A la fin de ma troisième, j’ai décidé de me diriger vers un Brevet d’études professionnelles, un BEP, en menuiserie. J’attendais ce moment depuis longtemps pour enfin fuir le collège et l’enseignement général, sauf que les choses ne se sont pas déroulées comme prévues. J’ai passé mes deux années de BEP en internat à Melun (77) où je me suis rendu compte que le BEP servait souvent à caser les élèves à qui l’on ne trouvait pas d’orientation. Ce fut ma première déception. Les passionnés de menuiserie comme moi, étaient rares dans cette formation.

Malgré cela, la première année s’est déroulée correctement jusqu’au stage, un mois de juin que je voudrais oublier… Pour le comprendre, il faut remonter au mois décembre 2008, date à laquelle le lycée nous a distribué la liste des entreprises aux alentours de Melun susceptibles de nous accueillir pour un stage.

Mais habitant en Seine-Saint-Denis, j’ai dû effectuer seul le travail de recherche d’entreprises autour de chez moi et je ne m’attendais pas à essuyer autant de refus. Au bout d’une dizaine de réponses négatives, dans un énième appel et en précisant que ce stage était non rémunéré, la réponse fut cette fois positive ! A ce stade là, je pensais avoir fait le plus dur, mais pourtant, ce n’était que le début.

Le premier jour de stage, le chef d’atelier me fait visiter l’atelier. Normal. Puis, il m’a laissé seul sans savoir quoi faire ni où aller. Au moment où il m’a annoncé que « les balais se trouvaient là et que les poubelles devaient être sorties », j’ai compris quel était mon rôle dans l’entreprise. Au début, j’ai cru à une blague et je n’ai pas pris cela au sérieux jusqu’à ce qu’il répète cette phrase en s’en allant.

La messe était dite, je serai homme de ménage et éboueur bénévole pour eux pendant quatre longues semaines. Rien de péjoratif à cette comparaison, mais je voulais vraiment travailler le bois. Et le bois, je le touchait toute la journée mais seulement pour le ramasser et le jeter. C’est frustrant de regarder faire les autres dans un domaine que l’on aime sans pouvoir s’exercer. Du coup, je ne l’ai touché que des yeux !

De retour au lycée, ce stage, outre les conséquences morales, m’a plombé mon année scolaire. Le rapport de stage qui était exigé se trouvait bien maigre. Que dire, à part que j’avais en charge toutes les tâches ingrates et que je n’ai pas pu m’exercer à travailler le bois. J’ai donc obtenu une mauvaise note. Je ne cherche pas d’excuses, mais je ne sais pas comment j’aurais pu y échapper. Devant le patron,  la seule alternative était d’obéir, car en cas de renvoi, c’est le redoublement ou même l’exclusion du lycée.

Ce stage n’est qu’un des trois stages que j’ai effectué au sein d’entreprises différentes. Et à chaque fois, c’est la même chose, l’apprenti permet de maintenir les ateliers propres. Difficile de répondre, une parole jugée déplacée signifie un renvoi et les professeurs n’ont aucune indulgence quand l’on retourne en cours. Mais si l’on doit chercher le côté bénéfique, l’on peut dire que j’ai appris à prendre sur moi, me contrôler et gagner en diplomatie.

Ces stages m’ont démotivé de la menuiserie, en partie, mais j’ai quand même réussi à obtenir mon BEP tout en sachant que je ne continuerai pas sur un Bac professionnel. Cette histoire remonte à deux ans. Aujourd’hui j’ai pu intégrer un lycée général et je suis maintenant en Terminale littéraire, avec l’ambition d’entrer dans le journalisme, mais la suite est une autre histoire….

Mikael Mekler

Paru le 31 mai

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