La mobilisation des parents et enseignants se poursuit en Seine-Saint-Denis. Au Bourget, une marche avait lieu ce samedi 13 décembre afin de dénoncer les conditions d’enseignement, remplacements et absences répétés, dans les écoles de la commune.

En cette matinée froide et pluvieuse de décembre, de nombreux parents d’élèves du Bourget mais aussi de Dugny (93), soutenus par les élus des deux villes, ont bravé la météo capricieuse pour faire entendre leur mécontentement quand aux conditions d’études de leurs enfants, lors d’une marche pacifique partant du groupe scolaire Jean Mermoz, jusqu’au parvis de la mairie du Bourget. Celle-ci, conclue par un discours et une récitation de poèmes par deux écoliers Bourgetins, dénonce le manque d’enseignants qualifiés dans les écoles de Seine-Saint-Denis.

Cette marche est l’aboutissement de plusieurs semaines de lutte. Rencontrée au hasard de la marche, la directrice de l’école élémentaire Jean Mermoz, solidaire du mouvement, revient sur les raisons de cette mobilisation. « Les parents d’élèves ont occupé l’école suite à une succession d’instituteurs remplaçants dans une classe en particulier et suite aussi au non remplacement de ces derniers. Au départ il n’y a eu personne, puis après plusieurs. Dans une même classe de CE1, il y a eu 6 enseignants. Les enfants ont été extrêmement perturbés. Les parents sont intervenus une première fois en septembre, avec une occupation qui a duré deux jours, nous avons obtenu quelqu’un, cette personne ne convenait pas et donc il y’a eu des remplaçants qui remplaçaient des remplaçants ». La mobilisation reprend donc le 26 novembre, avec depuis cette date une occupation quotidienne de l’école par 15 à 20 parents tous les jours. Elle souligne par ailleurs avec malice, « qu’il y a peu de remplaçants puisqu’il fut un temps où un gouvernement a supprimé un fonctionnaire sur deux ».

Cependant, comme le souligne Zara Chabili, responsable FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), en Seine-Saint-Denis, plus encore que le problème des postes, c’est le manque d’attractivité du 93 qui est en cause. « Il y a des postes, mais les enseignants ne veulent pas venir sur le 93 car ils sont mal payés et les conditions sont difficiles ». Le département souffre également d’une couverture médiatique extrêmement négative qui pousse les jeunes diplômés à demander des postes ailleurs, complète-t-elle. « Ce qu’on veut, c’est qu’ils motivent les profs à venir dans le 93, avec des primes des formations ».

IMG_20141213_121856A cela vient s’ajouter un problème fondamental de formation de ces instituteurs. En effet, comme le souligne la directrice : « Dans une école, vous avez des enseignants titulaires qui ont eu une formation, vous avez des enseignants qui ont réussi un concours mais qui n’auront que cinq visites dans l’année, ça sera leur formation, vous avez des gens qu’on met en formation donc qui sont à mi-temps, et vous avez des contractuels, embauchés par Pôle emploi, donc des gens qui a priori n’étaient pas faits pour enseigner ».

Les objectifs de cette mobilisation sont donc un égal accès à l’enseignement de la République, sans distinction de territoire, que l’on peut voir à travers la banderole « Pour nos enfants, avenir meilleur, école de qualité ».

Une mobilisation plurielle

Cette marche a rassemblé. Citoyens et élus, tout d’abord. Yannick Hoppe, conseiller de la majorité au Bourget, déclare « il est normal que les élus de la ville du Bourget soient parfaitement engagés aux cotés des parents d’élèves, qui ne font que demander à ce que au Bourget comme en Seine-Saint-Denis, l’éducation nationale traite notre territoire comme tous les autres territoires de ce pays ».

Même le maire de Dugny, André Veyssière (UMP), la commune voisine est venu apporter son soutien et se déclare « complètement solidaire », ajoutant « demain ça peut être nous, on a de la chance, la plupart de nos enseignants sont les mêmes que l’an dernier ». De son coté, le maire du Bourget, Vincent Capo-Canellas (UDI), également présent insiste sur la grande difficulté pour l’éducation nationale à « pourvoir des postes budgétés ». Il dénonce « un défaut de gestion des ressources humaines », malgré les moyens mis en œuvre par l’éducation nationale.

Valérie Méry, candidate socialiste aux dernières élections et secrétaire de la section au Bourget, souligne également l’inefficacité de la création de postes dans un département peu attractif, souffrant d’une image médiatique négative, malgré le soutien de la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui a selon elle « appelé plusieurs fois l’école ».

Des parents déterminés

« Les parents, en colère, les enfants dans la galère », ont scandé les parents sur le parvis de la mairie. Le discours manifestait clairement leur revendication principale « Nous sommes ici pour rappeler et demander le droit à l’éducation et l’égalité des chances pour tous les territoires ». Leurs enfants sont directement touchés le manque de professeurs. « Je suis là parce que j’ai mon petit garçon qui est en CE1, que sa maîtresse n’était pas là à un moment et que le remplacement a été difficile. Ils ont du retard donc je suis venue manifester, pour que les autres enfants bénéficient des remplacements, parce que c’est la galère », explique une maman dans le cortège. Une autre déclare « Ce qui me motive, c’est le droit à l’éducation des enfants, dans tous les territoires ».

Mathieu Blard

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