Mamans toutes égales (MTE) est un collectif qui lutte contre l’interdiction faite aux mères musulmanes voilées ou portant un foulard d’accompagner leurs enfants dans le cadre de sorties scolaires. Ce collectif organisait lundi 2 mai une marche partie de l’école Paul Lafargue de Montreuil qui s’est terminée devant l’inspection, située à cent mètres de là, pour protester contre ce qu’il considère comme un empiètement sur les libertés individuelles. Ces six derniers mois en effet, plusieurs femmes dont les enfants sont scolarisés dans cet établissement se sont vues opposer un tel refus par l’administration de l’école.

« Il n’y a pas que des musulmans dans les collectif, les non musulmans y sont plus nombreux », explique Ndalla, la porte-parole de MTE, déjà dans la lutte en 2004 contre la loi interdisant les signes religieux ostentatoires à l’école. « Nous organisions des réunions dans notre local à Paris, et au fil du temps, de plus en plus de mères de Montreuil sont venues nous voir. Nous avons décidés de nous organiser avec les gens de la ville pour protester contre ces agissements. »

Une centaine d’hommes et de femmes accompagnés de nombreux enfants ont défilé dans le calme lundi après-midi. Est-ce le chef d’établissement ou les professeurs qui refusent ces mères ? Interrogé sur le sujet, le chef d’établissement de Paul Lafargue refuse de s’exprimer : « On ne veut pas communiquer là-dessus. » Mohamed, un père de famille, affirme que « les professeurs et le directeur se renvoient la balle. Il y aurait deux professeurs laïcards qui exerceraient une pression pour refuser ces mères. Ils font du zèle. Luc Châtel, le ministre de l’éducation nationale, est certes en train de réfléchir à un projet de texte visant à élargir le principe de laïcité à ces mères. Mais même lui sait qu’un tel texte ne passera pas. Lui-même ne sait pas quelle forme cela prendra et ces gens se permettent dans le contexte actuel de faire du zèle ! »

Dans les rangs, Nelly, jeune femme membre d’une association féministe : « Ces femmes portent un voile mais ce sont des femmes avant tout et à ce titre, elles ont le droit d’être défendues. Il faut accepter le fait que chacun ait son mode de vie et voie l’émancipation différemment. Si je suis ici c’est parce que j’ai des valeurs, dont le refus de la discrimination. » Enriqué et Monique, qui participent au rassemblement, voient dans ces refus et le projet de Luc Châtel une politique du gouvernement qu’ils jugent inquiétante : « Nous ne faisons pas de différences entre ça et les manifestations pour les retraites par exemple. Nous sommes solidaires tout simplement. »

En marge de la manifestation montreuilloise, deux mères de familles discutent. Elles ne sont pas au courant de l’« affaire », je la leur résume. « Pardon, mais ils sont idiots ou quoi ? On est à Montreuil, la diversité on vit avec, en quoi elles gênent, ces mères ? », demande Myriam. « Ces mères voilées ne me gênent pas. Mais par contre, il y a une chose qui me dérange c’est que l’on aménage des créneaux horaires spécialement pour elles à la piscine. Ça non, pourquoi on les privilégierait sur nous ? s’étonne Christine. C’est vrai qu’il faut s’adapter au pays où l’on vit. Si tu veux pratiquer ta religion comme tu le souhaites, il faut changer de pays. L’essentiel est que tout le monde se respecte et n’empiète pas sur la liberté de l’autre. »

En fin de manifestation, les gens discutent en petits groupes. Dans l’un d’eux, quatre hommes parlent des dernières nouvelles : « Tu sais qu’il y a un élu des parents d’élèves que l’on appelle jamais lorsqu’il y a des réunions à cause de sa barbe ? Le mec il est élu pourtant ! », dit l’un. « On a un socle commun, c’est la laïcité, on est républicain il n’y a pas de soucis en fait pour nous. Mais c’est d’eux que vient le problème, ils sont en train de dégoûter ces enfants de la République. C’est dangereux ! », dit un autre. « Il ne faut pas qu’on se laisse faire, nous devons nous efforcer d’être présents et de participer à ce genre de réunions. C’est pas acceptable ce qui se passe », reprend le premier. Ces interdictions de sorties scolaires pour cause de voile semblent avoir motivé les citoyens musulmans des quartiers populaires à donner de la voix.

Aladine Zaïane

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