Patrick Martin, je ne sais pas si ce nom vous dit quelque chose. La cinquantaine, look détendu, petite queue de cheval en arrière. Il est professeur d’arts plastiques à Bondy. Non pas un prof de collège ou de lycée qui travaille du lundi au vendredi de 8 heures à 17h30. Lui enseigne son savoir le mercredi à des enfants âgés de 3 à 16 ans et un autre jour de la semaine à des adultes.

C’est lui qui a crée les ateliers d’arts plastiques à Bondy. Si vous lui demandez son métier, il vous répondra qu’il est prof et artiste, mais étant une de ses élèves depuis plus de 8 ans, je le considère plutôt comme un bienfaiteur. Lorsqu’un nouveau se joint à nous, il est prévenu : « S’il te plait, appelle-moi Patrick, pas de Monsieur entre nous ! » Pendant les cours, nous discutons beaucoup, il nous raconte des petites histoires, nous met de la musique, bref nous sommes bien chouchoutés. C’est quelqu’un de zen, et rares sont ces personnes aujourd’hui qui font un métier qui leur plaise et le font avec amour. Je pense que c’est là son secret.

Patrick est un passionné du Maroc. Il y passe presque toutes vacances scolaires, à Marrakech, Fez, Casablanca… Il y a deux ans, il a fait une exposition magnifique sur les jardins de Majorelle à Marrakech : plus de 100 tableaux, au pastel sec, plus de quatre ans de travail. Plus d’un aurait aimé avoir l’une de ses œuvres à accrocher chez lui. Aujourd’hui, ses tableaux sont stockés dans l’atelier où l’on peint, prêts à être exposés à nouveau.

Nous, ses élèves, ne sommes pas à son niveau, nous faisons ce que nous pouvons. Chaque année, nous développons un thème : les animaux, la liberté, les transports, la plage, l’art floral, les chiffres… Il explique à chacun comment aborder le sujet à l’aide d’un croquis et après cette étape-là, place à notre imagination. A la fin de l’année scolaire, aux alentours mois de juin, a lieu notre petite expo, à l’espace Marcel Chauzy de la mairie de Bondy. Nos « œuvres » sont montrées au public pendant quelques semaines.

Je redoute le moment où mon professeur d’arts plastiques prendra sa retraite. J’imagine son successeur : un prof complètement stressant, pas du tout patient. Ou, pire, la disparition des ateliers, étant donné que c’est lui qui les a créés. N’y pensons pas !

J’ai eu le plaisir de poser quelques questions à Patrick Martin :

Quel est ton parcours professionnel, en quelques mots ?

Je suis sorti de l’école avec un BTS, puis pendant trois ans, j’ai été styliste en dessin textile. Ensuite j’ai travaillé dans ce qu’on appelle du « freelance », la même profession mais en indépendant, et j’ai bifurqué pour devenir professeur de photo/vidéo. Aujourd’hui j’enseigne les arts plastiques : peinture à l’huile, aquarelle, pastel, encre… Je donne des cours à des enfants et des adultes de tous âges et tous niveaux.

Pourquoi as-tu créé les ateliers d’arts plastiques à Bondy ?

Peut-être parce que ça n’existait pas quand j’étais enfant et que j’aurai bien aimé en avoir. Quand j’avais 15 ans, il n’y avait rien de cela à Bondy, donc je me suis dit que c’était une bonne chose de créer des ateliers pour les enfants. Ça s’est fait comme ça, tout naturellement, ça a marché et puis voilà, maintenant ,les cours sont pleins, les gens sont sur liste d’attente.

Pourquoi as-tu tant d’amour pour le Maroc ?

Ah ça, je ne sais pas. Enfin si, je sais pourquoi : parce que c’est un beau pays avec une belle culture, des belles couleurs, des gens sympas, des beaux paysages. Et puis les Marocains sont des gens qui vivent à un rythme « humain », ils ne sont pas encore complètement dans le progrès dans ce que ce mot à de déshumanisant, justement.

As-tu des projets pour ta retraite, vivre au Maroc, par exemple ?

M’installer au Maroc, non. Mais par contre voyager, dessiner à droite et à gauche, aussi bien en France qu’à l’étranger, mener ma vie d’artiste complète, ça, oui.

Travailles-tu toute la semaine ?

Oui et non, j’ai un certain nombre d’heures de cours à donner, le reste, c’est du temps consacré à la préparation des cours, à l’organisation d’expos et à l’administratif.

J’espère que ce portrait est fidèle à la personnalité de ce professeur exceptionnel qui transmet sa passion de l’art et son savoir en toute simplicité. Je souhaite que les ateliers restent rue Edouard Vaillant à Bondy et qu’un nouveau Patrick Martin prenne la relève lorsque l’original s’en ira. Bah quoi, tout le monde peut rêver, non ?

Sarah Ichou

Sarah Ichou

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