« Lycéens de Louise Michel en lutte ! » C’est l’inscription figurant sur les autocollants jaune fluo collés aux vêtements de ces jeunes Balbyniens en « grève » mardi matin 19 octobre. Ils sont un peu plus d’une centaine bloquant l’accès au lycée dès 8 heures. Les rares élèves qui ont pu passer le portail se retrouvent à trois en salle de cours. Dans la centaine, beaucoup ont menti à leurs parents, qui les croient assis face à leurs professeurs.

Mais en vrai, ils se tiennent devant le lycée, se préparant à manifester. Le mégaphone est utile pour mener la foule et lui annoncer le programme de la journée. C’est marche jusqu’au lycée Delacroix de Drancy, un petit tour par les cités et rendez-vous à Paris l’après-midi, Place d’Italie, dans le 13e arrondissement. Jusqu’au bout ils redouteront d’être vus par leurs parents. « Si t’es cramé t’es mort », dit Willy. Chacun sait donc à quoi s’en tenir.

Tahar, en classe de première, mène le combat depuis le début des manifs. SMS, Facebook, bouche à oreilles, Tahar est partout pour inciter au blocus. Des médiateurs sont présents devant l’établissement au cas où la situation dégénèrerait. Mardi, c’est à une cabine téléphonique que des jeunes s’en sont pris. Mais les médiateurs étaient là pour les calmer.

La motivation est redoublée parce que dans Le Figaro, certains ont lu que si les lycées étaient bloqués mardi, les établissements seraient fermé jusqu’à la fin de la semaine. Du coup, ça leur ferait des vacances scolaires plus longues, avec celles à venir la semaine prochaine. A l’ouverture du lycée, des bennes à ordures bloquent l’entrée. Ils sont une dizaine assis dessus. Lorsque les professeurs sortent de Louise Michel, les grévistes, fiers de leur blocus, dansent et chantent « We will, we will, rock you ! » de Queen, puis entonnent la Marseillaise.

Certains ne sont pas des élèves de Louise Michel, d’autres n’y sont même plus scolarisés. Les manifs, pour eux, c’est le moyen de retrouver des amis et de gueuler tous ensemble contre la réforme des retraites. Mais lorsque l’on demande à quelques-uns d’entre eux : « C’est quoi la réforme des retraites ? », leur réponse est : « Je ne sais pas trop. » Ceux qui se disent informés déclarent : « On veut nous faire travailler plus longtemps ! » Rien de bien détaillé.

A Bobigny, depuis plusieurs années, en particulier depuis les manifs anti-CPE de 2006 auxquelles j’ai participé, le rituel est en principe toujours le même : le lycée technique André Sabatier passe devant Louise Michel et, ensemble, ils se rendent à Coste, puis à Delacroix et enfin à Simon Weil pour les plus sportifs. Mais cette fois-ci, l’ambiance n’est pas terrible, l’humeur n’y est pas trop, des bagarres se déclenchent trop souvent, si bien que la plupart décide de participer uniquement au blocus avant de rentrer chez soi. Afin d’éviter les bousculades parfois violentes ou les pickpockets à l’affût.

Inès El Laboudy

Inès El laboudy

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