qui rôdent dans les couloirs, se dit-on… Mais les bruits se font moins discrets. Le sol raisonne, en écho au bruit de pas de gens qui courent. Beaucoup de monde. Avant même que les enseignants n’aillent voir ce qui se passe, dans une classe de seconde, un jeune homme surgit et saisit un extincteur. « Hé mais qu’est-ce tu fais là ? T’es qui toi ? », lui demandent les élèves, devinant que celui-ci ne fait pas partie de leur lycée. Ce dernier rétorque : « La ferme ! Aujourd’hui c’est blocus ».

Règlement de compte ? Non, les « envahisseurs » viennent apparemment d’un lycée professionnel de Drancy. Ils protestent contre les suppressions de postes et la dévalorisation croissante des filières B.E.P. Ni les élèves, ni les professeurs ne sachant quoi faire en pareille situation. Le trouble se répend de classe en classe : certains s’enferment dans les salles, d’autres n’en ont pas le temps. Les « envahisseurs » sont armés de bombes à gaz lacrymogène, et se servent de ce qui leur tombe sous la main.

Une vingtaine de minutes plus tard, les différentes classes, paniquées, quittent les salles dans lesquelles elles ont pu trouver refuge. Les fauteurs de troubles sont partis. Pas très loin, juste en face du lycée Jean Renoir, ils ont trouvé une nouvelle cible : le lycée professionnel Marcel Pagnol. Les quelques élèves touchés par le gaz lacrymogène affluent vers l’infirmerie. Dix minutes plus tard, les pompiers arrivent, suivis de la police. Un professeur semble boiter. On entend même dire qu’« une élève a été frappée avec un marteau ».

Le lien avec certains lycées de Seine-Saint-Denis en grève est vite fait. Mais le geste violent de ces lycéens suscite l’indignation des victimes, qui ne comprennent pas « pourquoi on s’en prend à nous ».

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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