Ces derniers jours, chroniqueurs et éditorialistes s’en donnent à cœur joie. Mais les premiers concernés par cette réforme, les 800 000 lycéens de Terminale, on ne les entend pas beaucoup. Pourtant, depuis une semaine, ces élèves ont la possibilité de saisir leurs vœux d’orientation, constituer leur dossier et fournir les pièces demandées sur la nouvelle plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur : Parcoursup.

Les lycéens sont-ils bien informés de l’existence de cette nouvelle plateforme ? « Ça fait un moment maintenant qu’on est au courant de ce qu’est Parcoursup. On entend parler que de ça à la télévision, les journaux, l’école, les salons« , témoigne Adrien, 17 ans, en terminale S au lycée Gaston-Bachelard de Chelles. Julia, 17 ans, en terminale STMG dans le même établissement, partage cet avis. « Oui bien sûr, j’en ai entendu parlé il y a longtemps dans les médias et l’information revient un peu tous les mois ».

« Le système de tirage au sort d’APB me rendait fou »

À la question « constates-tu une différence entre APB et Parcoursup ?« , là, les avis divergent. Si Julia « ne [voit] pas spécialement la différence » entre les deux plateformes, Adrien se dit, lui, satisfait. « C’est vachement mieux ! Personnellement, c’est surtout le système de tirage au sort d’APB qui me rendait fou ». Pour d’autres encore, ces systèmes paraissent totalement flous. C’est notamment le cas de Franklin, élève en S au lycée Jules-Haag à Besançon. « C’est quoi APB ? », répond–il en riant. Après quelques explications, celui-ci avoue ne pas s’être intéressé à ces diverses plateformes et attend les interventions en classe pour comprendre leur fonctionnement.

Là est le problème. Si certains jeunes ont conscience des changements apportés par le projet de loi (pas encore voté), ce n’est pas le cas pour tous. Pour rappel, ces derniers n’auront plus que 10 choix de vœux, contre 20 initialement. Cette phase d’inscription des vœux s’achève le 13 mars mais les candidats pourront finaliser leurs dossiers jusqu’au 31 mars.

De surcroît, des « compétences » seront désormais attendues dès l’entrée en licence. Ces aptitudes, rendues publiques par le ministère de l’Enseignement supérieur mardi 12 décembre, se dénombrent à près de 45. Il est ainsi attendu des candidats en licence Mention Administration publique de savoir « disposer d’aptitudes à la compréhension, à l’analyse et à la synthèse d’un texte » mais pas à ceux en licence de droit. Cette démarche peut se révéler cocasse quand on sait par exemple que le code pénal… comprend 3 096 pages !

Parcoursup, une égalité des chances ?

En complémentarité des « attendus » requis, les universités pourront mettre en place sur leurs propres sites des « critères spécifiques » pour l’entrée dans leur établissement, en lien avec les compétences demandées. Les élèves vont, par exemple, devoir rédiger une lettre prouvant leurs motivations à choisir telle université, et ce, pour chaque choix. « Une bonne initiative » pour Adrien . « C’est bien, c’est un entraînement pour plus tard quand on sera à la recherche d’un emploi et ça permet d’affirmer réellement notre détermination ». Même avis chez Julia : « Je pense que c’est une bonne idée car cela peut faire la différence pour ceux qui n’ont pas un bon dossier ».

Pourquoi cette réforme ? A-t-elle un réel intérêt ? « Franchement, je pense que c’est juste pour faire croire à l’égalité des chances ! Un ancien ministre de l’Éducation, Benoît Hamon, a lui-même affirmé que la nouvelle plateforme ferme les portes de l’université aux lycéens des filières technologiques », rétorque Julia. Franklin, lui, est moins catégorique. « C’est bien, tout ça, ça permet aux élèves comme nous de montrer nos réelles volontés dans la poursuite des études« . Deux avis opposés, nuancés par les propos d’Adrien : « Franchement soyons sérieux, il faut du changement. Bien sûr que ce n’est pas parfait, qu’il y aura toujours des erreurs du système, mais il faut tenter. On ne peut pas laisser se passer la même chose que l’année dernière ».

Comment parler d’une orientation réussie si l’on ne sait pas vers où se diriger ?

Fin juillet 2017, ils étaient près de 65 000 candidats toujours sans affectation, 3 000 à la rentrée de septembre. De quelle manière qualifier notre ressenti quand on sait qu’on aurait, nous aussi, pu se retrouver dans la même position que l’un d’eux ? La peur nous guide. Cette peur de se voir tout refuser et laisser sur le bas-côté sans savoir comment s’en sortir. En réalité, ce qui ressort de ces témoignages, c’est que l’approbation de ce nouveau système n’est pas basée pour ce qu’il est en lui-même, mais pour ce qu’il représente : le changement.

Ce qui pose en réalité problème, c’est ce que cette réforme ne semble pas prendre en compte ce qui est l’enjeu primordial des élèves de Terminale : l’information sur l’orientation. Comment peut-on parler d’une orientation réussie si l’on ne sait pas vers où se diriger dans les études ? Le gouvernement ne devrait-il pas davantage se pencher sur cette problématique sachant que la France détient le triste record d’un abandon sur trois en première année de licence ?

Amine HABERT

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